7e Dimanche de Pâques ; Jean 17,11-19

L’évangile de ce dimanche, nous permet d’approfondir le mystère de notre salut entre les deux fêtes de l’Ascension et de la Pentecôte en nous rappelant que nous ne sommes pas du monde. Jeudi dernier, nous fêtions l’Ascension de Jésus qui mène jusqu’à son accomplissement le salut offert pour notre humanité, et dimanche prochain nous célèbrerons le don de l’Esprit Saint.

Dans le récit de l’ascension au livre des actes des apôtres, les anges nous invitent à ne pas rester là à regarder le ciel. Cette invitation ne vise pas à limiter notre regard aux choses de la terre, mais elle nous invite à ne pas nous figer dans la stupeur. Car Jésus nous le redit aujourd’hui, nous ne sommes pas du monde, c’est-à-dire que notre vocation ne se réalise pas parfaitement en accomplissant nos désirs ou besoins terrestres.

Si à l’Annonciation, par l’incarnation du verbe, l’humanité et la divinité se sont à jamais liées, par l’Ascension de Jésus, un homme est accueilli au sein même de la Trinité. Le mouvement descendant du Seigneur pour venir nous chercher ne s’est pas arrêté à la réalité charnelle, mais il a pris ce qui blessait l’homme au plus profond, le péché et la mort. De même, le mouvement ascendant du Christ ne se limite pas à la résurrection de la chair, il va jusqu’à donner à notre humanité ce qui lui était le plus éloigné le partage de la vie trinitaire. Venu d’auprès de Dieu notre Père, il y revient avec notre humanité, Jésus a ainsi ouvert la porte à tous ceux qui, par lui, retrouve la communion avec le Père. « C’est avec pleine assurance que nous pouvons entrer au sanctuaire du ciel, grâce au sang de Jésus : nous avons là une voie nouvelle et vivante qu’il a inaugurée en pénétrant au-delà du rideau du sanctuaire. » Par deux fois il franchit ce rideau pour en sortir et pour y revenir.

L’épître aux Philippiens le redit d’une autre manière. « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. » (Ph. 2, 6-11)

Par son incarnation, sa vie sur terre, sa mort, et sa descente aux enfers, le Christ Jésus a tout visité, et il entraîne tout vers le Père qui l’établit sur sa maison. Tous ceux qui ont reçu la visite du Fils sont appelés à reconnaître et à témoigner de celui qui est venu dans la chair. En se révélant à nous par son incarnation, et en révélant notre destinée finale par son Ascension, Jésus nous invite à proclamer qu’il est Seigneur. Au ciel, sur terre et aux enfers, toute langue doit attester de l’œuvre de Dieu pour les hommes et toute la création.

C’est ce à quoi nous invitent les anges, il ne faut pas chercher le Christ en scrutant le ciel, car l’Ascension ne l’a pas placé quelque part dans le cosmos. Il est auprès du Père. Si Jésus est bien lié à un corps, il n’est plus lié à la corruption et à la mutation, comme l’est encore ce monde dans lequel nous vivons. Il est passé corporellement dans une autre dimension de la réalité où la mort et les dégradations n’ont plus de pouvoir. Il ne sert donc à rien de scruter le monde matériel pour le trouver ou, à l’opposer, nier son existence. La présence actuelle de Jésus à la création est de l’ordre de la Foi. C’est pourquoi seul l’Esprit promis par Jésus peut nous le faire connaître aujourd’hui. Seul l’Esprit du Seigneur peut nous mener à la vérité tout entière.

Dès lors on comprend que l’Ascension de Jésus n’est pas son départ ni une séparation d’avec ses disciples puis d’avec son Eglise. L’Ascension réalise le salut de l’homme par l’accueil trinitaire et crée l’espace pour l’œuvre de la foi dans le cœur du disciple. Car l’Esprit promis n’est pas le remplaçant temporaire de Jésus en attendant son retour en gloire. Jésus demeure au milieu de nous et l’Esprit Saint est le révélateur de l’œuvre et de la présence du Seigneur pour nous, c’est lui qui nous donne de connaître Jésus. Dans l’évangile selon St jean, Jésus nous dit : « l’Esprit me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. » ( Jn 16, 14) Et Saint Paul atteste que « nul ne peut dire que Jésus est Seigneur sans l’Esprit saint » (1 Co 12, 3).

Jésus ne nous promet pas l’Esprit pour suppléer à une absence, mais parce que seul l’Esprit en s’unissant à l’esprit de l’homme peut révéler les mystères de la Foi. Et seul l’Esprit du Seigneur rassemble dans l’unité le Peuple de Dieu et constitue les croyants en corps dont la tête, qui est le Christ, est déjà dans les cieux.

En regardant Jésus disparaître à nos yeux nous contemplons la réalisation de notre salut, et en ne scrutant pas indéfiniment le ciel, nous ouvrons notre esprit, notre cœur et notre intelligence à l’Esprit Saint pour accueillir le don de la Foi en nos cœurs. Baptisés en recherchant le Christ là où il se donne, au plus intime de nous-même, nous renaissons de l’eau et de l’Esprit à la vie nouvelle dans le Christ.

Jusqu’à la Pentecôte, nous sommes invités à implorer la venue de l’Esprit saint sur nous-même et sur toute l’Eglise, non pour combler une prétendue absence, mais pour découvrir la nouvelle présence du Christ, pour que se réalise en nous l’œuvre de la Foi. Car « notre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3), et « nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu. Or, nous n’avons pas reçu, nous, l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, pour connaître les dons gracieux que Dieu nous a faits. » (1Co 2, 11-12)