Homélie d’Avon : Conversion de saint Paul

Frères et Sœurs,

Jésus envoie ses apôtres dans le monde entier. Il leur rappelle que celui qui sera baptisé sera sauvé. Et il leur indique les « signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants. »

Il n’est pas étonnant que l’Église nous donne à entendre cet évangile, finale de l’évangile selon saint Marc pour la fête de la conversion de l’apôtre Paul. Paul a cru en Jésus. Il a été baptisé, nous l’avons entendu dans la première lecture. Il a « proclamé la Bonne Nouvelle dans la monde entier et à toute la création. » Lorsque nous relisons les Actes des Apôtres, nous nous rendons compte que Paul accomplit les signes qui accompagnent ceux qui croient. Il chasse les esprits mauvais (Ac 19, 12). En Actes 28, un serpent, plus exactement une vipère, le mord à la main alors qu’il ramasse du bois. Les spectateurs pensent que si un serpent le mord alors qu’il vient d’échapper à un naufrage c’est le signe que les dieux sont contre lui. Paul secoue simplement la main au-dessus du feu et la vipère lâche prise sans ne lui faire aucun mal. Il impose les mains aux malades et ils sont guéris (Ac 19, 11-12 ; 28, 8). Il impose également les mains sur les nouveaux baptisés et ceux-ci sont alors remplis de l’Esprit Saint (Ac 19,6).

Oui, Paul fait partie des croyants, il est même du rang des Apôtres, même si dans ses écrits, il affirme : « Je suis le moindre des apôtres ; je ne mérite pas d’être appelé apôtre » (I Co 15, 9). Au cours de cette “année saint Paul”, nous avons la chance de nous mettre à l’écoute et à l’école de l’Apôtre des Nations. Un homme surprenant dont le parcours est étonnant. Depuis sa naissance à Tarse, au début de l’ère chrétienne, en passant par ce chemin de Damas dont nous faisons mémoire aujourd’hui, jusqu’à son martyre à Rome. Dans un premier temps, il s’est attaché à la foi de ses Pères, qu’il a étudié auprès de Gamaliel (Ac 22, 3) et pour laquelle il montre un zèle jaloux (Phil 3, 7). Mais il sait accueillir la nouveauté de la Bonne Nouvelle, la nouveauté du Christ Jésus, vivant qui fait irruption dans sa vie sur le chemin de Damas et cette rencontre le transforme.

Ce parcours étonnant se révèle également d’une manière géographique. Quand nous regardons sur une carte, les voyages missionnaires de Paul, nous sommes frappés de voir que les “cercles” ne cessent de s’élargir. Mais il est intéressant de voir le parallèle qui existe entre l’élargissement géographique et l’élargissement ou l’approfondissement de la pensée théologique et spirituelle. Les deux étant inséparables puisqu’une vraie et saine théologie ne peut se faire qu’à genoux.

Paul entre toujours plus profondément dans la révélation du mystère du Christ-Jésus, dans la révélation du dessein d’amour, du dessein de Salut pour tous les hommes que Dieu veut accomplir par le Mystère Pascal du Christ. Au long des épîtres de Paul, nous voyons combien il approfondit, élargit sa pensée pour aboutir à la présentation d’une christologie éblouissante dans sa splendide Lettre aux Éphésiens. Je vous invite, au cours de cette semaine, à lire ou à relire cette épître. Laissez-vous emporter dans les perspectives spirituelles que nous dévoile l’apôtre Paul ; laissez-vous émerveiller par ce dessein d’amour de Dieu dès les commencements.

Paul va devoir faire face à deux types d’oppositions dans son annonce de l’Évangile. Celle qui vient des juifs et celle qui vient des païens, des grecs. Pour les uns et pour les autres, il va avoir un langage nouveau, le λογος σταυρου, le langage de la Croix, « scandale pour les juifs, folie pour les païens » ( I Co 1, 28). Cette croix du Christ, qu’il met au centre de sa prédication : « Je n’ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié » (I Co 2, 2).

Paul nous rappelle que pour avoir part à la Résurrection, il nous faut être enfoui par le baptême dans la mort de Jésus-Christ. (Cf. Rm 6.) Mais en même temps, il nous rappelle la force et la puissance de la Résurrection. L’apôtre nous invite effectivement à entrer toujours plus profondément dans le Mystère Pascal, le mystère de la Croix, de la Mort et de la Résurrection de Jésus, pour pouvoir en vivre aujourd’hui.

Nous pourrions ce matin retenir deux points particuliers de l’enseignement de Paul, deux points de l’expérience chrétienne fondamentale. D’une part, la communion au Christ Jésus, dès maintenant, d’autre part, le don de l’Esprit Saint qui nous fait vivre déjà dans cette vie de la vie du Ressuscité, même s’il nous faudra attendre de passer par la mort pour vivre pleinement de cette vie de Ressuscité. Paul, tout au long de ces épîtres, nous rappelle que si le Verbe s’est incarné, c’est pour qu’en Lui, Jésus, nous devenions les fils bien-aimés du Père, des fils mus par l’Esprit Saint et que nous puissions lui dire « Abba, Père » (Ga 4, 6 ; Rm 8, 15.)

Fils, nous sommes héritiers. Héritiers, nous sommes invités à vivre dans la liberté des enfants de Dieu. Liberté qui ne consiste pas – comme on le croit parfois – à faire n’importe quoi, à se laisser conduire par ses pulsions et ses envies ; mais cette vraie liberté qui consiste à se laisser mouvoir et guider par l’Esprit Saint, pour que s’accomplisse en nous le dessein salvifique de Dieu.

L’apôtre Paul nous propose de faire nôtre, d’une certaine manière, l’expérience qu’il a vécu lui-même dans sa rencontre avec le Christ Jésus sur le chemin de Damas.

Frères et sœurs, nous allons faire mémoire dans cette Eucharistie du Mystère Pascal, du mystère de Mort et de Résurrection du Christ Jésus. Qu’il nous soit donné par l’intercession de l’apôtre Paul, d’entrer plus profondément dans ce Mystère, de l’actualiser dans notre vie, de vivre véritablement de cette vie de Ressuscité qui nous est offerte. Accueillons la grâce qui nous est faite et pour l’accueillir, avec l’apôtre Paul soyons dans l’action de grâce. Il écrit à la fin de la lettre aux Thessaloniciens : « Restez toujours joyeux et priez sans cesse. En toute condition, soyez dans l’action de grâce. C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus. » (I Thess 5, 16-18.)

Amen.

Fr. Didier-Marie Golay, ocd