Assomption de la Vierge Marie

« Désormais, tous les âges me diront bien heureuse. » Cette parole follement audacieuse de la vierge Marie dans son cantique d’action de grâce, l’histoire de l’église nous en montre la vérité. Cette jeune fille d’Israël, humble servante, est acclamée par toute la terre, spécialement en ce jour où nous fêtons son Assomption. Après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, la vierge Marie a été comblée de grâce par le Seigneur en étant élevée en son corps et en son âme à la gloire du ciel. Certes, dans la hiérarchie des vérités de la Foi, l’Assomption n’est pas première, c’est la résurrection du Christ qui est première, mais l’Assomption de la vierge Marie met en lumière l’espérance chrétienne.

En effet, elle se situe entre la résurrection du Christ, qui est le centre de notre foi, et la dernière affirmation du credo : « J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir ». L’Assomption est comme la première attestation de notre espérance et de ce que Saint Paul souligne dans la seconde lecture : « le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité. » Car ce que Dieu a donné à son Fils, il le promet à tous ces enfants. Dans l’Assomption, il fait par avance à Marie le cadeau qui nous est destiné à tous, au dernier jour. Voilà qui réveille notre espérance ! Associé au Christ, nous partagerons la gloire de la résurrection et nous entrerons dans la maison du Père, où le Christ est parti nous préparer une place.

Ainsi, s’il est un jour où nous devrions aller au cimetière visiter nos morts, ce n’est pas dans le froid d’un 2 novembre, mais aujourd’hui en cette belle journée de l’Assomption. Et d’ailleurs pour souligner le lien entre la réalité de l’Assomption de la vierge Marie et la promesse qu’il nous est fait de ressusciter un jour à notre tour, le dogme de l’Assomption de la vierge Marie a été proclamé par sa sainteté le pape Pie XII en la fête de la Toussaint, le 1er novembre 1950. Donc, en cette fête de l’Assomption nous devrions aller devant les tombes de ce qui nous sont chers pour proclamer notre foi et notre espérance en la vie éternelle. Au terme de notre vie terrestre, nous serons glorifiés en notre âme et en notre corps pour participer à la gloire du ciel. Ainsi, Marie est l’aurore de l’église triomphante, c’est-à-dire le commencement d’un jour nouveau. Elle est déjà tout entière passée à la vie en plénitude, et ce sera un jour notre tour. Voilà l’espérance concrète que nous confessions devant nos morts, pour eux et pour nous.

À la fin des temps, tous nous passerons tout entier en Dieu comme cela a été fait pour Marie. Nous pouvons dire de la même façon que la vierge Marie « le seigneur est avec nous », comme nous le disions au début de chaque célébration. Tout le but de notre vie spirituelle est d’ouvrir progressivement tout l’espace de nous-mêmes, corps et âmes à la présence vivifiante de Dieu. Notre sanctification est que Dieu puisse faire circuler son amour dans tous les moindres replis de notre cœur, dans les événements, les rencontres, les travaux, les espoirs et douleurs de notre existence. Oui, que tout puisse, enfin, vivre totalement en Dieu et de Dieu. Cette incarnation de la vie de Dieu réalisé en Jésus-Christ, nous sommes appelés à en vivre nous aussi aujourd’hui et maintenant. Et cette incarnation de la vie de Dieu en nous s’épanouira lors de notre passage à la vie éternelle quand nous serons glorifiés en notre âme et en notre corps.

Voilà la beauté si profonde et si proche de cette fête. Il ne s’agit pas seulement de chanter les merveilles accomplies par Dieu en Marie. Ce que le seigneur a fait en la vierge Marie, il veut aussi l’accomplir en nous. Si Marie est montée au ciel, c’est le signe que nous aussi nous sommes appelés à entrer dans la gloire de Dieu. Si Marie a été élevée en son corps et en son âme, c’est que Dieu veut aussi que nous entrions corps et âmes en paradis. Nous croyons à la résurrection de la chair et à la vie éternelle, victoire réalisée par Jésus-Christ, et manifestée dans la vierge Marie.

Aujourd’hui, nous voyons la réalité du salut en la première d’entre nous, et nous espérons son accomplissement pour tous les fidèles du Christ. Aujourd’hui, en écoutant l’évangile de la visitation et le magnificat, il nous est donné d’entrer dans la joie de la vierge Marie. Cette joie exprimée sur terre avec les mots du magnificat connaît certainement sa plénitude au jour de l’Assomption. La joie qu’exprime Marie dans son cantique d’action de grâces du fait des merveilles que Dieu accomplit en sa vie par l’incarnation du verbe, cette joie a dû être encore plus grande au jour où elle passe de la terre au ciel. Nous fêtons donc au aujourd’hui avec l’Assomption de la vierge Marie la fête de l’espérance chrétienne. Pour le Christ et pour Marie, comme pour chacun de nous, la vraie joie vient de notre espérance que la grandeur de Dieu, sa miséricorde et sa puissance prendront possession de toute notre vie, corps et âmes pour nous glorifier.