Comprendre le Nom de Dieu (Ho. Jésus Christ Roi - 20/11/22)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année C) : 2 S 5, 1-3 ; Ps 121 (122) ; Col 1, 12-20 ; Lc 23, 35-43

« Jésus, souviens-toi de moi lorsque tu viendras inaugurer ton règne. » C’est sans doute, frères et sœurs, l’une des prières les plus bouleversantes de l’Évangile. Sans réclamer un prodige pour être libéré de son supplice, ce bandit demande simplement à Jésus de se souvenir de lui. Il confesse ainsi la royauté de cet homme crucifié à ses côtés. Il ne s’agit certes pas d’une royauté humaine, car les rois de ce monde ne siègent pas sur une croix. Le Bon Larron reconnaît en Jésus l’accomplissement de la royauté divine dont nous demandons l’avènement à Dieu dans le Notre Père : « Que ton règne vienne ! » Il confesse la divinité du Christ de sorte que cette prière est le point culminant de la passion selon Saint Luc. En Saint Marc et en Saint Matthieu, la confession de foi est attribuée à un centurion romain témoin de la mort de Jésus : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » (Mc 15,39 // Mt 27,54). Ici, non seulement la divinité du Christ est affirmée, mais le salut est déjà une réalité : ce condamné est le premier des sauvés. Crucifié avec Jésus, il ressuscitera immédiatement avec lui : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. »

Comment expliquer un tel privilège, sinon par le fait qu’il a osé s’adresser directement à celui dont il confessait la royauté divine en prononçant son Nom : « Jésus ». Auparavant, dans l’Évangile, Jésus est appelé Maître ou Seigneur, mais jamais directement par son Nom. Seuls les démons le font, mais Jésus les fait taire, car le mystère de son Nom ne doit pas être dévoilé avant sa Passion. Après sa mort et sa Résurrection, il sera possible de reconnaître en Jésus le Dieu sauveur. Pourtant, d’après l’évangile selon Saint Matthieu, cette identité avait déjà été révélée par l’ange à Joseph : « Tu lui donneras le Nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (Mt 1,21) Dire le Nom de Jésus, c’est en effet entrer en relation avec le Fils de Dieu fait homme qui seul peut sauver son peuple de ses péchés. Marie et Joseph ont prononcé quotidiennement ce Nom dans l’intimité de la vie à Nazareth, mais le lecteur de l’Evangile n’en est pas le témoin ; lorsque Marie interpelle Jésus au Temple, elle l’appelle alors « mon enfant » (Lc 2,48). Le privilège de Marie et de Joseph reste caché, car nul ne peut prononcer ce Nom en vérité avant d’être parvenu à la plénitude de la foi. Durant la vie publique, il y a selon Saint Marc une exception autre que celle des démons. Tandis que Jésus traverse Jéricho et s’approche du lieu de sa passion, un aveugle du nom de Bartimée crie de loin : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! » (Mc 10,38 // Lc 18,38) Le caractère personnel de cette rencontre est souligné par l’indication exceptionnelle du nom de l’infirme, Bartimée, et par le fait qu’il est le premier à appeler Jésus par son Nom. Mais il le fait de loin ; dès qu’il s’approche, il dit « rabbouni ». Bartimée est dans l’Evangile selon Saint Marc le modèle du disciple croyant.

Peu avant cette rencontre et dans ce même contexte de la montée à Jérusalem, l’évangéliste Luc nous montre dix lépreux s’écriant de loin : « Jésus, Maître, aie pitié de nous. » (Lc 17,13) Cette prière, dite elle aussi à distance, est collective et donc sans relation réellement personnelle avec Jésus. Cependant, la succession de l’appel des dix lépreux, puis de Bartimée et enfin du Bon Larron constitue en Saint Luc comme une révélation progressive du Nom de Jésus qui culmine sur la Croix. L’invocation du Nom de Jésus est faite dans ce dernier cas, non seulement dans une proximité physique, mais dans la fraternité créée par une même condition de supplicié. Jésus établit son règne moyennant une proximité sans pareil, car sa royauté s’exerce sur les cœurs. Pour accueillir ce règne, il nous faut, frères et sœurs, reconnaître en lui notre Dieu et notre Sauveur. Jésus nous rejoint en effet jusque dans l’abîme de notre perdition. Là, avec le Bon larron, nous pouvons oser l’appeler par son Nom afin qu’il se souvienne de nous. C’est en ce Nom en effet que nous sommes sauvés comme ne cesse de le proclamer ensuite Luc dans le livre des Actes des Apôtres. Osons faire nôtre, frères et sœurs, la prière du Bon Larron en prononçant avec foi le Nom de Jésus. Alors nous pourrons faire nôtre aussi l’ultime prière de la Bible, celle qui au livre de l’Apocalypse identifie la venue du règne de Dieu à celle de Jésus reconnu dans sa royauté divine : « Amen, maranatha, viens Seigneur Jésus ! » (Ap 22,20)

Fr. Olivier-Marie Rousseau, ocd - (couvent d’Avon)
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