14 ème Dimanche T.O. ; Mc 6,1-6

Une des préoccupations aujourd’hui est de savoir comment annoncer Jésus et comment le faire connaître. Ce n’est sûrement pas facile et nous sommes portés à en rejeter la cause sur notre monde moderne et ses multiples mutations. Mais cet évangile nous apprend qu’il n’a jamais été facile de reconnaître Jésus, non pas l’homme, mais celui qui vient nous sauver. Même de son vivant, parmi ceux qui le côtoyaient tous les jours. On dirait même que plus on était proche de Jésus dans l’espace et dans le temps, mieux on pensait connaître sa fiche d’identité terrestre, avec les noms et le métier de ses parents et de sa famille, moins il y avait des chances de percer son secret profond. On vivait côte à côte, face à face, pour ainsi dire, on savait tout de Jésus, selon la chair, comme le dira saint Paul, mais on ignorait le vrai Jésus, le Jésus selon l’Esprit. « D’où cela vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie ? Il était pour eux un scandale. »

Si Jésus s’en étonne, l’incompréhension sur laquelle il but, semble prévu. « Un prophète est méprisé dans son pays, sa famille et sa propre maison. » Et les conséquences sont relativement importantes. Leur manque de foi rend inopérant son pouvoir miraculeux. « Il ne put accomplir aucun miracle », dit l’Évangile. Un jour, il finira par être expulsé de son propre village, puis pire encore. Bien sûr, de temps à autre, Jésus semblera récolter un certain succès dans son pays. Cependant ces succès seront toujours teintés d’ambiguïtés. Sa parole captive, car personne n’a parlé comme lui auparavant, il accomplit des miracles, mais un jour, il devra échapper à cette foule qui veut le couronner roi sur terre, et faire de lui un Messie politique. Et Jésus leur reprochera d’être à l’affût des miracles et des signes extérieurs, sans rechercher ce qu’ils pouvaient signifier spirituellement, car sans la foi, ils ne servent à rien. Et le malentendu entre Jésus et la foule ira en s’accroissant jusqu’à la Passion.

Plus le mouvement populaire s’amplifiera autour de Jésus, plus celui-ci semblera un instant frôler la réussite, plus l’ambiguïté de sa situation deviendra proprement insoutenable. Tous ceux qui ont à faire avec lui se ligueront pour le supprimer. Ses proches voudront sauver l’honneur de la famille en le déclarant fou, les prêtres et les scribes réussiront enfin à le faire condamner par les Romains pour des raisons politiques. Mais c’est à travers la méprise que Dieu réalisera son œuvre de salut et que toutes les prophéties de l’écriture s’accompliront dans la mort du prophète expulsé.

Il n’a jamais été facile de reconnaître Jésus, aujourd’hui comme il y a 2000 ans, les compromissions avec le monde, les récupérations sociopolitiques, les terribles ambiguïtés terrestres en chacun de nous risquent de déformer le véritable visage de Jésus. La méprise peut-être de chaque instant, dès que l’on se détache d’un regard de foi sur celui qu’aucun discours ne peut épuiser. Les incommensurables richesses du mystère de Jésus, nous les portons en des vases d’argile, dans notre intelligence limitée, en nos cœurs partagés et divisés. Seul le regard de Foi dévoile la réalité, c’est-à-dire un acte de confiance et d’amour. Jésus demeure présent avec nous jusqu’à la fin des temps, comme il était sur terre il y a 2000 ans, il nous accompagne, et quelquefois il nous laisse sentir sa présence. Lors de ces quelques moments de grâce, où la foi nous éclaire sur le mystère de la personne de Jésus, il nous faut savoir que ce n’est pas la chair et le sang qui nous font comprendre Jésus, mais un don de l’Esprit Saint venu du Père qui nous communique sa lumière.

Nous pouvons savoir que Jésus est là à l’œuvre tout simplement lorsque l’amour et la miséricorde se répandent, lorsque la lumière de la vérité éclaire les obscurités, lorsque la paix et la concorde règnent parmi les hommes.