Méditer la Passion (Ho. des Rameaux - 02/04/23)

donnée au couvent d’Avon

*Cette homélie à été dite après l’évangile des Rameaux, au début de la célébration.

Textes liturgiques (année A) : Mt 21, 1-11 ; Is 50, 4-7 ; Ps 21 (22) ; Ph 2, 6-11 ; Mt 26, 14 – 27, 66 ; Mt 27, 11-54

Chers frères et sœurs, je vous propose une expérience inédite en ce jour unique de l’année liturgique : une homélie debout et une homélie proleptique, c’est-à-dire anticipatrice, annonciatrice !

Au cours d’une liturgie de la Parole habituelle, l’homélie, analeptique, fait écho à ce que nous avons entendu. Aujourd’hui, nous entendrons en quelque sorte l’écho avant la musique, pour mieux l’écouter ! Il faut dire que cette liturgie singulière s’y prête car elle est elle-même proleptique : à la fin de la lecture de la Passion, nous serons déjà arrivés au samedi saint, au seuil de Pâque. En effet, si la commémoration des Rameaux suit une logique chronologique (six jours avant la Pâques), le deuxième titre de notre dimanche (Dimanche des Rameaux et de la Passion) offre au fond un panorama de la traversée que nous ferons tout au long de cette grande semaine, scandée par ses stations sur lesquelles nous nous arrêterons longuement : la Cène du Seigneur à la messe de Jeudi, le jardin de l’Agonie au reposoir, la Passion, vendredi et le grand silence de l’espérance, samedi !

Aujourd’hui, maintenant, je vous propose comme, un anti-écho, c’est-à-dire comme un guide de lecture ou plutôt d’écoute, ces quelques mots. Je m’engage donc à vous parler de manière lapidaire et je ne vous offrirai tout à l’heure, à l’issue de la grande Passion de saint Matthieu, en guide d’homélie, assise et analeptique, que mon silence : Iesus autem tacebat.

Premier point de méditation éclairée par le chant du Serviteur (première lecture) : nous pourrons être attentifs aux divers personnages dans leur rapport avec Jésus  : l’un trahit, l’autre renie, les autres haïssent, l’autre encore se défile, tous sont à côté et personne ne comprend. Méditer la Passion, c’est méditer la veulerie humaine qui nous renvoie à la nôtre : « Serait-ce moi, Seigneur ? » L’histoire de la Passion est l’histoire d’un échec retentissant mais dont la noblesse et la liberté, extrêmes et divines de Jésus renvoient au péché des hommes et s’avère être l’échec de tout échec, la mort de la mort, la victoire de l’amour sur l’abandon.

Second point de méditation éclairée par l’hymne aux Philippiens (deuxième lecture) : nous pourrons être attentifs aux titres qui qualifient Jésus et à la relation de Celui-ci avec son Père  : il veut faire sa volonté et s’adresse à lui jusqu’au bout « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » A travers le récit de la Passion, se raconte l’histoire de la révélation de l’abaissement de Dieu qui vient tant contredire nos propres images. Méditer la Passion, c’est se laisser contredire, c’est accueillir le vrai visage du Père et le vrai nom du Fils sous l’action secrète de l’Esprit livré. Pour cela, le silence de Jésus laisse retentir l’Écriture qui s’accomplit, fait entendre la Parole de Dieu et fait comprendre le dessein de Dieu.

Nous allons dans un instant acclamer le Seigneur, notre Roi. Cela aussi aura valeur proleptique, anticipant la gloire du Ciel. D’ici là, il nous faudra traverser la Passion, la mise en ruine de toutes nos idées de gloire, la mise en lumière de toutes nos obscurités, la révélation du Père qui nous livre son Fils et du Fils qui se révèle tel à travers la victoire de l’amour véritable et nous donnera de confesser vraiment à notre tour « Cet homme est Fils de Dieu ». Amen

Fr. Guillaume Dehorter, ocd - (Provincial)
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