L’espérance glorieuse (Ho. 1er Dim. Avent - 03/12/23)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année A) : Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7 ; Ps 79 (80) ; 1 Co 1, 3-9 ; Mc 13, 33-37

Avec ce 1er dimanche du temps de l’Avent, commence notre préparation spirituelle pour célébrer à Noël, la venue de Dieu sur terre en Jésus, le Verbe fait chair. Et dans la 1re lecture, nous entendions le prophète Isaïe s’écrier : « Reviens, à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage. Ah ! Si tu déchirais les cieux et si tu descendais. » Pouvons-nous sincèrement reprendre à notre compte cette supplication du prophète ? Quelle est en définitive notre attente du Seigneur et notre réponse à l’invitation de Jésus dans l’évangile : « Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! » Ne sommes-nous pas de beaux endormis ?

Le premier et le nouveau testament, la foi juive et la foi chrétienne concordent pour exhorter le croyant au désir de la venue du Seigneur et à la vigilance pour l’accueillir. Si le premier et le nouveau testament convergent, ils font cependant référence à deux événements historiques différents. D’une part, la venue du messie, réalisée pour les chrétiens en Jésus, et qui a accompli la révélation faite à Israël, et d’autre part la manifestation définitive de Dieu à notre monde qui accomplira l’œuvre de création et de rédemption, comme le dit St Paul : « vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ ». Cette venue est la promesse du salut et du bonheur, c’est aussi l’espérance du croyant pour ce monde en travail d’enfantement. Même si pour les chrétiens, la réalisation de cette promesse a déjà débuté avec l’incarnation du Fils de Dieu, il y a plus de 2000 ans, nous attendons aussi l’achèvement de cette œuvre de Dieu, de sa promesse.

Nous nous trouvons donc aujourd’hui dans un entre-deux, entre ces deux venues du Seigneur dans notre histoire. Notre foi se nourrit de l’événement situé dans le passé parmi le peuple d’Israël tandis que notre espérance est tournée vers l’attente de la pleine réalisation des promesses. Cette espérance de la venue glorieuse et définitive du Seigneur n’est pas une lubie, ni un vague sentiment pour tenter d’échapper à la dureté de notre existence. Mais cette espérance définit notre originalité de chrétiens au milieu de ce monde. La foi et l’espérance intimement conjuguée situent le croyant dans le monde comme tournée vers l’au-delà, reconnaissant dans le Seigneur l’origine et le terme de la création. C’est de lui que nous attendons l’achèvement de nos efforts pour la justice et la vérité. Notre foi se nourrit de la reconnaissance de l’œuvre de Dieu dans notre histoire et notre espérance ne limite pas notre regard aux réalités de ce monde.

Ce qui nous est promis, c’est la plénitude de Dieu, amour et lumière, justice et paix. Cependant il ne s’agit pas de rejeter dans l’au-delà du temps, à l’extrémité de notre histoire humaine, l’accomplissement de ses promesses. Certes depuis la venue de Jésus, le monde semble n’avoir pas beaucoup changé, mais le germe du Royaume de Dieu est là, bien vivant. Et pour chacun de nous la vie éternelle commence aujourd’hui, et la réalisation des promesses a déjà débuté, essentiellement parce que la présence de Dieu en nous et à nos côté nous pousse à collaborer à son œuvre. Les biens dont nous rêvons ne figurent pas sur un testament que notre mort ou la mort du monde nous permettrait d’ouvrir. Ces biens nous sont déjà acquis, nous partageons déjà l’héritage du Royaume. La présence de Dieu et son œuvre dans le cœur des croyants, les germes de justice et de paix, d’amour et de vérité, constituent dès maintenant la réalité des promesses qui attendent leur achèvement dans l’au-delà, mais dont nous vivons déjà. C’est là l’une des grandes différences entre l’espoir simplement humain et l’espérance chrétienne, ce que nous attendons est déjà en voie de réalisation. Il y a un optimisme chrétien qui s’appuie sur la foi dans les promesses de Dieu, et un même regard de foi sur les réalités de ce monde.

La première étape de la réalisation des promesses s’accomplit d’abord par la présence de Dieu au cœur des croyants et à ses côtés pour l’aider à construire le Royaume de Dieu. Car cette présence de Dieu est le moteur de l’agir du chrétien pour ses frères, et elle devient donc le véritable moteur de l’histoire par son engagement. C’est ainsi que le reconnaissait déjà Isaïe : « Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins. »

C’est pourquoi l’attente dans laquelle nous nous situons, entre les deux venues du Seigneur dans l’histoire, cette attente nous ouvre à une 3e venue, celle qui se produit dans le cœur du croyant. C’est cette 3e venue qui constitue le fil conducteur ininterrompu entre les deux venues historiques. La mémoire de l’œuvre de Dieu dans l’histoire des hommes nourrit notre foi, notre espérance fondée sur les promesses tourne notre regard vers l’avenir, et aujourd’hui nous l’accueillons au plus l’intimité de nous-mêmes et nous reconnaissons la présence de Dieu à nos côtés pour travailler avec nous pour le Royaume de Dieu par une charité active. Au premier Noël, Jésus venait de l’extérieur pour habiter notre humanité et la transformer de l’intérieur. Et de même, à la fin des temps, à l’heure de la Parousie, il adviendra d’en haut dans la gloire et de l’extérieur. Mais aujourd’hui, en l’accueillant dans la foi et l’espérance, il naît en nous de l’intérieur pour rayonner vers l’extérieur par notre engagement dans le quotidien de nos vies.

Comme la venue de Jésus s’est inscrite dans la longue histoire d’Israël, cette naissance de Dieu en nous et dans notre vie nous aide à écrire l’histoire, à transformer le monde. Chacun de nous est invité à accueillir cette naissance de Dieu en soi. Préparer les chemins du Seigneur aujourd’hui dans nos vies, ce sera donc abaisser les collines de notre suffisance, et combler les vallées de nos manques d’amour pour travailler avec l’Esprit Saint. Et en l’accueillant ainsi chez nous, nous pourrons alors le porter autour de nous. Et dès lors, à travers nos visages, à travers l’Église, Dieu vient à la rencontre des hommes d’aujourd’hui.

Fr. Antoine-Marie Leduc, ocd Provincial- ([Province de Paris des Carmes Déchaux>https://carmes-paris.org/])
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