Une voix crie…(Ho. 2e dim. de l’Avent - 04/12/22)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année A) : Is 11, 1-10 ; Ps 71 (72) ; Rm 15, 4-9 ; Mt 3, 1-12

Pour entrer au cœur de cette page l’Évangile, interrogeons-nous quelques instants : qui est cette Voix qui cire dans le désert ? Qui est celui qui interpelle la foule venue à sa rencontre au désert. D’où vient-il ?

Apprenons à mieux connaître l’itinéraire de cet homme, appelé Jean de le Baptiste, vivant dans un dépouillement radical. Approchons-nous de lui. Nous ressentons cette impression que cette Voix qui crie n’est pas isolée d’une vie, d’une existence de Serviteur de Dieu. Sa voix est sa vie ! Comment cette Voix est-elle habitée pour trouver auprès de ses contemporains un écho et cet écho vient jusqu’à nous ce matin. Voix puissante qui nous interpelle sur notre chemin d’Avent. Cet homme dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. En lui existe une profonde harmonie. Son cri est la résultante de sa prière.

Une première impression sort de ces quelques versets de l’Évangile. L’homme qui crie dans le désert, interpellant tous et chacun, n’est pas un bateleur de foule, un marchant à la criée. Cette Voix est unifiée. Il ne nous appelle pas à vivre sa radicalité et à manger des sauterelles ce midi, mais il nous interpelle pour que notre existence soit en harmonie avec notre foi. Vaste chantier. On recherche des chrétiens qui osent vivre de l’Évangile. Ce temps de l’Avent pourrait être ce temps où nous nous efforçons à vivre une certaine harmonie entre notre prière et notre vie quotidienne.

L’homme crie dans le désert et attire des foules diverses. Il interpelle celui et celle qui veulent bien l’entendre. Ce ne sont pas des décibels qui fatiguent les oreilles, mais une force qui s’échappe du Baptiste pour rejoindre tout un peuple dans sa diversité. La Voix de l’homme du désert tempête comme la résultante de toute une vie, éclosion d’une parole que l’existence de chaque jour et la vie de foi ont façonnée, raboté. Cet homme, Jean le Baptiste, ne fait pas campagne, ni ne recherche aucun plébiscite. Il ne veut pas se placer… Toute sa vie se résume dans le son de sa Voix. Son cri est nourri et a été fécondé par son histoire.

Jean Baptiste n’est pas là pour attiser les conflits, mais pour permettre à chacun de faire un pas supplémentaire : riches ou pauvres, hommes et femmes, pharisiens et sadducéens, homme religieux, tous reçoivent de la Voix un appel qui stimule. Il interpelle chacun. Personne ne peut rester indifférent à cette Voix.

Quelle leçon recevoir alors du message de Jean Baptiste ? La Voix a été enfantée dans le silence. Élisabeth et Zacharie, ses parents, n’espéraient plus attendre un enfant. C’est l’enfant du miracle. Dieu n’a pas oublié la détresse de ce couple. Il s’agit donc pour nous, à l’exemple de Jean-Baptiste, d’oser une parole qui sera l’expression de notre réflexion, de notre discernement et surtout de la prière. Une parole constructive, une parole qui partira à la rencontre d’autres paroles et qui s’accueilleront mutuellement pour discerner ce qui serait le meilleur pour notre humanité, notre pays aujourd’hui si chahuté, bousculé, de même que pour notre Église abimée. Une parole qu ouvre un espace de renaissance pour vivre le quotidien en paix. Parole forte et humble qui se laisse travailler. Parole pour les sans voix, les oubliés permanents de l’histoire, les comptés pour rien de tous les temps… Celles et ceux qui restent trop souvent éloignés de la décision que l’on prend pour eux sans écouter leurs demandes, sans entendre leurs appels.

Allons-nous oser une parole cette semaine ? Parole de paix, de réconciliation, d’espérance, d’audace peut-être. C’est si facile de se taire et de laisser faire. On recherche des femmes et des hommes qui osent parler, non pas pour ne rien dire, mais en laissant Dieu enfanter en eux des mots qui auront la saveur de l’Évangile. En serons-nous cette semaine de ces disciple du Baptiste ? Peut-être… pourquoi pas !

La Voix du Prophète ne laisse pas indifférent. Il crie : "Préparez le chemin du Seigneur, rendez droit ses sentiers". Vous et moi rassemblés ce dimanche pour l’Eucharistie  : nous devons entendre aujourd’hui la Voix. Elle est adressée à tous et à chacun. La Voix du Prophète parle de Dieu et nous appelle à oser faire entendre notre voix, nourrie par notre prière… Quel sera mon cri cette semaine ?

Fr. Didier-Joseph Caullery, ocd - (couvent d’Avon)
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