La lumière du Christ dans le mystère de la Croix

icone Vous trouverez ci dessous quelques textes clés permettant d’entrer dans l’expérience de vie qu’a faite Edith Stein à propos du mystère de la Croix.

Rencontrant Anna Reinach peu après la mort de son mari en 1917, Edith va faire là une rencontre décisive avec la Croix, ainsi qu’elle le confie à un prêtre :

Ce fut ma première rencontre avec la Croix, avec cette force qu’elle confère à ceux qui la portent. Pour la première fois, l’Église, née de la Passion du Christ et victorieuse de la mort m’apparût visiblement. Au moment même mon incrédulité céda, le judaïsme pâlit à mes yeux, tandis que la lumière du Christ se levait en mon cœur. La lumière de la Croix saisie dans le mystère de la Croix. C’est la raison pour laquelle, prenant l’habit du Carmel, je voulus ajouter à mon nom celui de la Croix« [Cité par E. de Miribel dans »Edith Stein", pp. 55-56, Ed. du Seuil, 1954.]

Dans un mémoire qu’elle rédige pour sa prieure au Carmel de Cologne, comme cadeau de Noël, durant l’Avent 1938, Edith Stein parle de cette lumière merveilleuse et douloureuse reçue sur sa vocation en 1933 :

Je m’adressais intérieurement au Seigneur lui disant que je « savais » que c’était sa Croix à lui qui était imposée à notre peuple. La plupart des juifs ne reconnaissaient pas le Sauveur, mais n’incombait-il pas à ceux qui comprenaient, de porter cette Croix ? C’est ce que je désirais faire. Je lui demandais seulement de me montrer comment. (…) Je reçus la certitude intime que j’étais exaucée. J’ignorais cependant sous quel mode la Croix me serait donnée.

[Ibid., p.126]

Durant son transfert d’Echt à Auschwitz, elle écrira ce billet à sa prieure, sans indication de lieu ni de temps, que l’on date habituellement du 5 ou 6 Août 1942 :

… Je suis contente de tout, on ne peut acquérir une « scientia crucis » que si l’on commence par souffrir vraiment le poids de la Croix. Dès le premier instant j’en ai eu la conviction intime et j’ai dit du fond du cœur : Ave Crux, Spes Unica …

[Ibid., p.204]

Au lendemain de la « nuit de cristal » et du massacre des juifs dans la synagogue en Novembre 1938, elle écrit à une religieuse :

C’est au pied de la Croix que j’ai pressenti le destin qui allait frapper mon peuple. Certes je sais mieux aujourd’hui ce que cela signifie d’être épouse du Christ sous le signe de la Croix. Mais on ne pourra jamais le comprendre tout à fait, car cela reste un grand mystère."

[cité dans la revue ’Carmel’ n°49, p.42]

Enfin achevons sur une parole qu’elle dit à sa maîtresse des novices :

Ce ne sont pas les achèvements humains qui peuvent nous venir en aide, mais la Passion du Christ, mon désir est d’y prendre part.

[cité par E. de Miribel dans « Edith Stein », p.148, Seuil, 1954]

Tout homme doit souffrir et mourir. Mais s’il est membre vivant du Christ, sa souffrance et sa mort reçoivent alors de la divinité du chef, une puissance de rédemption. C’est la raison objective pour laquelle tous les saints ont appelés la souffrance. Il ne s’agit pas là d’un désir morbide. Ce qui au regard de l’intelligence naturelle, apparaît presque comme une perversion, se révèle pourtant, dans la lumière du mystère de la rédemption, comme la raison la plus haute. Ainsi lié au Christ, le Chrétien demeure inébranlé même dans la nuit obscure où Dieu lui paraît lointain et où il se croit abandonné ; et peut-être la providence divine lui impose-t-elle ce supplice afin qu’un de ses frères, effectivement prisonnier de l’erreur, soit délivré. Disons-nous aussi : Que ta volonté soit faite, même au cœur de la plus sombre nuit.

[dans « le Mystère de Noël », p.47-48, copyright offert généreusement par les éditions Ad Solem]