Vendredi Saint 2008

Aimer, disait Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus, aimer, c’est tout donner et se donner soi-même. En ce sens, la passion de Jésus est l’expression suprême de son amour pour les hommes. Déjà, durant des années sur les routes de Judée et Galilée, il se donnait sans compter pour guérir et enseigner, pour être le bon pasteur.

Hier, il s’abaissait aux pieds de ses disciples prenant ainsi la condition d’esclave. Aujourd’hui, il est l’agneau sans tache que l’on mène à l’abattoir, il livre réellement le corps qu’il offrait sacramentellement la veille. La mort de Jésus est l’expression de son amour pour nous et pour son Père car sa vie, nul ne la prend, mais c’est lui qui la donne. Ce chemin de croix est la mise en œuvre de l’Eucharistie institué le Jeudi Saint. Dans la crucifixion, Jésus s’offre pour nous et sa passion est une prière, un cri vers le Père : « Pardonne-leur ! »

Icone de la crucifixionCar la valeur de la Passion de Jésus ne provient pas des souffrances subies, malheureusement certains hommes au cours de l’histoire ont supporté des tortures plus terribles. La valeur unique et universelle de la Passion du Christ résulte de l’être unique de Jésus et de sa fidélité jusqu’à la mort. Cette valeur découle de l’attitude intérieure de Jésus qui offre sa vie pour demeurer fidèle à l’amour de Dieu pour les hommes. En Jésus, Dieu préfère mourir de la main de ceux qu’Il aime plutôt que de se révolter contre eux. La passion du Christ est source de salut, car il y met tout le poids de l’amour, d’une vie offerte. Et cette attitude intérieure n’est pas une résignation, mais une attitude amoureuse pour tout homme, et d’abord pour ceux qui lui font du mal, mais qui ne savent pas ce qu’ils font. C’est aussi une attitude de confiance envers son Père dont il sait qu’Il ne peut se laisser vaincre par le mal.

Jésus nous montre que la voie de la confiance et de l’amour envers Dieu notre Père et les hommes n’est pas une impasse. Au contraire, c’est la seule voie, la seule porte qui traverse la mort pour nous mener à la vie éternelle. Notre regard de foi sur la personne de Jésus pendant les jours de sa passion ne doit pas nous amener à nous apitoyer d’abord sur le sort de Jésus. Comme le dit Jésus : « Pleurer d’abord sur vous ». Lorsque nous contemplons Jésus dans son chemin de croix, ce n’est pas l’injustice de son sort qui doit nous frapper, mais la manière dont Jésus nous ouvre le chemin de la vie. Nous devons moins nous apitoyer sur les malheurs qui frappent Jésus qu’accueillir la leçon de vie qu’il nous donne dans sa passion.

Ainsi lorsque nous écoutons et méditons la Passion, ce n’est pas avant tout la tristesse qui monte au cœur du croyant, mais l’action de grâce. Jésus nous rouvre la porte du jardin jadis fermé, la voie vers l’arbre de vie. La tristesse et les larmes nous saisissent si notre regard s’arrête à l’échec apparent, à l’injustice qui frappe Jésus. Tandis que la conscience que le Christ Jésus réalise sous nous yeux l’œuvre de salut qu’aucun homme ne pouvait réaliser de lui-même, cette conscience nous fait chanter une action de grâce : Le Christ s’est fait, pour nous, obéissant jusqu’à la mort de la Croix, c’est pourquoi Dieu l’a exalté. La passion de Jésus révèle la passion d’amour de Dieu notre Père pour chacun de nous. Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même.

Fr. Antoine-Marie Leduc, o.c.d.