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I. Une presque suite de la Montée du Carmel

Il est probable que Jean se soit lassé des multiples distinctions scolastiques qui compliquaient son propos dans La Montée du Carmel et faisaient que l’ouvrage devenait épais et qu’il n’en finissait pas d’arriver au cœur de son sujet, le 4e livre annoncé (I,1,2 ;13,1) … Il a donc abandonné la suite et commencé un commentaire différent du poème évoquant une autre dimension du chemin. La méthode reste la même que dans la Montée : un commentaire du poème mais qui veut éviter de devenir un traité. En effet, à partir du chapitre 2 du livre II, la Montée du Carmel ne fait plus référence à un verset du poème de la nuit (4/5es de l’ouvrage !), preuve de la dérive littéraire… Il devient un traité scolastique. Jean commence donc un autre ouvrage avec la méthode initiale ; mais en fait il ne réussira pas à commenter tout le poème (strophes 4 à 8 non commentées) et achèvera l’ouvrage car l’essentiel de ce qu’il souhaite dire l’a été. Retenons en tout cas que littérairement la Nuit obscure n’est pas exactement la suite de la Montée. Elle propose un regard différent et complémentaire sur le chemin spirituel.

Le plan est très proche de celui de la Montée : nuit passive des sens (livre I) puis nuit passive de l’esprit (livre II).

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II. Dynamique de l’ouvrage

Il faut partir d’un constat d’expérience : la nuit active ne suffit pas à réaliser la transformation que nous espérons. Certes, rien ne se passe sans nous et Dieu attend notre collaboration comme nous l’avons vu dans la Montée. Mais Jean de la Croix montre que sans l’action de Dieu, nous ne pouvons rien faire. Dans la nuit, au fond, le premier acteur, c’est Dieu. Pour en rendre compte, Jean de la Croix parle de la nuit passive : ce n’est pas de la passivité au sens de ne rien faire mais c’est une manière de souligner que Dieu peut agir à notre insu mais qu’il agit d’autant mieux que nous consentons à cette action. Seul l’Esprit Saint peut nous rendre saints ! Pour Jean de la Croix, la nuit prend essentiellement la forme de la contemplation purificatrice mais Dieu passe où il veut ! La nuit va réaliser un passage, une pâque qui nous dépasse et une nouveauté absolue qui nous fait passer d’un usage humain des dons de Dieu (avec l’esprit de propriété qui ramène tout à soi) à un usage divin (avec l’Esprit Saint qui meut l’esprit humain). Le baptisé esclave du péché est devenu un enfant de Dieu, libre de tout et disponible aux œuvres de Dieu. Voilà l’effet de la nuit : l’union transformante en Dieu ! Mais cela passe par une refonte totale de notre être jusqu’aux plus grandes profondeurs : la nuit de l’esprit attaque les racines de l’être car la nuit du sens n’est qu’une étape. L’opération doit être chirurgicale pour qu’il y ait une création nouvelle. Jean de la Croix n’édulcore pas les choses : l’action de Dieu va être d’une telle force que le croyant a l’impression que Dieu s’acharne contre lui et devient son ennemi ! cf. nuits de Petite Thérèse et de Mère Teresa. C’est une erreur de jugement de sa part mais c’est quand même ce que vit le croyant dans la nuit de l’esprit… C’est après coup qu’il verra les fruits exceptionnels et qu’il dira cette nuit bienheureuse car elle l’a fait sortir de son moi égoïste. Il y a un tunnel à traverser avant d’arriver à la pleine lumière : c’est la croix avant la résurrection, à la suite de Jésus ! Nul disciple n’est plus grand que son maître !

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III. L’image du bois enflammé

Jean de la Croix va nous aider dans le chapitre 10 du livre II avec une image globale qui montre l’unité du processus de la nuit et même de toute la vie spirituelle puisqu’elle est aussi utilisée dans la Vive Flamme d’amour pour décrire l’union : la flamme de l’Esprit doit transformer en feu le bois du croyant, avec toutes les phases que Jean de la Croix décrit (réchauffement agréable, noircissement qui enlaidit, purgation des humidités, transformation en feu). Dans le livre I, Jean de la Croix justifie la nécessité de la nuit passive, comme il l’avait fait dans Montée pour la nuit active, en montrant que l’union avec Dieu est hors de notre portée. Il montre dans les chapitres 2 à 7 comment nous sommes enlisés dans un usage charnel de la vie spirituelle… Les 7 vices capitaux sont décrits pour parler de la vie spirituelle ! C’est une description très fine de notre comportement. En nous sentant démasqués par Jean, nous pouvons alors lui faire confiance et avancer en nuit profonde !

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