Vie d’Hermann Cohen

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L’enfant prodige

Hermann Cohen naît le 10 novembre 1820, dans une famille juive distinguée de Hambourg, en Allemagne.

Enfant, Hermann prend un vif intérêt aux cérémonies de la Synagogue, et aime chanter avec sa sœur des cantiques, des psaumes et d’autres prières. Mais très vite ces préludes vont s’évanouir et disparaître devant ses talents naturels.

Entré au collège, Hermann se révèle un brillant élève. On découvre en même temps ses dispositions extraordinaires pour la musique : à six ans, il joue déjà sur le piano tous les airs d’ opéras en vogue, improvise avec tout autant de facilité. On parle rapidement d’enfant prodige ; remarqué par le grand Franz Liszt, il devient son élève, puis son disciple préféré. A 12 ans, quittant sa patrie, Hermann le suit à Paris.

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« Le mélancolique Puzzi »

Paris est alors le rendez-vous des musiciens célèbres de tous les pays : Liszt qui a 20 ans, Chopin, Mendelssohn, Paganini… et voici Hermann propulsé dans la haute société de la capitale. Toutes les portes s’ouvrent devant lui. Vedette de grands concerts, il donne aussi des leçons de piano, trouvant à la fois fortune et renommée ; il voyage : rencontres d’ artistes, activités musicales.. On se l’arrache dans les salons et partout.

Grisé par le succès, il se lie dans le même temps avec Alfred de Musset et devient presque le fils adoptif de George Sand qui lui donne le surnom de « Puzzi » ( « mignon », en allemand). De fait, Hermann était charmant avec ses cheveux bouclés, sa figure fine, ses yeux romantiques.

Mais, fêté partout, adulé, il devient vite « le tyran de la famille » ; il se nourrit aussi de toutes sortes de courants : « athéisme… panthéisme… émeutes… massacres de riches… terreur.. jouissance de tous les plaisirs, il n’y eut bientôt place que pour cela dans une tête de 14 ans », écrira-t-il plus tard. Il se livre à la passion du jeu, où il s’endette. Cédant aux tentations de la facilité il s’endort sur ses lauriers, néglige quelque peu ses talents et sombre dans la paresse, dans la « langueur d’âme » si chère aux romantiques.

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La conversion

C’est à 26 ans, au terme de 14 années d’errance et de désordre, de vide et de profonde insatisfaction, que va s’ouvrir pour lui un nouveau chemin.

A cette époque, on marquait avec beaucoup de solennité le mois de mai, mois de Marie : sermons, célébrations, chœurs.. se succédaient chaque jour . Un vendredi du mois de mai 1847, on le fait prier de bien vouloir remplacer quelqu’un pour diriger un chœur à l’Eglise de Ste-Valère… Au moment de la bénédiction, il éprouve pour la première fois une émotion très vive mais indéfinissable.. Il revient la semaine suivante ; puis, fortement attiré, assiste à plusieurs messes d’affilée sans comprendre ce qui le retient. Un soir, il y est attiré à nouveau : le Saint Sacrement est exposé ; cette fois, il tombe à genoux, un apaisement très doux dans tout son être ; désormais sa vie toute entière en sera renouvelée, transfigurée..

Hermann rencontre alors un prêtre qui l’instruit des grandes vérités du christianisme. Après une courte période de combat intérieur où les concerts, les fêtes, les parties de plaisir viennent de nouveau l’assaillir, les grâces succèdent aux grâces, et il est baptisé le 28 août de la même année, pour la fête de saint Augustin. Le 8 septembre, il reçoit l’Eucharistie pour la première fois et l’année s’achève avec sa confirmation, des mains de l’archevêque de Paris (tué quelques mois plus tard lors de l’insurrection de juin 1848).

Toute sa vie durant, il devait évoquer la grâce de sa conversion. Lettres, homélies, témoignages divers… nous montrent combien tout le reste de son existence ne fut pour lui que le simple déploiement de cette rencontre avec le Christ scellée en la grâce de son baptême.

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Adoration et vocation

Converti sous l’influence de l’Eucharistie, Hermann inaugure et fonde quelques mois plus tard (le 6 décembre 1848), dans la basilique parisienne de Notre Dame des Victoires, une œuvre qui lui tiendra beaucoup à cœur : l’Adoration nocturne masculine. Trente ans plus tard, le 6 décembre 1878, elle donnera naissance à l’œuvre de l’Adoration sur la colline de Montmartre et connaîtra un rayonnement universel.

Mais au cœur même de sa conversion, il a ressenti l’appel de Dieu à se donner à Lui de façon radicale ; au cours d’une retraite, il découvre St Jean de la Croix, et s’oriente dès lors vers le Carmel. Après avoir travaillé durement pendant deux ans pour acquitter ses dettes, le 30 septembre 1849 il entre au noviciat des Carmes au monastère du Broussey (Gironde). Il a 28 ans. Une semaine après, il y reçoit l’habit, et le nom de « frère Augustin Marie du Très Saint Sacrement » ; tout un programme : l’ardeur du converti mise au service de l’Eucharistie. Il y restera fidèle toute sa vie, avec un amour de prédilection pour la Vierge Marie, Reine et Mère du Carmel.

Supprimé par la Révolution, l’Ordre du Carmel avait été réintroduit en France à partir de 1839. Hermann sera très vite associé au travail des restaurateurs. Pour commencer, il doit reprendre des études, ce qui ne lui sera pas facile. Enfin il est ordonné prêtre le 19 avril 1851. On en parle partout dans les milieux mondains et c’est le début d’une vie dont le rayonnement extraordinaire l’emportera encore davantage sur celui du jeune pianiste prodige.

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Le frère carme

Assoiffé de silence et de solitude, il va lui falloir pourtant reprendre les voyages, mais maintenant en homme de prière tourmenté par le désir du salut de ses frères humains, en apôtre de l’Eucharistie et de la Vierge Marie.

Son champ d’action est immense. Non seulement il fonde ou participe à la fondation de plusieurs maisons de son Ordre (à Lyon, Londres…), mais encore il prêche un peu partout, en France et à travers toute l’Europe.. Il a tant à voyager que, lorsqu’ on lui demande : « où habitez-vous ? », il répond en riant : « dans le train ! ». Surtout, sa parole touche au plus profond des cœurs par l’ardeur de son feu intérieur.

Confident spirituel des petits comme des grands, protecteur de la jeune Bernadette Soubirous en un temps où celle-ci devait faire face aux assauts des sceptiques (1858), ami intime du saint Curé d’Ars et du pape Pie IX, le Père Augustin Marie n’en demeure pas moins un vrai fils de Saint Jean de la Croix. Il se plie aux exigences d’une vie très austère, mais appelée à être transfigurée par l’amour. Pour lui, rien ne saurait remplacer les beautés entrevues dans la foi nue et obscure d’un cœur qui aime.

Musicien, il va le rester plus que jamais : dans le recueillement de la prière, c’est tout son talent d’artiste qui s’exprime, guidé par le souffle de l’Esprit Créateur. Il compose en particulier la musique d’un nombre important de cantiques, à partir des textes d’une visitandine parisienne, sœur Marie Pauline du Fougerais : dans un domaine qui était devenu très médiocre, il crée un genre nouveau, simple et populaire, assurant le lien avec la grande musique sacrée de ce siècle. De plus, bien souvent avant ses prédications, on lui demande d’improviser à l’orgue, et c’est déjà tout un enseignement musical : ses improvisations sont comme l’expression de son dessaisissement intérieur, et sa musique un écho de la vraie Beauté introduisant dans la contemplation de Celui qui en est la Source.

A partir de 1868, il passe deux années en plus grande solitude, au « Saint Désert de Tarasteix ». Mais il est très vite rappelé au couvent du Broussey pour y être Maître des Novices.

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Serviteur de ses frères

Cependant, en septembre 1870 survient la guerre franco-prussienne et l’effondrement des armées françaises. Une foule de prisonniers sont conduits en Allemagne. Hermann, qui a conservé la nationalité allemande, doit quitter la France et se réfugier en Suisse. On lui propose de devenir l’aumônier des 6 000 prisonniers français détenus à la citadelle de Spandau (près de Berlin). Il accepte cette solution de compromis qui lui permet de rester fidèle à ses deux patries.

A Spandau, il se dépense héroïquement sur cet ultime champ d’apostolat. A l’occasion d’une épidémie de variole, Hermann assiste les prisonniers contaminés et contracte à son tour la maladie. Le 19 janvier 1871, on lui porte une dernière fois la communion. Fort de la présence de son Sauveur, il rend son âme à Dieu au chant du Salve Regina. Le Père Augustin Marie s’est donné jusqu’au bout, en frère et serviteur de l’amour, à la suite de Jésus …

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