Bienheureuse Elisabeth de la Trinité

ÉLISABETH DE LA TRINITÉ ET SAINT PAUL

Frères et sœurs,

Sœur Élisabeth de la Trinité est sans doute la carmélite qui a le plus lu et médité l’apôtre saint Paul. Dans ses écrits, nous trouvons près de 200 fois la mention de l’Apôtre saint Paul. Il faut ajouter à cela, presque 500 citations de ses épîtres. Ce qui représente la moitié des citations biblique du Nouveau Testament que nous trouvons dans les écrits d’Élisabeth.

En regardant attentivement, nous voyons qu’elle cite 164 fois l’épître aux Éphésiens, qui a donc de très bonne raison d’être la première lecture de sa fête. L’épître aux Romains, par exemple, qui est beaucoup plus longue que celle aux Éphésiens ne sera citée que 59 fois.

Élisabeth cite à peu près toutes les épîtres pauliniennes. Il ne manque que les deux lettres aux Thessaloniciens.

Incontestablement, sœur Élisabeth de la Trinité s’est nourrie de la doctrine paulinienne et l’a si fortement assimilée qu’elle rejaillit sans cesse sous sa plume.

C’est à travers son “Gaume”, son Manuel du Chrétien, qu’Élisabeth entre chaque jour en contact avec la Parole de Dieu. Ce manuel contenait l’Ordinaire de la Messe, l’intégralité du Nouveau Testament, les Psaumes et l’Imitation de Jésus-Christ. Chaque jour, à partir de son entrée au Carmel, Élisabeth se plonge dans son Manuel pour lire un chapitre de l’Évangile, puis un chapitre des épitres et achève par la lecture d’un chapitre de l’Imitation. Ainsi, de manière quotidienne, quelques gouttes de la Parole viendront irriguer son être et creuser en elle le chemin de la connaissance du Dieu vivant.

Son “Gaume” est le lieu privilégié, en contre point de la liturgie, où elle peut se désaltérer aux eaux vives de l’Écriture. Il est le lieu de la rencontre avec celui qu’elle nomme le « grand saint Paul ».

Il est intéressant de regarder d’un peu plus près les verbes ou les expressions dont use Élisabeth en parlant de l’Apôtre saint Paul. La palme revient à l’expression « saint Paul dit » ou « l’apôtre dit » qui représente près de la moitié des expressions. Nous pouvons y ajouter tout un lot de verbes similaires : « parler », « s’écrier », « écrire », « faire part de », « recommander », révéler » ; Mais l’apôtre Paul a « un regard éclairé » ; il nous « donne une lumière ; il « pénètre si loin » ; il est « instruit par Dieu lui-même » ; Élisabeth a lu saint Paul, elle en a goûté la richesse. Car saint Paul « l’instruit », « vient à son aide », il « l’enseigne », il « lui explique » … Elle se met véritablement à son écoute et elle invite ses correspondants à lire et à écouter l’apôtre pour découvrir à leur tour les richesses de son enseignement.

À plusieurs reprises, elle invite à « écouter » les paroles de l’Apôtre. Elle-même s’exprime souvent à travers les citations de « son cher saint Paul » ; souvent elle indique qu’elle veut « dire avec l’apôtre ».

Prenons par exemple la lettre qu’elle envoie à l’abbé Chevignard : « Saint Paul dit “que nous ne sommes plus des hôtes ou des étrangers, mais que nous sommes de la Cité des saints et de la Maison de Dieu” (Ep 2, 19). C’est là, en ce monde surnaturel et divin, que nous habitons déjà par la foi, que mon âme se sent tout près de la vôtre, sous l’étreinte du Dieu tout Amour ! Sa charité, sa “trop grande charité” (Ep 2, 4) pour employer encore le langage du grand apôtre, voilà ma vision sur la terre. Monsieur l’Abbé, comprendrons-nous jamais combien nous sommes aimés ? Il me semble que c’est bien là la science des saints. Saint Paul dans ses magnifiques épîtres, ne prêche pas autre chose que ce mystère de la charité du Christ. » (Lettre 191)

En quelques lignes, elle évoque trois fois l’apôtre Paul et cite deux de ses épîtres, et nous sentons combien les “magnifiques épîtres” de saint Paul ont éclairés et dynamisés Élisabeth dans sa vie spirituelle. Elle indique au chanoine Angles : « Saint Paul, dont je cultive les belles épîtres, qui font mon bonheur, dit que “nul ne sait ce qui est en Dieu, sinon l’Esprit de Dieu”. » (Lettre 230) Non seulement, elle lit et s’émerveille devant les écrits pauliens, mais elle les « cultive », avec tout ce que cette expression suppose de travail, de soin, d’attention…

La première citation de saint Paul que nous trouvons dans les écrits d’Élisabeth provient de la lettre aux Galates : « ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2, 20) Très rapidement, nous trouverons l’expression de la lettre aux Éphésiens, « le trop grand amour » (Eph 2, 4), qui reviendra 35 fois sous sa plume.

En feuilletant les lettres d’Élisabeth, nous cheminons à son propre pas dans sa découverte des écrits pauliniens. Faisons un santon des citations qui reviennent le plus souvent : « Saint Paul dit que nous sommes de “la Cité des saints et de la Maison de Dieu” (Eph 2, 19). » [Lettre 160] « il faut que nous nous laissions enraciner en la Charité du Christ comme dit saint Paul (Ep 3,17) dans la belle épître d’aujourd’hui. » [Lettre 179] « Louange de Gloire » (Eph 1, 12), expression dans laquelle Élisabeth reconnait sa vocation personnelle. [Cf. Lettre 269]

Du fait de sa maladie, Élisabeth plonge dans son “Gaume” et lit son “cher saint Paul” ; Elle établit des listes où elle note les références des passages de Paul qui lui parle au cœur. Elle cite en indiquant la page de son Manuel et le numéro du verset. Sa correspondance laisse transparaître toute l’admiration qu’elle a pour l’Apôtre Paul et les citations explicites abondent. « Je viens de lire dans Saint Paul des choses splendides sur le mystère de l’adoption divine. […] Écoute parler mon cher saint Paul : […] Et puis écoute encore : […] l’Apôtre ajoute… » [Lettre 239]

Dans sa lecture, dans sa méditation des écrits de saint Paul, elle retient d’une part tout ce qui a trait à l’élection, à la prédestination d’amour et d’autre part ce qui donne sens à ce qu’elle vit dans sa chair. Elle est éblouit par le fait que « le Dieu riche en miséricorde (Ep 2, 4) nous donne part à l’héritage des saints dans la lumière (Col 1, 12). » [Lettre 223] Cette citation de la lettre au Colossiens (Col 1, 12) revient une dizaine de fois dans ses écrits. Paul lui apprend également que nous sommes « élus en Lui avant la création » (Eph 1, 4) qui revient 17 fois sous sa plume. « Saint Paul dans son épître aux Romains dit que “ceux qu’Il a connus en sa prescience, Dieu les a aussi prédestinés pour être conforme à l’image de son Fils.” » [Lettre 231] Cette citation (Rm 8, 29) reviendra près de trente fois sous la plume d’Élisabeth.

Elle fait également sienne, en la citant une dizaine de fois, la parole de la seconde lettre aux Corinthiens (II Co 12, 9) quand Paul affirme : « Je me glorifie de mes infirmités car alors la force de Jésus-Christ habite en moi » [Lettre 220] Elle donne sens à ses souffrances en méditant divers textes des épîtres pauliniennes : « Je souffre dans mon corps ce qui manque à la passion du Christ » (Col 1, 24) ; « Dieu est un feu consumant » (He 12, 29) ; Mais les textes de Paul lui donne surtout d’élever son regard pour « revêtir le Christ » (Gal 3, 27) et plus encore pour découvrir que « Notre vie est dans les cieux » (Ph 3, 20).

Dans sa lecture de Paul – et plus généralement de toute l’Écriture – Élisabeth est sélective, elle ne retient pas tout. Elle privilégie ce qui la stimule dans sa marche à la suite de Jésus-Christ. Nous avons sans doute une clef de lecture élisabéthaine de l’Écriture dans les numéros 27et 28 de la Dernière Retraite. Élisabeth s’appuie sur le prophète Osée et sur saint Paul pour affirmer que la Parole est vivante et efficace. Elle précise : « C’est donc elle directement, qui achèvera le travail du dépouillement dans l’âme ; car elle a ceci de propre et de particulier, c’est qu’elle opère et qu’elle crée ce qu’elle fait entendre, pourvu toutefois que l’âme consente à se laisser faire. » [n° 27]

La Parole vient œuvrer en nous, Élisabeth a donc choisi les textes qui pouvaient davantage la façonner à l’image du Christ Jésus. Elle précise : « Mais ce n’est pas tout de l’entendre, cette parole, il faut la garder ! » [n° 28]

Alors aujourd’hui, Élisabeth nous invite à nous interroger : Quels textes de l’Écriture animent et dynamisent notre vie spirituelle profonde ? Comment les laissons-nous agir en nous ?

Laissons Élisabeth conclure et recevons pour nous-mêmes les paroles qu’elle adressait au docteur Barbier : « J’ai eu tant de bonheur à vous voir apprécier mon cher saint Paul que je vous demande, pour compléter ce bonheur, d’accepter comme un dernier adieu de votre petite malade, un dernier témoignage de son affectueuse reconnaissance, le livre de ces Épîtres dans lequel mon âme a puisé tant de force pour l’épreuve. Nous nous retrouverons sous la lumière que ces pages apportent à ceux qui les lisent avec la foi des enfants de Dieu. » [Lettre 340]

Avec Sœur Élisabeth de la Trinité, en cette année saint Paul, soyons de ceux qui lisent ces épîtres avec la foi des enfants de Dieu et que son intercession nous obtiennent d’en être éclairés, illuminés pour être louange à la gloire du Dieu vivant. Amen.

Fr. Didier-Marie Golay, ocd