Textes liturgiques (année A) : 1 R 19, 9a.11-13a ; Ps 84 (85) ; Rm 9, 1-5 ; Mt 14, 22-33
En ce temps estival, cet Évangile pourrait nous faire rêver, frères et sœurs, d’un sport particulièrement emblématique de notre culture : le surf. Il y a quelque chose de prodigieux à voir la rapidité et l’agilité dont le sportif témoigne sur une planche si rudimentaire d’aspect. Cette activité venue de Polynésie est devenue dans l’imaginaire social un symbole de vie, de mouvement qui associe puissance et souplesse, agilité et finesse. Il est en effet impressionnant de voir comment la violence des vagues se trouve comme domestiquée par celui qui s’élance ainsi debout sur des rouleaux qui éclatent. Le prodige ne réside-t-il pas dans cette capacité à surmonter la peur du danger pour trouver son élan dans la puissance des éléments ?
Mais lors de la marche sur les eaux, Jésus ne surf pas. Il avance calmement sur la masse liquide agitée par le vent comme sur un sol solide. A la différence du surfeur, il n’utilise pas la puissance des éléments, car c’est lui qui les domine comme leur Seigneur et Créateur. Comme il est dit de Marie dans l’hymne acathiste, la mer a porté celui qui porte tout. Les éléments retrouvent leur place en obéissant à sa seule parole comme aux premiers jours de la Création. La marche sur l’eau manifeste ainsi que Jésus reçoit le fondement de son existence de Dieu et non pas de ce monde. Une fois la mer apaisée par sa seule parole, les disciples confesseront en lui le Fils de Dieu. Mais auparavant, Jésus, debout dans la nuit au milieu de la tourmente, les exhorte à la confiance. Le terme grec traduit par le mot confiance signifie aussi courage et audace. Faire confiance est un acte de courage.
Mais de quel courage s’agit-il ? La marche de Pierre sur les eaux est plus surprenante encore que celle de Jésus. Il demande au Maître de lui ordonner de le rejoindre sur l’eau. Jésus confirme la vérité de sa demande en lui ordonnant de venir vers lui. Pierre se jette à l’eau en mettant toute sa confiance dans la Parole du Maître. Cette marche sur l’eau n’est donc pas réservée au Seigneur pour qui elle fait l’effet d’une promenade de santé. Nous y sommes appelés nous aussi, Frères et Sœurs, quand, dans les moments de crise, le sol se dérobe sous nos pieds, les repères sombrent dans la nuit et que nos appuis disparaissent. Le vertige nous prend devant l’abîme qui s’ouvre sous nos pas tandis que la peur de se voir englouti nous saisit. Que s’agit-il de faire sinon de porter notre regard sur Jésus et mettre notre foi en sa Parole. L’abîme qui nous angoisse n’est autre en réalité que celui de l’amour infini du Père auquel Jésus s’abandonne filialement. Il nous appelle à le suivre sur ce chemin d’une absolue confiance. Ce qui nous semble conduire à un naufrage nous ouvre au véritable mystère de notre existence en Dieu, lui qui en est la source et le fondement véritable. De fait, Pierre marche sur l’eau tant qu’il porte son regard sur Jésus, mais dès qu’il s’en détourne pour regarder la mer démontée, son courage vacille. A son cri de détresse, Jésus le saisit alors par la main.
Cet évangile, si puissant par sa force d’évocation symbolique, doit nous remplir frères et sœurs, non seulement de confiance, mais aussi d’audace et de courage. A l’instar des surfeurs, nous pouvons aborder les turbulences de l’existence non comme une menace, mais comme un appel à faire confiance à cet élan vital qui mène au dépassement de soi. Mais quand la vague nous submerge, souvenons-nous que notre roc, c’est la Parole de Jésus. Le véritable dynamisme ne vient pas de nous, mais du Christ nous appelant à le suivre. Il est bon de savoir se jeter à l’eau, non par forfanterie, mais pour rejoindre le Christ. Il ne s’agit pas alors de regarder la vague pour en utiliser au mieux toute la force, mais d’être attentif à la Parole de Jésus qui nous porte à prendre le risque de la confiance. En temps de crise, l’urgence est de prendre pied sur le roc de la Parole qui fonde notre existence en Dieu. Mais il faut du courage pour demeurer dans la confiance ainsi appuyés sans appui, selon la belle expression de Saint Jean de la Croix, en attendant que la lumière et la paix nous soient données par le Seigneur lui-même. Ainsi la foi en Jésus nous porte-t-elle pour assumer en lui les fluctuations plus ou moins tumultueuses de l’existence. Nous avons reçu de lui la certitude de l’amour. Que cette Eucharistie renouvelle notre audace et notre courage à vivre de cette certitude au milieu des incertitudes et des turbulences de ce temps.
