Homélie d’Avon : 24e Dimanche TO

POUR VOUS, QUI SUIS-JE ?”

« Pour les gens qui suis-je ? » (Mc 8, 27) La question n’est pas trop compromettante. Il suffit de rapporter ce que nous avons entendu dire ou ce que nous avons lu dans les livres, les magazines et les journaux. Aujourd’hui, nous ne serions pas en peine de répondre à cette question de Jésus. Nous avons le livre du Pape Benoît XVI, Jésus de Nazareth. Nous avons telle ou telle revue qui de manière régulière fait ses gros titres avec une nouvelle découverte concernant le Christ Jésus et son époque. Nous avons encore la pensée de tel auteur contemporain ou de telle célébrité qui veut s’exprimer sur Jésus. Nous pourrions ainsi fournir un certain nombre de réponses qui ne nous engage pas trop.

Aussi Jésus va-t-il un peu plus loin : « Pour vous qui suis-je ? » (Mc 8, 29) Jésus interroge ses disciples : « Vous, que dites-vous ? Que dites-vous de manière personnelle ? Pour vous qui suis-je ? »

Cette question, frères et sœurs, le Christ Jésus la pose ce matin à chacun et à chacune d’entre nous. Et nous ne pouvons pas nous dérober devant cette question. Nous avons à répondre personnellement dans le secret de notre cœur. Aujourd’hui, dans l’état qui est le mien, qui est Jésus pour moi ?

En écho à la seconde lecture, nous sommes invités à nous interroger. Il ne faudrait pas que notre réponse à cette question “qui suis-je ?” se fasse seulement en paroles. Interrogeons-nous donc : la réponse que nous faisons vocalement à la question du “qui suis-je ?”, comment s’incarne-t-elle dans nos gestes quotidiens, dans notre manière de vivre ? Comment notre vie concrète est-elle en accord, en harmonie avec ce que nous pensons, ce que nous croyons, ce que nous confessons de Jésus ? Y a-t-il effectivement cohérence entre notre parole et notre agir ? Est-ce que notre manière de vivre et d’agir est une réponse lisible à la question de savoir qui est Jésus pour moi ?

Devant la réponse de Pierre qui lui dit : « Tu es le Messie » (Mc 8, 29), Jésus va introduire pour la première fois ses disciples dans la dimension du Mystère Pascal : mystère de souffrance, de mort et de résurrection du Fils de l’homme. (Cf. Mc 8, 31)

Il veut aussi nous introduire dans ce Mystère Pascal. Ce Mystère Pascal qu’il a vécu et dans lequel nous avons été plongés au jour de notre baptême. Ce Mystère Pascal dont nous faisons mémoire dans chaque Eucharistie et dans lequel nous sommes invités à entrer plus profondément pour mourir à nous-mêmes et naître à la vie de Dieu.

Avouons que, par moment, le Christ pourrait bien nous dire comme à Pierre : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mc 8, 33) Nous regardons parfois les événements de nos vies, les événements du monde, notre propre vie, de façon trop horizontale. Jésus nous invite à poser sur le monde, sur les événements, sur nos vies, un regard théologal. Un regard où la foi, l’espérance et la charité prennent le pas sur les sentiments, l’affectivité et le ressenti.

Jésus invite à marcher à sa suite, mais pour cela, il faut se renoncer soi-même. Comprenons bien ce que signifie ce renoncement, il ne s’agit pas de se nier comme personne, mais de renoncer à être le centre. Vous le savez bien, frères et sœurs, la plupart du temps, nous occupons le centre de notre existence et nous faisons tourner les autres et Dieu autour de nous, les chargeant – bien sûr – de répondre à nos attentes et à nos désirs.

Jésus nous invite à nous renoncer en tant que centre. C’est la conversion fondamentale, toujours difficile à effectuer et sans cesse à reprendre. Se renoncer comme centre pour laisser le Christ, pour laisser la Trinité Sainte être le centre de notre vie et accueillir ainsi une force de Salut. Il s’agit de sauver sa vie en la donnant. Il s’agit de laisser le Christ nous sauver. C’est-à-dire, selon la double signification de ce mot, nous seulement nous tirer de notre péché, mais surtout nous faire vivre de sa vie.

Saurons-nous, comme le dit si magnifiquement notre Mère Sainte Thérèse de Jésus, « prendre le Christ pour ami » ? (Thérèse de Jésus, Vie, 8, 5)

Le prendre pour compagnon de route, pour vivre avec lui le Mystère Pascal. Nous avons cette certitude de foi, qui était déjà celle du serviteur de Dieu que nous avons entendu dans la première lecture que notre Dieu est avec nous.

Vous avez sans doute noté que le serviteur par trois fois évoque cette présence du Seigneur. « Le Seigneur m’a ouvert l’oreille. » (Is 50, 5) « Le Seigneur vient à mon secours. » (Is 50, 7) « Le Seigneur vient prendre ma défense. » (Is 50, 9)

Certitude que le Seigneur est à côté de ses disciples, que son bâton les guide et les rassure même quand il traverse la vallée de la mort. (Cf. Ps 23,4) “Dieu m’a ouvert l’oreille.” Il nous ouvre l’oreille pour que nous écoutions sa Parole ; pour que sa Parole donne sens et éclaire les divers événements de nos vies à la lumière du Mystère Pascal du Christ Jésus. “Le Seigneur vient à mon secours et me justifie.” Nous avons à accueillir gratuitement le salut qui nous est offert en Jésus-Christ.

Frères et sœurs, en cette célébration eucharistique où nous faisons mémoire du Mystère Pascal du Christ, accepterons-nous de vivre ce compagnonnage avec lui qui nous conduit à la perte de notre vie pour recevoir de lui la vraie vie ?

Oserons-nous répondre par la cohérence de notre vie à cette question : “Pour toi, qui suis-je ?”

Laissons le Sauveur nous demander : « Veux-tu me suivre dans mon Mystère Pascal pour recevoir de moi la vraie vie ? »

Amen.

Fr. Didier-Marie Golay, ocd