Epiphanie 2008 ; Mt 2,1-12

« Par un autre chemin »

Toute la liturgie de l’Épiphanie n’est qu’un solennel invitatoire à deux thèmes : la lumière qui vient de Dieu, et la foi qui est la réponse de l’homme.

L’Épiphanie, c’est « une lumière d’aurore », celle qui éclaire « la ville située sur une montagne », alors que la plaine et les ravins sont encore dans la nuit. « Lève-toi, Jérusalem, chante l’Église, sois illuminée, car ta lumière est venue et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi », c’est-à-dire la présence de Dieu même avec toute la densité de son être et tout l’éclat de sa sainteté.

Ainsi l’Église n’a pas d’autre lumière que celle du Christ Ressuscité, « lumière d’aurore qui vient d’en-haut ». Lumière reçue, lumière reflet, lumière qui renvoie à une autre source.

Et pourtant le Christ veut que sa lumière brille sur l’Église et dans l’Église, car vers elle les nations se mettent en marche, « des fils et des filles » surgissent à ses côtés, au point qu’elle-même à certains moments s’étonne, en constatant les merveilles de la puissance du Seigneur.

Oui l’Épiphanie est la fête de la lumière du Christ, du Christ lumière du monde, et c’est pourquoi c’est la fête missionnaire par excellence.

La réponse de l’homme, c’est la foi, dont Saint Jean parle toujours d’une manière active. Croire, c’est « marcher vers », « venir à ». « Nul ne vient à moi, dit Jésus, si mon Père ne le tire ».

C’est plus qu’une distance matérielle qu’il nous faut franchir, car la foi chrétienne nous fait dépasser des paradoxes, et il faut buter à chaque pas sur une disproportion :

  • la lumière brille sur Jérusalem, mais c’est de Bethléhem qu’elle vient, la « moindre des cités de Juda »,
  • le Royaume est la plus petite des semences, et il commence sous des aspects négligeables,
  • on ne connaît ici-bas qu’« à travers un miroir », et seule la gloire permet le face-à-face.

Mais la foi nous fait marcher avec Dieu, qui ne cesse de guider notre pèlerinage comme il a guidé son peuple au désert par la colonne lumineuse.

Attendons-nous également à repartir toujours « par un autre chemin ».

Toute rencontre du Christ débouche sur une conversion de notre marche. Quand on a trouvé le Christ, certains cheminements du passé deviennent impossibles. Revenir par les mêmes chemins, ce serait retrouver le roi hostile au règne du Christ, l’Hérode qui sommeille toujours quelque part en nous, avec ses mensonges, ses raideurs, ses jalousies, ses compromissions, avec ses ambitions inavouées et ses convoitises trop humaines.

Toute rencontre nouvelle ouvre des chemins nouveaux, et Jésus aime nous dérouter.

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.