Saint Sacrement 2008

Comme le souligne l’évangile de ce jour de manière assez crue, la fête du Saint-Sacrement que nous célébrons en ce dimanche est celle du corps et du sang de Jésus. « En effet, nous dit Jésus, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. » Nous sommes donc invités à recevoir de manière très concrète le corps du Christ pour trouver en lui notre nourriture et notre vie. Et accueillir le corps du Christ aujourd’hui, c’est l’accueillir dans toutes ses dimensions comme corps humain ressuscité vivant dans son Eglise. En effet le corps du Christ, ce n’est pas seulement le corps eucharistique, sous les aspects du pain, auquel nous allons communier, mais c’est aussi son corps humain vivant aujourd’hui, et le corps mystique que constitue l’Eglise.

Historiquement, le corps du Christ ce fut d’abord et avant tout le corps d’homme que Jésus a reçu de la vierge Marie par son incarnation. Les évangélistes, et tout particulièrement Jean, ont souvent souligné l’humanité de Jésus, et ils ont insisté sur la réalité corporelle et humaine. Les évangiles nous parlent sans détour de la faim ou de la soif de Jésus, de sa fatigue quelquefois, et aussi de ses sentiments de joie, de tristesse, et même de sa colère. Ils livrent les récits de tous ses contemporains qui souhaitent le toucher, toucher ce corps qui communique la vie. Le corps du Christ, ce fut celui qui reçu des coups au jour de la passion, torturé à tel point qu’il fut méconnaissable, et enfin cloué sur une croix. Et enfin le corps de Jésus, c’est aujourd’hui ce corps glorifié, ressuscité, dont le disciple furent les premiers témoins.

Les récits d’apparition après la résurrection insistent sur le réalisme de ce corps que certains ont pu toucher malgré leur incrédulité. Le Christ ressuscité n’est pas un fantôme, ni une illusion, mais celui avec qui ils ont vécu. Malgré leur doute au départ, les disciples ont été comme mis devant une évidence par Jésus lui-même, ils ont pu voir, toucher et manger avec lui. La résurrection de Jésus est bien concrète, et c’est cette réalité corporelle du Christ ressuscité qui a su vaincre le doute et l’incrédulité des disciples. « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. » (Lc 24, 38-39) Communier aujourd’hui au corps du Christ, c’est accueillir ce corps bien réel, c’est pourquoi la méditation de la parole de Dieu, et particulièrement des Évangile, est un complément nécessaire à la communion au corps eucharistique, pour connaître et aimer celui que nous accueillons.

Le corps du Christ aujourd’hui, c’est aussi son Eglise, son corps mystique. L’Eglise est un corps n’ont pas d’abord en un sens sociologique, comme nous pouvons parler des corps constitués, des institutions humaines. L’Eglise n’est pas simplement le rassemblement humain de croyants, de ceux qui partagent une même foi, elle est avant tout une communion spirituelle de ceux qui ont été baptisés dans la vie nouvelle du Christ ressuscité. L’Eglise, corps du Christ, vivifiées par l’Esprit Saint pour la louange du Père. De même que les contemporains de Jésus ont eu des difficultés à reconnaître en lui le Fils de Dieu du fait de son humanité, nous pouvons avoir des difficultés à reconnaître dans l’Eglise le corps mystique du Christ du fait de ses limites, de ses faiblesses. C’est pourquoi le concile Vatican II nous invite à poser l’acte de foi que l’Eglise est, dans le Christ, le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain.

Enfin, le corps du Christ est le corps sacramentel signifié par le pain et le vin dans l’Eucharistie. « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » Et notre communion au corps du Christ dans l’Eucharistie est bien communion à Jésus mort et ressuscité et qui veut aujourd’hui rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersé. Ainsi dans la célébration de l’Eucharistie et notre communion au corps du Christ, on ne peut pas se séparer de notre foi tant dans la réalité de l’incarnation du verbe de Dieu et de sa résurrection, que de la reconnaissance de l’Eglise comme le lieu où Dieu se donne, où Dieu se rend présent pour cheminer avec nous, et donner la vie aux hommes. Dans la célébration de l’Eucharistie, nous célébrons et nous entrons en relation avec ce Jésus, venu dans la chair, ressuscité dans la gloire, et qui veut rassembler l’humanité en son corps ecclésial.

Il s’agit donc pour nous dans l’Eucharistie de rejoindre Jésus, sa vie et son mystère, je mange son corps livré, je bois son sang répandu, je m’unis à Jésus, je deviens un avec Lui, pour suivre son chemin et réaliser ensemble sa mission pour toute l’humanité. L’Eucharistie est donc aussi un appel pour chacun de nous. Jésus nous appelle à venir rejoindre notre oui d’obéissance à son oui au Père pour le salut du monde. Ainsi la messe prendra tout son sens dans notre vie : accueillir Jésus, entrer dans sa Pâque, cette Pâque qui au quotidien se vit d’abord dans l’humble service fraternelle, dans notre vocation chrétienne pour construire ensemble l’humanité réconciliée entre elle et avec Dieu, le corps du Christ vivant aujourd’hui.

Fr. Antoine-Marie Leduc, o.c.d.