13e Dimanche T.O. ; Mc 5,21-43

« Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même. »

Dieu n’a pas fait la mort. Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable, pour la vie éternelle. Ces affirmations de la première lecture donnent aussi le sens des deux récits de miracle que nous rapporte l’Evangile. La vie est le don premier de Dieu en tant que créateur, et aussi son don ultime en tant que rédempteur par le salut offert en Jésus-Christ. La création est en soi le don de la vie à ce qui n’existait pas, et la rédemption est la revivification de ce don qui, du fait du mal, était détourné vers la mort.

Le récit évangélique que nous venons d’entendre se situe dans l’Evangile de Marc à la suite de deux autres qui illustrent aussi la puissance salvatrice de Jésus : le récit de la tempête apaisée et la guérison d’un démoniaque. Nous avons donc quatre récits qui décrivent Jésus comme celui qui s’oppose et est vainqueur des forces de mort. Le Seigneur est le maître des eaux en furie qui dans la Bible symbolise la mort qui se déchaîne contre l’homme. Puis il rencontre un homme possédé d’une légion de démons qui vit dans un cimetière, et est coupé de toute vie sociale. Enfin, nous venons d’entendre le récit de guérison de cette femme plutôt âgée qui perd son sang, c’est-à-dire ce qui symbolise la vie, puis Jésus va réveiller de la mort une jeune fille, au début de l’adolescence.

Ces 4 récits représentent 4 puissances mortifères qui s’attaquent à l’homme pour anéantir le projet de vie de Dieu Notre Père sur tout homme : Il y a bien sûr la mort physique, et aussi la mort sociale, la maladie et l’âge, et enfin le refus d’accueillir la vie. L’adolescence est l’archétype des situations où nous devons accepter des profondes mutations pour être porteur de vie. La présence de Jésus auprès de ses personnes fait reculer la mort et fait vaincre la vie.

Dans toutes nos existences nous retrouvons ce combat entre les puissances de vie et celles de mort. De manière plus ou moins grave, nos choix d’orientation de vie, notre combat spirituel et psychologique, les deuils que nous avons à vivre, sont à différent niveau des interpellations pour choisir ou non la vie. Il y a bien sûr nos luttes contre la maladie et la mort. Dans notre vie spirituelle et relationnelle aussi, notre tâche est celle de grandir vers la plénitude de la vie. En relisant ces passages de l’Ecriture, chacun pourra rechercher ses propres lieux de combat pour la vie. Nous pourrons personnaliser notre lecture de l’Evangile, en se posant la question de savoir ce qui en nous est porteur de vie ou de mort.

En tout nous devons choisir la vie plutôt que la mort, mais comment choisir et accueillir la vie ? C’est là que les textes de ce jour nous donnent la clef pour réaliser en nous, dans notre existence ce projet de vie de Dieu Notre Père sur chacun de nous.

Tout d’abord, il faut nous appuyer sur la conviction fondamentale que la vie est le don premier et irrévocable du Seigneur. Notre première vocation est celle d’être des vivants. C’est l’expérience du peuple de la première alliance « Le Seigneur a créé toutes choses pour qu’elles subsistent ». De plus, l’Evangile nous révèle que Jésus-Christ est pour nous la source vivifiante moyennant une foi confiante. La grâce qui sort du Christ est renouvellement du don de la vie.

Toutes nos prières de demande, et nos recherches spirituelles doivent s’appuyer sur cette conviction inébranlable que Dieu Notre Père veut pour nous la vie. S’il nous a créés, s’il nous a sauvés, c’est bien pour nous donner la vie, et nous accorder une vie pleine et entière. Avec le Seigneur, il n’y a jamais d’impasse totale, d’échec absolu. Certes nous pouvons être ébranlés intérieurement et au plus profond de nous-mêmes par les attaques des forces de mort, comme les décès, la maladie, l’exclusion, les ruptures, la peur. Mais nous ne pouvons douter ni du projet de vie du Seigneur, ni de sa capacité à le réaliser, quelques fois selon un dessein qui nous échappe. Sa victoire finale est celle de la résurrection. Les récits évangéliques lus aujourd’hui veulent nous conforter dans notre démarche de foi, et la Passion - Résurrection du Christ ratifie cette Foi dans le don de la vie pour chacun.

Au plus profond de la nuit de sa Pâque, le Christ crie : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ainsi, dans nos difficultés, plus ou moins importantes, il peut s’élever une crainte, un doute. Ce n’est pas une faute que d’exprimer un sentiment d’abandon, de désolation. Mais il nous faut aussi entendre la deuxième exclamation de Jésus en croix : « Père, en tes mains je remets mon esprit. » À côté de l’ébranlement intérieur, l’acte de Foi, c’est-à-dire un acte de confiance et d’amour, nous ouvre au don toujours possible de la vie. La résurrection suit la passion. Le don de Dieu ne supprime pas le combat contre la mort, ni ne gomme les marques de la croix, cependant le don de Dieu est plus fort.

L’invite qu’il adresse à Jaïre, « ne crains pas, crois seulement », Jésus l’a vécu lui-même quelque temps plus tard. La Pâque du Christ-Jésus est le modèle exemplaire pour nous guider jusqu’à la victoire finale de la vie sur la mort. La vie n’a perdu face à la mort que lorsque l’espérance théologale, c’est-à-dire qui nous unit à Dieu, cède face au désespoir humain. La puissance de vie qu’il a manifestée auprès de tous ceux qui venaient à lui, s’est manifestée aussi pour Jésus.

Le Seigneur ne nous demande pas des actes héroïques mais une petite Foi, un peu de confiance malgré tout. Comme pour la femme hémorroïsse, c’est la foi qui touche notre Seigneur, même par derrière, même sans son consentement explicite. Notre foi et notre espérance touchent Dieu Notre Père dans ces entailles de miséricorde et le forcent à agir. La foi et l’espérance sont comme un doux entêtement, une obstination amoureuse qui s’appuient sur le don premier de Dieu, celui de la vie, et sur la promesse réalisée en Jésus-Christ, celle de la vie vainqueur de la mort.

Désespérer, c’est dire que le Seigneur ne peut plus rien pour nous, que les dons qu’il nous fait, il ne peut les mener à leur achèvement. Or « si Dieu est pour nous, qui peut être contre nous ? ». Espérer contre toute espérance, c’est confesser que nous croyons que Dieu Notre Père fera jaillir la vie là où nous pensions que la mort pouvait vaincre. De la création à la résurrection, dans la vie de Jésus et de tant de saints, le Seigneur nous a bien révélé que jamais la mort n’aura le dessus sur la vie.

Il y a donc pour chaque chrétien un devoir impérieux de tenir dans le combat de l’espérance. Dur combat quelques fois, comme pour le chef de la synagogue. Jésus lui demande sa foi, il semble se diriger vers sa maison, mais il se laisse distraire par une vieille femme, et l’on annonce la mort de la fillette. Malgré cela, il est encore bon de déranger le maître et de renouveler l’acte de foi, car la vie sera réveillée.

Pour nous-mêmes, pour nos communautés, pour l’Eglise et chaque personne, par la foi nous devons entrer dans l’espérance car la vie est devant nous, comme elle nous a déjà été donnée. Il y a un certain optimisme qui est une conséquence nécessaire de la Foi chrétienne. Par cette vie qui nous précède et qui nous est promise, nous sommes pour le monde, d’une éternelle jeunesse, la jeunesse de Dieu. Ce qui va à la mort, c’est ce qui est vieux. Or nous tous, les fidèles du Christ, nous allons à la vie. Après 2000 ans, l’Eglise est la jeunesse de l’humanité, car nous avons la vraie vie. Vie donnée, vie promise, vie renouvelée par la foi et notre communion au corps et au sang du Christ.