De la mort à la vie : l’appel du Christ aujourd’hui [Ho 5°dim Carême - Année A]

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année A) : Ez 37, 12-14 ; Ps 129 (130) ; Rm 8, 8-11 ; Jn 11, 1-45

Frères et sœurs, en ce dimanche, nous sommes appelés comme Lazare à nous réveiller spirituellement et à quitter nos tombeaux. Ces tombeaux qui symbolisent nos encroûtements spirituels, ces mauvaises habitudes qui montrent que nous laissons inertes les promesses de notre baptême. Heureusement l’afflux de catéchumènes nous provoque et nous interroge : qu’avons-nous fait du cadeau de notre baptême, en quoi est-il vivant et actif aujourd’hui ? Nous avons reçu en héritage les 3 vertus théologales de la foi, la charité et l’espérance. Sont-elles actives dans nos vies ou sont-elles un simple décor intérieur ? Car souvenons-nous, quand nous serons face à Dieu au dernier jour, il ne nous restera plus rien sinon les actes posés, pas tant les actes extérieurs, que les actes de foi, d’amour et d’espérance. Le reste sera compté pour rien. Alors laissons aujourd’hui les textes de la Parole de Dieu revivifier notre engagement à croire, aimer et espérer au jour le jour.

«  Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Cette question que Jésus pose à Marthe nous est également adressée en ce jour. Croyons-nous en Jésus comme source de vie ? Et si oui, qu’est-ce que cela change concrètement dans notre manière de vivre ? Saint Paul nous avertit dans la 2e lecture : il y a deux manières de vivre, deux emprises possibles, celle de la chair et celle de l’esprit. La vie selon la chair, c’est ce que nous faisons très bien habituellement et ce que le monde nous incite à faire : vivre selon son intérêt et son plaisir, à la recherche de petits pouvoirs et nouveaux avoirs. Vivre ainsi s’oppose à la vie selon l’esprit de Jésus. Poser un acte de foi, c’est décider de vivre selon l’Esprit Saint qui habite en nous, nous laisser conduire par cet Esprit qui nous entraîne au-delà des logiques égoïstes charnelles ; c’est donc changer de logique, de logiciel interne. Décider d’arrêter de conduire sa vie par soi-même en vue de soi-même afin de s’en remettre à Celui qui est notre vie, celui qui vient nous ressusciter et nous arracher à l’emprise du mal. Le signe du retour à la vie de Lazare nous est donné pour raviver notre foi, comme Jésus le dit clairement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez.  » Et de fait l’évangéliste confirme l’effet attendu : « Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.  » Sachons donc nous aussi grandir dans la foi en percevant les signes de l’action de Dieu et en posant des actes de foi qui nous préparent justement à mieux les voir.

Notre baptême nous apprend également à aimer comme Jésus aime. L’amour de Jésus n’est pas abstrait et inhumain. Nous avons dans ce récit un des plus beaux témoignages sur le cœur de Jésus à travers son amour pour des amis. « Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. » Cet amour est connu puisque Lazare est désigné par ses sœurs comme « celui que tu aimes ». Et la foule, émue par les pleurs de Jésus, témoigne : « Voyez comme il l’aimait ! » L’amour de Jésus est donc concret et incarné ; il est capable d’universalité mais aussi d’assumer des liens particuliers d’amitié. La vertu de charité dont nous héritons dans le baptême ne doit donc pas faire de nous des gens insensibles aux détresses des autres, ni des personnes faibles cédant au moindre chantage affectif. Aimer de charité s’apprend, en posant de véritables actes d’amour, à commencer par ceux du quotidien ; par exemple dans le fait de se supporter en famille, en communauté ou au travail. Nous avons reçu une capacité objective d’aimer et de grandir dans l’amour au-delà des sentiments volatiles et des perceptions subjectives. Nous aimons bien chanter avec sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : «  Aimer c’est tout donner et se donner soi-même.  » (PN 54) Mais nous avons plus de mal à le mettre en acte en nous donnant effectivement dans le réel de nos vies. Aimer de charité, c’est puiser dans la charité de Jésus présente en nos cœurs pour poser un acte difficile certes ; mais un acte rendu possible par cette force divine qui nous habite. Par notre baptême, nous avons ce pouvoir d’un amour révolutionnaire ; mais est-ce que nous le mettons vraiment en œuvre ?

Et puis, il y a les actes d’espérance. Encore une fois, les vertus ne sont pas des sentiments. La charité ce n’est pas une émotion et l’espérance ce n’est pas de l’espoir humain. Ce sont des dispositions intérieures qui nous permettent d’aller plus loin que nous-même et font dire au psalmiste : « J’espère le Seigneur de toute mon âme ; je l’espère, et j’attends sa parole. » L’espérance se manifeste surtout dans les épreuves et les difficultés. Mais là aussi, elle n’est pas magique. Si elle est à notre disposition dans le cadeau de notre baptême, c’est à nous de décider d’y recourir ou non. Nous l’avons entendu dans la 1re lecture : « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple.  » Dieu s’engage à nous arracher à nos impasses. Et Jésus le manifeste en criant à Lazare : «  Lazare, viens dehors !  » Encore faut-il que nous acceptions de sortir de nos tristesses, et de la complaisance que nous y trouvons. Il est si plaisant de passer son temps à se plaindre et se lamenter afin de justifier ses médiocrités et de capter l’attention des autres. Mais il y a un temps pour se lamenter et un temps pour espérer. La responsabilité de notre baptême nous presse de ne pas ajouter lamentations et condamnations sur notre monde déboussolé. Nous devons espérer au nom de tous, puisque nous savons que ce monde est sauvé, même si c’est par le feu. Jésus n’a pas donné sa vie pour rien et le terme de l’histoire c’est la manifestation de sa victoire. Aussi attendons-nous fermement sa venue en gloire. Aussi posons-nous chaque jour un acte d’espérance alors même qu’on nous dit que les temps sont mauvais…

Croire, aimer, espérer. C’est au fond si simple d’être chrétien. C’est exigeant et difficile mais nous recevons chaque jour la vie et la grâce dont nous avons besoin pour faire le pas de plus. Que le Seigneur ravive en nous la conscience du don de notre baptême et que la gratitude jaillisse envers Celui qui est notre Résurrection et notre Vie. Amen

Fr. Jean-Alexandre de l’Agneau, ocd - (couvent d’Avon)
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