Textes liturgiques (année B) : Ac 3, 13-15.17-19 ; Ps 4, 2, 4.7, 9 ; 1 Jn 2, 1-5a ; Lc 24, 35-48
L’Église nous offre le temps pascal pour nous aider à approfondir ce que nous avons célébré au jour solennel de Pâques : notre foi en la Résurrection du Christ. L’évangile de ce 3e dimanche de Pâques nous aide particulièrement à prendre conscience de l’ampleur de ce mystère qui est le fondement de notre foi chrétienne. Trois aspects sont évoqués qui constituent pour nous autant de défis : la résurrection des corps ; l’accomplissement des Écritures ; le pardon des péchés.
Avec cette apparition du Ressuscité aux apôtres dans l’évangile de Luc, nous avons certainement le passage qui insiste le plus sur la réalité corporelle du Ressuscité. Pourtant, les disciples étaient prévenus : saint Luc nous dit, quelques versets avant, qu’ils avaient déjà entendu le témoignage des femmes ; deux disciples viennent de témoigner en revenant d’Emmaüs et les autres de dire en retour qu’Il est apparu à Simon-Pierre et que donc « le Seigneur est réellement ressuscité ». Mais quand Jésus se manifeste lui-même au milieu d’eux, ils sont gagnés par le doute et n’arrivent pas à y croire. Au mieux ils acceptent de penser que c’est un esprit, mais un être qui vit encore dans un corps, c’est plus difficile. Jésus doit donc insister en deux temps : donner son corps blessé et transfiguré à voir et même à toucher. Mais cela ne suffit pas. Alors il propose même de manger quelque chose. De fait à Emmaüs, l’inconnu avait disparu au moment de la fraction du pain donc n’avait rien mangé. Le geste peut nous sembler trivial mais il est pourtant fondamental. Il était très difficile dans la culture antique de croire à la résurrection des corps ; autant l’immortalité de l’âme était acquise dans le monde hellénisé, autant le corps objet de mépris était voué à disparaître. Notre foi chrétienne nous rappelle que nos corps sont promis à la résurrection à la suite de Jésus et que donc que nous devons glorifier le Seigneur dans notre corps tout au long de notre vie. Le défi est alors de renouveler le regard que nous portons sur notre corps : l’estimons-nous à sa juste mesure, comme un corps appelé à être transfiguré en corps de gloire ? Il nous faut peut-être considérer autrement notre corps destiné à la gloire !
Deuxième aspect décisif du mystère de la Résurrection : l’accomplissement des Écritures. Jésus l’affirme clairement : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Pierre a bien retenu la leçon puisqu’il dit à son tour dans la 1re lecture lors d’une de ses premières prédications : « Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait. » La Passion, la mort et la Résurrection de Jésus n’est donc pas un évènement qui surgit de nulle part : il était mystérieusement annoncé par les Écritures. Les textes de la semaine sainte et de la vigile pascale nous ont aidé à relire ces textes, notamment les chants du serviteur d’Isaïe, pour mieux voir en quoi Jésus a pris en charge et mené au bout les prophéties anciennes. Les apôtres ont malgré tout le privilège d’une catéchèse par le Ressuscité : « il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. » Voilà frères et sœurs une belle grâce à demander à notre tour : que le Seigneur ouvre notre esprit à comprendre les Écritures saintes pour y discerner comment le mystère pascal accomplit l’attente des textes de la 1re alliance. Mais il y a une condition à respecter pour demander cette grâce, et voilà le défi : pour recevoir l’intelligence des Écritures, encore faut-il les connaître ! On ne peut pas comprendre ce qu’on ne connaît pas. La question qui dérange est donc : avez-vous déjà lu la Bible en entier ? oui en entier ! Cela pourrait être un beau défi avant de mourir et de rencontrer le Seigneur : imaginez la honte qui pourrait nous gagner en lui expliquant que nous sommes désolés mais que notre vie a été très occupée et qu’on avait quand même des choses plus importantes à faire que de prendre connaissance de toute sa Parole… A vous de juger mais souvenons-nous de l’affirmation de saint Jérôme : « ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ. » Nous ne pouvons pas connaître Jésus sans avoir lu et prié la Bible. Si nous ne voulons pas faire face à un inconnu au jour de notre mort, nous avons une belle résolution à prendre : envisager, sur un temps long et avec méthode, un programme de lecture intégrale de la Bible, en commençant par les évangiles. Quel beau défi ! Alors nous comprendrons mieux la finale de l’évangile : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins. »
Le Ressuscité nomme ainsi le 3e aspect du mystère : proclamer la conversion pour le pardon des péchés. C’est exactement ce que fait Pierre dans sa prédication : « Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés. » Saint Jean dit la même chose dans la 2e lecture : « si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste. C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement des nôtres, mais encore de ceux du monde entier. » Jésus est « mort pour nos péchés » affirment aussi les 1ers chrétiens cités par saint Paul (1Co 15). Croire en la Résurrection c’est donc croire que nous sommes sauvés du mal que nous avons fait ! Et ce pardon nous le recevons dans le baptême qui nous plonge dans la mort et la résurrection du Fils. Malheureusement il peut arriver que nous continuions à pécher après notre baptême… Aussi nous avons le privilège de recevoir de l’Église la réactivation de notre baptême dans un sacrement : celui de la pénitence et de la réconciliation. Le défi est tout trouvé : persévérer ou retrouver une fréquentation habituelle de ce sacrement pour vivre en communion avec Dieu et l’humanité afin que Jésus ne soit pas mort pour rien. Prenons le temps de recevoir l’eau de la miséricorde pour vivre en enfants de la Résurrection.
Il est grand le mystère de la foi, foi en la résurrection du Christ. C’est la Résurrection de Jésus qui fonde la résurrection de nos corps ; c’est elle qui accomplit les Écritures saintes ; c’est elle qui rend possible le pardon des péchés. Pour que notre foi soit vraie, elle doit se traduire dans des actes : à nous de choisir un, deux ou trois défis pour la mettre en pratique. Saint Jean nous prévient : « Celui qui dit : « Je le connais », et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui. Mais en celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection. » Que cet amour infini de Dieu descende donc sur nous et nous transforme en témoins de lumière. Amen
Fr. Jean-Alexandre de l’Agneau - (Couvent d’Avon)
