Jésus vient nous sortir de nos routines (Homélie 5e TO 05/02/2024)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année B) : 1 R 8, 1-7.9-13 ; Ps 131 (132) ; Mc 6, 53-56

Les lieux, ni les mouvements, ne sont anodins chez Marc tellement son écriture est condensée : Il y a d’abord les mouvements avec le verbe sortir. Jésus sort de la synagogue pour aller dans la maison de Pierre, de là il sort pour aller se recueillir, puis sort de nouveau pour aller dans les autres villages. Il ne se laisse pas enfermer, il n’est pas lié à un lieu. Puis il y a les lieux : la synagogue : Jésus vient de faire un enseignement doublé d’un miracle. Il vient de guérir un homme possédé d’un esprit impur. Puis de la synagogue, nous passons dans la maison de Pierre, là, la belle-mère de Pierre est soulagée. Puis elle les sert.

Le soir venu, fin du sabbat, nous retrouvons au pas de la porte, à l’extérieur. C’est presque la place publique. Puis nous retrouvons Jésus, très tôt le matin, dans un lieu désert cette fois-ci, à l’écart de la foule, en train de prier, seul. C’est là que les premiers disciples le retrouvent, comme s’ils l’avaient suivi à la trace, le recherchant. Ils se font les médiateurs de la foule qui le réclame. Ce temps à l’écart ménage une pause. Puis un cinquième endroit est maintenant nommé, les villes et les villages voisins. De la synagogue, lieux de prière, par la maison de Pierre, nous passons au lieu de la vie de tous les jours. De la synagogue, en passant par la maison de Pierre, symbole de l’Eglise, nous nous ouvrons à la vie publique. Une pose dans son activité grandissante. Jésus se retire non pas à la synagogue, mais dans un lieu désert pour y trouver la solitude, l’intimité avec son Père.

Jésus ne se laisse pas attirer par les gens, par leurs requêtes, mais va ailleurs. Il ne se laisse pas attirer par son succès, ce n’est pas cela qu’il cherche. Il lui faut oser le temps du silence, de la solitude. Il nous y invite. Le succès, la gloire sont trompeurs. Aujourd’hui la gloire, demain la déchéance. Tout cela ne fait pas vivre cette vie en profondeur pour laquelle les hommes sont faits.

Jésus ne s’appuie pas sur cela pour vivre, il est ancré dans l’amour du père et c’est pour cela qu’il est sorti tôt le matin. Pour retrouver ce lieu où toute son existence prend sens, être libre de ses choix. C’est pour cela qu’il est sorti, pour rester libre et oser aller dans d’autres lieux. Et l’Évangéliste nous invite à le suivre, à prendre de la distance avec notre vie, à ne pas nous laisser engluer par nos multiples occupations, à lever la tête de nos smartphones et à regarder le monde avec un regard nouveau. S’isoler, prendre du temps pour se poser, ouvrir l’espace de son âme à plus grand, respirer profondément. Comme « il est sorti » pour aller prier, il « sort » de nouveau à la rencontre d’autres personnes pour porter la parole Il laisse la foule de Capharnaüm à sa quête. Jésus ne répond pas à la demande immédiate en allant ailleurs guérir et enseigner. Que feront-ils tous ces gens ? Comme les disciples, vont-ils aller à la recherche de Jésus, ou bien vont-ils le réclamer à leurs services ? C’est la dynamique du désir qui se met en route, que vient solliciter Jésus pour eux et pour nous. Allons-nous le chercher pour assouvir un besoin, être guéris de nos maux et puis continuer la route comme avant, comme si tout s’était remis en marche ? C’est un peu cela que nous nous disions pendant le confinement lié à la covid : « Nous ne pourrons pas vivre comme avant », et puis… Ou bien allons-nous à la recherche de Jésus, comme quelqu’un que l’on a envie de rencontrer, de connaître ?

Dit d’une façon un peu vulgaire s’adresse-t-on à un distributeur automatique de biens, de services ou s’adresse-t-on à une personne pour entrer en relation avec elle. Jésus n’est pas un seulement un thaumaturge, il ne vient pas guérir pour guérir. Il ne vient pas mettre du mercure au chrome sur les plaies. Par son geste de sollicitude, il vient éveiller le désir à une autre rencontre, à plus grand. Il vient mettre les gens en route. Les malades se lèvent et s’ils sont remis debout, c’est pour se mettre en mouvement, mais de ce mouvement qui va de bas en haut. Nous ne restons pas à l’horizontale avec Jésus, c’est-à-dire dans le seul registre du terrestre. Nous ne reprenons pas nos habitudes comme si de rien n’était. Le suivre, c’est surtout changer intérieurement, se remettre en question, s’ouvrir à des espaces intérieurs plus grands.

Jésus vient nous sortir de nos routines, de notre quotidien dans lequel ou par lequel nous nous laissons enfermer, paralyser, assécher. Il vient nous mettre debout. Dans ce mouvement de redressement, il nous demande de nous engager, commencer une quête, nous mettre à se recherche, chercher son intimité. C’est cela l’essence de la prière. C’est de là que part tout apostolat.

Fr. Yannick Bonhomme - (Couvent d’Avon)

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