S’engager à prier

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A. Un château à construire

21. Dignité et beauté2

Considérons notre âme comme un château fait tout entier d’un seul diamant ou d’un très clair cristal, où il y a beaucoup de chambres, de même qu’il y a beaucoup de demeures au ciel (cf. Jn.14,2). Car à bien y songer, mes sœurs, l’âme du juste n’est rien d’autre qu’un paradis où Il dit trouver ses délices (cf. Pv.8,31). Donc, comment vous représentez-vous la chambre où un Roi si puissant, si sage, si pur, si empli de tous les biens, se délecte ? Je ne vois rien qu’on puisse comparer à la grande beauté d’une âme et à sa vaste capacité. Vraiment, c’est à peine si notre intelligence, si aiguë soit-elle, peut arriver à le comprendre, de même qu’elle ne peut arriver à considérer Dieu, puisqu’il dit lui-même qu’il nous a créés à son image et à sa ressemblance (cf. Gn.1,26). Or, s’il en est ainsi, et c’est un fait, nous n’avons aucune raison de nous fatiguer à chercher à comprendre la beauté de ce château. … Il suffit donc que Sa Majesté dise que l’âme est faite à son image pour qu’il nous soit difficile de concevoir sa grande dignité et sa beauté. « 

Le château intérieur, premières Demeures, début du chapitre I

22. Audace du désir2

Ayons une grande confiance, car convient beaucoup de ne pas minimiser nos désirs, mais, comme Dieu nous l’a dit, de croire que si nous prenons courage, nous obtiendrons peu à peu, même si cela n’est pas immédiat, ce que de nombreux saints atteignent avec sa faveur ; car si jamais ils ne s’étaient déterminés à le désirer et, peu à peu, à se mettre à œuvre, ils n’auraient pas atteint un état si élevé. Sa Majesté veut des âmes courageuses. Elle est leur amie, à condition qu’elles vivent dans l’humilité, sans nulle confiance elles-mêmes. Jamais je n’ai vu l’une d’elles rester au bas du chemin, ni une âme qui cache sa lâcheté sous de l’humilité faire en de longues années autant de chemin que les autres en peu de temps. Je m’émerveille de voir combien il importe, dans cette voie, d’entreprendre vaillamment de grandes choses. Quand elle manquerait de force dans l’immédiat, l’âme prend son vol et monte très haut, même si, comme l’oiselet au maigre plumage, elle se fatigue, et ralentit. J’ai eu naguère souvent présent à l’esprit ce que dit saint Paul, que nous pouvons tout en Dieu. Je comprenais bien que par moi-même je ne pouvais rien. Cela me fut très utile, avec ce que dit saint Augustin : « Donne-moi, Seigneur ce que tu ordonnes, et ordonne-moi ce que tu veux. » Je me rappelais souvent que saint Pierre n’a rien perdu à se jeter à la mer, malgré la peur qu’il eut ensuite. Ces premières résolutions sont une grande chose…, mais l’humilité doit toujours être première, afin de comprendre que nous ne trouverons pas ces forces en nous.

Autobiographie XIII,2-3

23. Dieu en nous2

Essayez de réaliser qu’il y a au-dedans de vous un palais d’un prix infini, tout bâti d’or et de pierres précieuses, digne, enfin, d’un si grand Seigneur, et croyez, car c’est la vérité, que vous pouvez beaucoup pour que l’édifice soit d’un prix très élevé : y a-t-il plus bel édifice qu’une âme pure et pleine de vertus ? Plus celles-ci sont grandes, plus les pierres resplendissent. Enfin, songez que dans ce palais habite ce grand Roi qui a daigné être votre Père, et qu’il se tient sur un trône du plus haut prix : votre cœur. /…/ Mais quoi de plus merveilleux que de voir celui qui remplirait mille mondes de sa grandeur s’enfermer dans une si petite chose ! C’est ainsi qu’il a voulu demeurer dans le ventre de sa Très Sainte Mère, Comme il est le Seigneur, il porte en lui la liberté, et comme il nous aime, il se fait à notre mesure. Quand une âme commence dans cette voie, il ne se fait pas connaître, de peur qu’elle ne se trouble en se voyant si petite pour contenir quelque chose de si grand, mais, petit à petit, tout doucement, il élargit cette âme à la mesure de ce qu’il met en elle. C’est pourquoi je dis qu’il porte en lui la liberté, car il a le pouvoir d’agrandir ce palais. »

Le chemin de perfection XXVIII,9-11 texte Escorial, numérotation Valladolid

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B. Un voyage à entreprendre

21. Une détermination très déterminée d’arriver2

Thérèse d'Avila en prière"
Thérèse d’Avila en prière

Ne vous étonnez pas, mes filles, des nombreuses choses qu’il faut observer pour commencer ce voyage divin et parcourir le chemin royal qui conduit au ciel. En le suivant, on gagne un grand trésor. A notre avis, peu importe si cela nous coûte cher. Un temps viendra où vous comprendrez combien tout cela n’est rien comparé au prix inestimable de ce que vous aurez acquis. Revenons maintenant à ceux qui désirent aller par ce chemin et ne pas s’arrêter avant le terme qui consiste à boire de cette eau de vie. Comment doivent-ils commencer ? Je dis qu’il est très important et même capital d’avoir une grande et très déterminée détermination de ne pas s’arrêter avant d’être arrivé à cette source quoiqu’il arrive ou puisse survenir, quelques soient les efforts à faire, les critiques à supporter, que l’on doive arriver au terme ou mourir en chemin, que nous puissions manquer de courage pour supporter les épreuves de la route ou que le monde s’écroule, comme on nous le dit très souvent : « ce chemin est plein de dangers », « une telle s’y est perdue », « celui-ci s’est égaré », « tel autre qui priait beaucoup est tombé », « ils font tort à la vertu », « cela ne convient pas aux femmes si sujettes aux illusions », « mieux vaudrait qu’elles filent », « elles n’ont pas besoin de ces subtilités », « le Pater noster et l’Ave maria leur suffisent ».

Le chemin de Perfection XXI,1-2

22. Une liberté profonde quant aux aléas du voyage2

« Notez bien ceci, car je parle d’expérience : l’âme qui s’engage résolument dans cette voie de l’oraison mentale, et qui peut obtenir d’elle-même de ne pas faire grand cas, … de ce que ces plaisirs et ces tendresses (spirituelles) lui fassent défaut, doit savoir qu’elle a déjà couvert une grande partie du chemin. Elle n’a donc pas à craindre de retourner en arrière, quand bien même elle trébucherait beaucoup, car l’édifice est fondé sur des bases solides. Oui, l’amour de Dieu ne consiste pas dans les larmes ni dans ces saveurs et tendresses que nous désirons souvent pour notre consolation, mais dans le fait de servir Dieu avec Justice, force d’âme et humilité. Sinon, ce serait recevoir, ce me semble, plutôt que donner nous-même quelque chose. »

Autobiographie XI,13

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