Textes liturgiques : Ac 6, 1-7 ; Ps 32 (33) ; 1 P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12
« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples »
Le discours que Jésus prononce en ce 5e dimanche de Pâques est, en fait, le discours qu’il a tenu à ses disciples avant sa Passion. Nous sommes, d’une certaine manière, renvoyer au Jeudi saint, au dernier repas de Jésus. Au chapitre 13, saint Jean avait indiqué : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1). Il leur avait alors lavé les pieds (Jn 13, 3-15) ; puis il avait annoncé la trahison de l’un d’entre eux : Judas (Jn 13, 21-30), et le reniement d’un autre : Pierre (Jn 13, 36-38). C’est dans ce lourd et dramatique contexte que Jésus livre aux disciples le discours que nous entendons aujourd’hui et qui se poursuivra dimanche prochain. Il nous faut réentendre la force et la puissance de la parole de Jésus quand il dit : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé » (Jn 14,1).
Il nous le dit à nous aussi ce matin. Nous pouvons nous laisser bouleverser par les événements de notre monde, la crainte d’un embrasement des divers conflits mondiaux, l’état préoccupant de la nature, la montée de la violence ; nous pouvons nous laisser bouleverser par les événements qui surgissent au sein de nos familles, de nos vies sociales et professionnelles ; nous pouvons nous laisser bouleverser par les soucis de santé, par le vieillissement… Face à tout cela, la parole de Jésus brille comme une flamme claire et vive au profond de la nuit : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé » (Jn 14,1).
Mais Jésus ne se contente pas de donner un conseil, il indique les raisons qui font, qu’au cœur des bouleversements de ce monde, au cœur des tempêtes qui viennent nous secouer extérieurement et intérieurement, notre cœur ne doit pas être bouleversé. Et la première raison qu’il nous donne est celle de la foi : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi » (Jn 14,1). Il nous invite à avoir un réflexe théologal, à plonger au plus intime de notre être, pour mettre en œuvre la vertu de Foi. Il nous incite à nous appuyer sur le roc de la Foi. Il nous faut tout ressaisir dans le grand dessein d’amour et de salut de Dieu ; ne pas s’arrêter à des perspectives humaines et limitées ; avec courage, poser un acte de foi.
Remarquons l’audace de Jésus qui demande à ses disciples, d’avoir à son égard, un acte de foi identique à celui qu’ils ont à l’égard de Dieu. Il affirme ainsi sa propre divinité et son unité avec Celui qu’il nomme Père.
Frères et sœurs, notre foi, que nous proclamerons dans un instant – foi en un Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit – notre foi est le point d’ancrage de toute notre existence, de tout notre être pour demeurer paisible et debout face aux événements extérieurs et intérieurs qui voudraient nous déstabiliser.
La deuxième raison que Jésus invoque, c’est la proximité avec lui. « Afin que là où je suis, vous soyez vous aussi » (Jn 14,5). Jésus manifeste clairement sa tendresse. Il va retourner à la « maison du Père », mais pas pour nous oublier, non ! S’il retourne au Père, c’est pour nous préparer une place dans la maison du Père.
Il est intéressant de noter que la « maison » dont Jésus parle, n’est pas désigné par un mot qui évoquerait une résidence définitive, mais au contraire, il emploie un mot qui évoque davantage un lieu d’escale, un gîte d’étape. Comme si dans la vie « avec Dieu », il n’y avait pas de « stabilité », mais un approfondissement permanent, une découverte jamais achevée de l’Être de Dieu et de la participation qu’il nous propose à la vie de son Être trinitaire. Se laisser emporter de « demeures en demeures » comme le dirait notre mère sainte Thérèse d’Avila, au sein des Trois. Ce mouvement incessant, cet approfondissement permanent, nous permet d’entendre, dans toute sa force la parole de Jésus à Thomas : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ; personne ne va au Père sans passer par moi » (Jn 14,6). Quelle puissance dans cette affirmation ! Jésus, en trois mots, définit son être et manifeste son rôle de médiateur entre les hommes et Dieu.
Dans le missel romain, il y a quatre prières eucharistiques pour des circonstances particulières, et la troisième est intitulée : « Jésus, chemin vers le Père ».
La préface de cette prière eucharistique reprend l’enseignement de l’évangile de ce jour :
« Père très saint, maître du ciel et de la terre,
Par ton Verbe, tu as créé le monde et tu gouvernes toute chose avec justice.
C’est lui, Verbe fait chair, que tu nous as donné pour médiateur,
lui qui nous a dit tes propres paroles et nous appelle à le suivre.
Il est le chemin qui nous mène vers toi,
la vérité qui nous rend libres,
la vie qui nous comble de joie. »
Nous pouvons nous interroger en ce jour ; recevons-nous vraiment Jésus comme médiateur ? comme celui qui nous conduit au Père ? Est-il pour nous Le Chemin, pas « un » chemin parmi d’autres, mais « Le » chemin, l’unique chemin ? Est-il La vérité qui nous rend libre ? Faisons-nous l’expérience de cette liberté ? Est-il la vie qui nous comble de joie ?
Réfléchissons un instant, frères et sœurs, si Jésus est la Vie, en nous communiquant cette vie par sa Parole et par ses sacrements, il nous comble de cette joie véritable que nulle ne pourra nous enlever (cf. Jn 16,22) ; si Jésus est la Vérité et qu’en le suivant nous expérimentons la liberté des enfants de Dieu (cf. Rm 8,21) ; si Jésus est le Chemin qui nous mène, à travers vents et marées, à travers ravins et escarpements, vers le Père ; alors nos cœurs n’ont pas à être bouleversés, ils sont, en Christ Jésus, sur une route sûre.
Au début du passage d’évangile que nous avons lu ce matin, Jésus commençait par dire : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi » (Jn 14,1). Le mouvement allait de Dieu à Jésus. En final, il affirme : « Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père » (Jn 13,7). Le mouvement s’inverse et part de Jésus pour nous conduire au Père. Oui, nous connaissons Jésus ; sans doute mal, imparfaitement, mais nous le connaissons et nous cherchons à mieux le connaître. Nous sommes à l’écoute de sa Parole pour qu’il nous révèle son mystère ; Nous recevons son corps et son sans pour qu’il nous nourrisse de sa vie. Alors oui nous le connaissons et nous entendons cette promesse extraordinaire : « Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père » (Jn 13,7). Puis Jésus ne dit seulement : « vous connaîtrez », au futur, il affirme : « Dès maintenant vous le connaissez » (Jn 13,7).
Entrer dans la connaissance de Jésus-Christ, fils de Dieu et fils de la Vierge Marie, nous fait entrer immédiatement dans la connaissance du Père, de son Père, qui devient Notre Père. Entrer dans la connaissance, c’est entrer dans une intimité profonde, c’est pénétrer par la foi au cœur du Mystère. Entendons donc ce matin, cette invitation forte de Jésus : « Ne soyez donc pas bouleversés. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ». Dès maintenant vous le connaissez. » Amen.
