12e Dimanche T.O. ; Marc 4, 35-41

Le récit que nous venons d’entendre se situe au début de l’Évangile de Marc, c’est-à-dire que nous sommes encore dans cette période de découvertes par les disciples de la personnalité de Jésus. Et comme Paul, bien des années plus tard, ils devront abandonner la manière humaine de connaître Jésus pour poser l’acte de foi en celui qui vient nous sauver.

Les disciples sont au début de leur compagnonnage avec Jésus, il est donc normal que les apôtres s’interrogent sur sa personnalité : ils le voient fatigué comme un homme, ils vivent quotidiennement avec lui, ils le considèrent comme un maître et ils lui voient faire de nombreux miracles. Et voici que maintenant Jésus commande aux éléments, au vent et à la mer. S’ils ne peuvent pas poser encore un jugement définitif sur Jésus, ils sont dans l’interrogation, ils essayent de comprendre. Mais sans la foi, qui sera le fruit du matin de Pâques, peut-on aller plus loin que l’interrogation ?

C’est la foi qui nous fait comprendre de l’intérieur la personne de Jésus, comme c’est l’amour qui permet de comprendre véritablement un être humain. Et cette foi naîtra de la résurrection qui, comme elle illumine le corps de Jésus, illumine aussi sa vie et nous permet de comprendre la vérité et la justesse des actes qu’il a posés. Les disciples pourront alors passer d’une compréhension extérieure des actes de Jésus à une compréhension intérieure du Sauveur. Car se limiter aux gestes extérieurs de Jésus, au Jésus de l’histoire, peut empêcher de poser le véritable acte de foi. « Aujourd’hui, écrivait le cardinal Ratzinger en 2000, la tentation est grande de réduire Jésus-Christ, le fils de Dieu, à un simple Jésus historique, à un homme pur. On ne nie pas nécessairement la divinité de Jésus, mais, au moyen de certaines méthodes, on distille dans la Bible un Jésus à notre mesure, un Jésus possible et compréhensible d’après les paramètres de notre historiographie. Mais ce Jésus historique est un artefact, il est l’image de ces auteurs, et non l’image du Dieu vivant. Ce n’est pas le Christ de la foi qui est un mythe, mais le Jésus historique, qui est une figure mythologique auto-inventée par les divers interprètes. Les 200 ans d’histoire du Jésus historique reflètent fidèlement l’histoire des philosophies et des idéologies de cette période. »

Le Jésus faible, fatigué et dormant sur le coussin et le Jésus fort qui calme la tempête sont la même personne, l’unique Jésus, vrai Dieu est vrai homme. Notre méditation peut nous conduire à nous arrêter plus à l’un ou l’autre aspect, mais notre foi nous fait tenir les deux, dans l’unique personne de Jésus, verbe incarné. Et c’est de cette foi dont Jésus veut nous parler dans cet Évangile de façon à nous en donner le véritable sens. Cette foi qui est capable de faire le saut entre le Jésus de l’histoire et le Christ Sauveur.

Le plus souvent on oppose à la foi le scepticisme, le doute voire la présomption de la raison. Sans rien exclure de tout cela, Jésus, lui, oppose à la foi quelque chose de plus inattendu : la lâcheté, la peur, le manque de courage. Et cela peut s’entendre de deux manières complémentaires. D’une part, parce que la foi devrait donner du courage, et d’autre part parce que la foi demande du courage. La foi en tant qu’elle est un acte de confiance, et non une simple adhésion intellectuelle, renforce notre courage. Face aux difficultés, la foi comme alliance de l’homme et de Dieu, c’est l’ouverture à une présence qui marche à nos côtés. Cependant, si la foi peut donner du courage, il n’est pas moins vrai qu’elle en réclame. La confiance, par définition, va au-delà des évidences, des preuves. Il peut même arriver qu’elle demande de faire des choix là où l’argumentaire rationnel est insuffisant. Elle demande le plus souvent de risquer sa vie sur la parole, sur l’invitation du Seigneur. La foi, que les compagnons de Jésus n’ont pas encore, demande de poser des actes. Elle aide, mais elle commence aussi par coûter. Le courage du saut de la foi pour risquer sa vie, personne ne pourra nous en dispenser dans notre cheminement spirituel.

Que reproche de Jésus aux disciples dans la barque ? De l’avoir réveillé ? Ou d’avoir tant attendu ? ne leur reprochent-ils pas tout simplement leur affolement, cette manière pessimiste de croire tout perdu. Ils n’ont pas encore la confiance éperdue dans le Seigneur qu’avait notre petite sainte de Lisieux qui aurait tant voulu être dans cette barque sans réveiller Jésus. « N’ayez pas peur » nous dit Jésus, ce « n’ayez pas peur » qui est un fil rouge dans l’évangile de Marc, il est bon de le laisser résonner en nous pour nous donner du courage. Si nous avions un peu de courage, nous saurions faire confiance ; et si nous sachions faire confiance, nous trouverions le courage de demeurer au côté de Jésus dans la barque de l’Eglise sans le réveiller.