22e Dimanche T.O. ; Marc 7, 1-8

Nous venons d’entendre Jésus nous dire : « C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. » Que se passe-t-il donc, frères et sœurs, dans ce cœur de l’homme ? Que trouvons-nous dans notre cœur quand nous l’examinons en conscience ?

Le cœur de l’homme échappe à toute emprise. Mon cœur, je n’en perçois souvent qu’un enchevêtrement de désirs et de pulsions contradictoires qui me déchirent en tous sens. Je trouve des désirs qui me remplissent de joie et d’espérance, et d’autres qui me font mal et creusent en moi un vide. Parfois, je ressens simplement comme un trou béant, comme un sentiment de vide, un manque d’être que personne n’a encore vraiment pris en charge pour le combler. Il peut même m’arriver, lorsque j’examine ma vie, de découvrir que je me suis laissé mener par même mauvais sentiment plus que par ma bonne volonté.

Comment s’étonner ? Devant son cœur, l’homme non seulement est perplexe, mais il peut prendre peur, on voudrait en ne plus être ainsi en proie à son inconscient, faillir là où on voudrait bien faire, et recommencer cent fois malgré nous, ce que nous ne voudrions pas faire. On cherche alors à se protéger contre ces incursions subreptice et indue de notre monde intérieur, de notre inconscient, de nos mauvais sentiments. Nous pouvons gémir : où est notre véritable liberté ? Et qui commande vraiment dans ma vie ? En suis-je vraiment le maître ? Une mauvaise manière de se mettre à l’abri de ce monde mystérieux, qui nous habite et qui quelquefois nous manipule, c’est une certaine façon de pratiquer la religion, celle que Jésus met en cause dans cet évangile. Si notre cœur nous échappe ainsi, certaines personnes vont essayer au moins de sauver la face, de soigner l’extérieur en s’attachant à des pratiques et à des coutumes religieuses. Si notre cœur grouille et brouillonne de mauvais sentiments, certains préfèrent prudemment serrer les écrous du couvercle par des rites, des gestes, des commandements, des engagements et des dévouements qui donnent extérieurement le change et qui nous font oublier la pauvreté et de notre cœur.

Or, Jésus vient de dire que ce chemin n’est pas le bon pour purifier notre cœur et n’aboutit finalement qu’à blanchir ce qui demeure une sépulture, c’est-à-dire un lieu de mort, au lieu de propager la véritable vie. Mais comment faire avec ce cœur à tel point déroutant et ambigu ? Il n’y a pas d’autre chemin que celui de regarder tout d’abord en face la pauvreté et la misère de notre cœur. Accueillir et accepter d’être aussi cela, d’être cette personne qui finalement est incapable, par elle-même, d’accomplir tous les biens qu’elle voudrait. Il s’agit de se regarder en face, mais surtout ne pas se regarder en face tout seul, il faut se regarder avec l’amour de Dieu. Car laissé à nous-mêmes, nous ne pouvons pas accueillir cette misère qui nous habite sans se sentir écrasé. C’est avec Jésus qui nous faut accepter cette pauvreté de notre cœur. L’amour de Dieu seul peut accueillir notre manque d’amour sans en être atteint, Lui seul peut nous aider à aimer en actes et en vérité. Seule la puissance de l’Esprit Saint en nos cœurs peut effacer nos fautes, peut soigner ce qui est blessé en nous, peut relever ce qui est tombé, peut restaurer ce qui est brisé, peut dénouer ce qui est enchevêtré, et enfin remettre en place ce qui est désordonné. Car le Seigneur est venu sauver ce qui été perdu et communiquer la vie éternelle à ce qui allait vers la mort.

La conversion, c’est aussi simple que cela, et aussi doux que cela : reconnaître que nous avons besoin du Seigneur pour accomplir dans nos vies l’amour dont nous avons besoin pour vivre. Nous pensons souvent que la conversion est quelque chose de difficile et de douloureux. Quoi de plus redoutables que la rencontre entre le cœur blessé de l’homme et le grand cœur de Dieu ? En fait, il n’y a rien de plus doux, cette rencontre n’est pas redoutable. Cette rencontre nous la voyons en œuvre dans les évangiles lorsque Jésus pose son regard sur la femme adultère prise en flagrant délit, lorsque le Jésus rencontre Marie-Madeleine, lorsque Jésus croise Pierre qui vient de le trahir. Il n’y a dans ses rencontres aucune condamnation qui enferme l’homme pécheur, mais une vérité qui libère et donne la vie. Car c’est l’amour de celui qui sait mieux que quiconque ce qu’il y a dans le cœur de l’homme, et qui ne renie rien de ce qui la posait lui-même au cœur de ces enfants, à condition qu’ils puissent inlassablement se tourner vers lui dans la confiance.

Ce regard de Jésus, plein de tendresse qui délivre a été confié à l’église qui le tient en réserve pour chacun de nous. Chacun peut, à son tour, venir puiser à la source du pardon et de la miséricorde de Dieu. Le plus beau témoignage que peuvent donner les chrétiens aux personnes qui les entourent, ce n’est pas le témoignage de la vie parfaite, mais le témoignage d’une vie qui s’appuie sur le pardon et la miséricorde. Chrétien, nous ne sommes pas parfaits, mais nous vivons du pardon de Dieu et nous devons essayer de rayonner ce pardon.

C’est cet appel à la miséricorde que nous entendons dans la parole de Dieu que nous écoutons au début de l’Eucharistie, et c’est à cette force de l’amour que nous venons communier en recevant le corps et le sens du Christ. Nous venons recevoir cette force qui vient remuer le fond de notre cœur pour lui rendre la paix, l’harmonie et la tendresse.