1er Dimanche de Carême, Marc 1,12-15

« Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert. »

Des quatre Évangiles synoptiques, celui de Saint Marc est le plus bref, avec seulement 16 chapitres, car il va à l’essentiel. Ainsi aujourd’hui, en quelques lignes, il relate le baptême de Jésus, sa tentation au désert et sa première prédication. Mais cette brièveté ne nous fait rien perdre de l’intensité des événements, et même elle en souligne les caractéristiques essentielles. Dans ce récit, en 4 versets, St Marc nous montre ensemble le mystère du désert et du carême, du combat de Jésus, et encore celui de Pâques et du salut apporté à la création et annoncé à tous les hommes. Pétri de la tradition biblique, le texte de Marc est d’une grande densité.

Tout d’abord, notons que c’est « l’Esprit pousse Jésus au désert ». Or dans l’Ancien Testament, l’envoi au désert est riche de sens, car il est tout autant le lieu de l’épreuve que celui de la rencontre avec Dieu comme nous le décrivait le prophète Osée, « C’est pourquoi, dit le Seigneur, je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur ». Et c’est aussi du désert que viendra le Messie, comme nous le répétons durant le temps de l’avant, « une voix crie dans le désert, préparer le chemin du Seigneur ». Jésus y restera 40 jours comme autrefois le peuple d’Israël mis 40 ans pour arriver dans la terre promise, mais ces 40 jours, c’est aussi le temps que mit Elie pour parvenir à travers le désert jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb (1R 19,8). C’est pourquoi, chez Marc, Jésus est poussé au désert non seulement pour y être tenté, mais aussi célébrer l’alliance avec son Père, et y repartir pour accomplir sa mission.

Le récit se poursuit en nous disant qu’au désert Jésus était avec les bêtes sauvages, cette expression « être avec » n’est pas anecdotique chez Marc, car il emploiera plus tard pour parler de la relation entre Jésus et ses disciples. Il nous rapportera au chapitre III que Jésus institua les Douze d’abord pour être avec lui, et ensuite seulement pour les envoyer prêcher. « Être avec » chez saint Marc signifie une proximité, le partage d’une intimité, d’une amitié. S’il y a cette insistance sur la proximité entre Jésus et les bêtes sauvages, c’est pour évoquer la réalisation des promesses messianiques du prophète Isaïe. Promesse que nous entendons dans la liturgie de la nuit de Noël, « Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines. Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur. (…) Le loup habitera avec l’agneau (…) On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte » (Is 11, 1…9). Avec le Messie, s’instaure une nouvelle harmonie entre l’homme et la création, nous retrouvons la paix du paradis perdu. Jésus est le nouvel Adam qui restaure la création jadis blessée par le péché et réalise l’alliance promise à Noé : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec tous vos descendants, et avec tous les êtres vivants qui sont autour de vous ».

Accomplissant la première alliance, le messie peut alors annoncer aux hommes la réalisation des promesses : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ».

Ainsi, en quelques phrases, tout nous est dit de la vie et de la mission de Jésus décrite en 3 étapes, dans la puissance de l’Esprit Saint, il affronte le mal victorieusement et réconcilie la création, et annonce la Bonne Nouvelle. Dans la seconde lecture, Saint-Pierre souligne cette même marque de l’Esprit Saint dans le mystère de la Pâque de Jésus, « Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’Esprit ». Pour Jésus, du début de son ministère, après son baptême, jusqu’au jour de sa passion, c’est l’Esprit Saint qui travaille en secret, qui le pousse du désert à la ville. Et nous sommes invités à comprendre que ces 3 étapes décrites par Marc sont celles de notre vie chrétienne. Marquée du sceau de l’Esprit Saint, nous entrons dans le combat de la foi, et par la puissance de ce même Esprit, nous entrerons dans la paix de la nouvelle création, du paradis retrouvé.

Depuis le jour de notre baptême et de notre confirmation, nous sommes ensemencés de cette présence divine pour mener à notre tour l’œuvre de salut que Jésus a déjà réalisé pour nous. En effet, comme nous le dit Saint-Pierre, « C’était une image du baptême qui vous sauve maintenant et être baptisé, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus-Christ ». De là, le baptisé, spécialement en ce temps de carême, entre avec Jésus et dans la puissance de l’Esprit Saint, dans un combat contre tout ce qui s’oppose à la vie divine qu’il a reçue. La droiture de notre conscience nous demande pour le moins à reconnaître et à nommer ce qui n’est pas ajusté à l’Amour du Père pour nous, à la lumière de l’Esprit qu’il nous a donné. Cela peut nous amener à des choix plus ou moins difficiles, à des renoncements qui peuvent nous paraître crucifiant. Mais alors se réalisera pour nous cette autre parole de l’épître de St Pierre : « Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l’esprit, il a été rendu à la vie ».

Car nous ne sommes jamais seul dans ce combat lorsqu’il est mené sous l’action de l’Esprit Saint, car c’est « Dieu Notre Père qui produit le vouloir et le faire, selon son dessein bienveillant » (Ph 2,13). Comme Jésus au désert, nous sommes destinés à partager la douce harmonie de la création réconciliée, le règne de Dieu est tout proche de nous !