Fête du Christ Roi : Témoins de Sa Miséricorde

donné au couvent de Lisieux

Textes liturgiques (année C) : II Sm 5, 1-3 ; Ps 121 ; Col 1, 12-20 ; Lc 23, 35-43

Aujourd’hui, frères et sœurs, s’achève notre année liturgique. Nous allons quitter l’évangile selon saint Luc pour redécouvrir tout au long de la nouvelle année liturgique l’évangile de saint Matthieu. Oui, clôture de l’année liturgique et clôture de l’année de la miséricorde. Ce matin, dans la basilique Saint-Pierre, le pape François, va fermer la porte jubilaire…

C’est la fin de l’année jubilaire, c’est la fermeture de la « porte sainte » , mais heureusement ce n’est pas la fin de la Miséricorde. Edith Stein, sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, écrit dans son dernier ouvrage La Science de la Croix, ces paroles de feu : « Par sa mort sur la Croix, le Christ Jésus ouvre les écluses de la miséricorde du Père à tous ceux qui ont le courage d’embrasser la croix et celui qui y est attaché. » (Science de la Croix, p. 305).

Aujourd’hui la liturgie nous convie au pied de la Croix. Elle nous rappelle ainsi que la Royauté du Christ Jésus n’a pas d’autre trône que la Croix. C’est là le siège de sa royauté. Souvenons des magnifiques représentations romanes où nous voyons sur la croix, le Christ couronné non pas d’épines, mais de manière royale, couronné de gloire, manifestant ainsi la profonde unité du Mystère pascal, mystère de mort et de résurrection.

Ce matin, au pied de la croix, nous assistons au dialogue entre le Christ et ceux qui l’entourent à droite et à gauche. Alors qu’il se tait sous les insultes, il fait cette réponse au bon larron : «  Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis… » (Lc 22,43). La réponse est immédiate et la miséricorde infinie. Aucun délai, la grâce est accordée aussitôt qu’elle est demandée et donc aussitôt qu’elle peut être reçue.

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Titien, Jésus et le bon Larron : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis… »

Nous le savons, la petite Thérèse Martin a longuement médité les Écritures. Lorsqu’elle se rendait à la messe à la chapelle axiale de la cathédrale Saint-Pierre, elle voyait un bas-relief d’un triple calvaire qui illustre magnifiquement l’évangile de ce jour. Dans cette sculpture, nous voyons le Christ Jésus, paisible, le regard tourné vers la terre. Le bon larron tourne vers lui un visage plein d’espérance et de sérénité alors que le visage du mauvais larron est tourmenté, défiguré, ses lèvres grimacent pour évoquer les insanités qui sortent de sa bouche, trop-plein de son cœur malade.

Thérèse a longuement médité ces pages de saint Luc et nous en avons un bel écho dans la pièce de théâtre, la Récréation pieuse n° 6, qu’elle a écrit en janvier 1896 et qui a pour titre La Fuite en Égypte. Thérèse imagine que la sainte Famille, lors de la fuite en Égypte se réfugie dans une grotte qui appartient à des voleurs. Et le fils du chef des voleurs ne sera autre que Dimas, autrement dit le bon larron de l’évangile. Le petit Dimas est atteint de la lèpre et il en sera guérit en étant lavé dans l’eau où a été plongé l’Enfant Jésus. Je vais vous citer trois brefs extraits de cet écrit de Thérèse :

  • L’un des voleurs s’approche de la Vierge Marie et lui dit : «  Parlez quelquefois de moi à votre Enfant afin qu’un jour, Il se souvienne du vieux Torcol, lorsqu’il sera dans son royaume » (RP 6, 9v°).
  • Puis la Vierge Marie reprend : « Jésus vous bénit et vous remercie. En échange de l’hospitalité qu’Il a reçue dans votre caverne, Il vous fera entrer dans son paradis » (RP 6, 10r°).
  • Enfin, une sorte de petite homélie que Thérèse met sur les lèvres de la sainte Vierge qui s’adresse à Susanna, la mère de Dimas. Ici Thérèse résume de manière géniale sa pensée et sa spiritualité :

« Sans doute, ceux que vous aimez offenseront le Dieu qui les a comblés de bienfaits ; cependant ayez confiance en la miséricorde infinie du Bon Dieu ; elle est assez grande pour effacer les plus grands crimes lorsqu’elle trouve une cœur de mère qui met en elle toute sa confiance. Jésus ne désire pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive éternellement. Cet enfant qui, sans effort vient de guérir votre fils de la lèpre, le guérira un jour d’une lèpre bien plus dangereuse… Alors, un simple bain ne suffira plus, il faudra que Dimas soit lavé dans le sang du Rédempteur… Jésus mourra pour donner la vie Dimas et celui-ci entrera le même jour que le Fils de Dieu dans son Royaume Céleste » (RP 6, 10r°).

Thérèse nous exhorte à la confiance en la miséricorde infinie de Dieu. Oui frères et sœurs, se tenir au pied de la croix, c’est laisser les «  écluses de la miséricorde du Père » se déverser sur nous et sur le monde. Thérèse nous invite à intercéder pour que la miséricorde de Dieu puisse rejoindre tous les hommes, y compris les plus grands pécheurs, les plus grands criminels… et nous savons bien que notre monde actuel n’en manque pas… Avoir un cœur maternel, à l’égard de tous, comme elle, Thérèse, a eu un cœur maternel – alors qu’elle n’avait que 13 ans – à l’égard de ce criminel dont tous réclamaient la tête : Henri Pranzini, pour lequel elle intercède et qu’elle appelle « son premier enfant  » (MS A f°46v).

Elle nous invite à la « conversion » et nous le savons bien, nous avons tous besoin de conversion, besoin de laisser Dieu transformer notre cœur pour qu’il batte au rythme du cœur divin. Il nous faut nous désencombrer de nous-mêmes, pour laisser le Christ régner sur notre cœur, sur notre être, sur notre vie. Thérèse redit avec force à notre monde désemparé : «  Il est des âmes que sa miséricorde ne se lasse pas d’attendre  » (Ms C, f°21r).

Au début de cette célébration, nous avons invoqué la miséricorde de Dieu pour chacun et chacune d’entre nous et pour notre assemblée tout entière. Nous allons maintenant faire mémoire de la mort et de la résurrection du Christ Jésus, par l’Eucharistie nous allons être « lavé par le sang rédempteur ».

Et s’il nous est fait miséricorde c’est pour qu’à notre tour nous soyons visages de miséricorde pour nos frères et sœurs en humanité. Le Pape François a écrit : « Je désire que les lieux où l’Église se manifeste, ainsi que les paroisses et spécialement nos communautés deviennent des îles de miséricorde, au milieu de la mer d’indifférence ». Ce programme, ce projet de vie ne s’arrête pas avec la clôture de l’année de la miséricorde, au contraire, il ne cesse de nous inviter à la conversion, à la « confiance infinie en la miséricorde de Seigneur ».

Avec Thérèse, nous pouvons nous écriez : « Je ne puis craindre un Dieu qui s’est fait pour moi si petit, je l’aime !… car il n’est qu’Amour et Miséricorde » (LT 266).

fr. Didier-Marie Golay (Couvent de Lisieux)