L’entrée au Carmel

Le voeu des carmélites
Le voeu des carmélites

C’est à Saint-Denis, à deux pas de la nécropole des rois de France, que Louise a décidé de passer désormais sa vie. Elle a choisi un couvent pauvre, si austère aussi qu’on le surnomme « la trappe du Carmel ». Pour la communauté sa venue est providentielle. Menacées d’être dispersées en raison de leur trop grande pauvreté, les religieuses ont entamé, dès le 8 février, une neuvaine au Cœur de Marie pour obtenir un secours du ciel. L’une d’entre elles en plaisantant a fait la remarque il nous faudrait au moins une fille de roi ! La prière des sœurs a donc été exaucée au-delà de ce qu’elles pouvaient imaginer.

L’amour du Christ, le désir de le suivre, de trouver dans les sacrements de l’Eucharistie la grâce de la fidélité en toutes choses et d’une existence toujours plus unifiée dans le don total de soi, telles sont les aspirations de Louise.

Agréez, ô mon bien-aimé ! ô le plus aimable des Epoux ! agréez ce cœur qui brûle d’être à vous. Vous avez tant de droits à sa possession ! Régnez seul, et régnez pour toujours sur mon âme et sur toutes ses facultés, sur ma volonté et sur toutes ses affections, sur mon corps et sur tous ses sens […] Que ma mémoire ne soit plus occupée que du souvenir de vos bienfaits ; que mon esprit fasse ses occupations les plus chères de la méditation de vos qualités aimables ; que mon cœur ne soit rempli que des ardeurs ineffables dont vous brûlez ici pour moi. Que tout mon corps soit purifié aux approches de votre chair adorable ; qu’il se sacrifie pour votre gloire, par le travail et l’infirmité, et que ses efforts uniques, ses vœux les plus habituels soient de vous imiter et de devenir semblable à vous. ("Méditations eucharistiques, Entretien avec notre Seigneur au Saint-Sacrement, pour l’octave de la Fête-Dieu")

Escalier du carmel
Escalier du carmel

L’intention de Louise n’est pas qu’on la traite comme une princesse du sang. Elle vient ici pour partager la vie humble et cachée des moniales et accepte bien malgré elle quelques aménagements à la Règle qui lui permettront de s’habituer à son nouveau sort. S’il en est un qu’elle apprécie toutefois, c’est de pouvoir s’aider de cordes qui lui servent de rampe dans l’étroit et raide escalier du couvent. Jamais elle n’a descendu seule les marches du château. Toujours aidée par un page, elle est maintenant prise de vertige face au vide et doit s’asseoir pour ne pas tomber. Mais mis à part quelques détails de la vie quotidienne, elle se met avec bonheur à sa nouvelle existence et supporte avec abnégation la rudesse de sa nouvelle condition. A part quelques rhumes et des attaques de goutte, les rigueurs de l’hiver, pas plus que les chaleurs de l’été, qu’elle endure stoïquement sous sa robe de bure, n’altéreront une santé bien plus florissante qu’au château. Je ne suis pas revenue de la joie qui s’est emparée de mon cœur depuis que je suis dans ce monastère (Lettre de mai 1770, citée par l’abbé Proyart, « Vie de Madame Louise ») Louise qui a reçu le nom de Sœur Thérèse de Saint-Augustin se coule avec facilité dans cette nouvelle vie à laquelle elle s’est secrètement préparée. Elle entend être traitée à l’égal de ses nouvelles sœurs, et n’accepte que par obéissance et à contrecœur quelques accommodements.

Louise à la vaisselle

Ses sœurs, qui n’ont appris qu’après son départ sa décision, viennent la visiter. La toute jeune Marie-Antoinette à peine arrivée en France pour épouser le Dauphin, futur Louis XVI, se rend aussi à Saint-Denis pour faire la connaissance de sa tante. C’est même elle qui lui remettra le voile le 10 septembre 1770, jour de sa prise d’habit. Un an plus tard, le 11 septembre 1771, Madame Louise fait profession. A la cérémonie privée, en succède une seconde, publique, au cours de laquelle, en présence d’une vingtaine d’évêques et d’une nombreuse assemblée, elle reçoit le voile noir des mains de la comtesse de Provence (épouse du futur Louis XVIII).

Quelles grâces n’ai-je pas à vous rendre, ô mon Dieu, de m’avoir amenée dans votre sainte Maison ? C’est donc aux pieds de vos saints autels que mes jours vont désormais s’écouler jusqu’au dernier de ma vie. Quel bonheur, mon Dieu ! Est-ce trop que de vous faire l’oblation de tout moi-même, sous le joug de la sainte règle que je suis venue embrasser ? Puis-je regretter rien de ce que j’ai quitté ? Ce que j’ai quitté n’est rien, et ce que j’ai trouvé ici est tout, puisque c’est vous que j’y ai trouvé. Ô mon Dieu, mon tout ! désormais la pauvreté fera mes richesses. Hé ! Quel trésor, puisqu’il m’acquerra votre Royaume ! quelle proportion entre quelques jours de pénitence et un poids immense de gloire ? Oui, mon Jésus, j’embrasse votre croix, je l’embrasse de tout mon cœur. Faites que je ne m’en sépare jamais ; accordez-moi, Seigneur, toutes les grâces qui me sont nécessaires pour achever mon sacrifice pour parvenir à être votre victime ; ah ! Jésus ! Quel beau titre, et qu’il est honorable de quitter les vains honneurs du monde, pour prendre celui de votre victime ! (Prière de Madame Louise au moment de sa prise de voile, in « Méditations eucharistiques »)

SENTENCE


Crédits photographiques :

Coffret

  • Le vœu des carmélites, par Guillot
    © Saint-Denis, musée d’art et d’histoire, droits réservés
  • Madame Louise lavant la vaisselle
    Aquarelle
    © Carmel de Compiègne – F – 60680 Jonquières
  • Sentence du carmel de Saint-Denis
    ©Saint-Denis, musée d’art et d’histoire, droits réservés
  • Petit coffret brodé par Madame Louise
    © Carmel de Compiègne – F – 60680 Jonquières