La vie religieuse

icone Dans les sombres jours de décembre, brille la douce lumière des bougies de l’avent, une lumière pleine de mystère dans une obscurité mystérieuse, qui éveille en nous la pensée consolante que la lumière divine, l’Esprit Saint, n’a jamais cessé de briller dans les ténèbres du monde déchu. Il est resté fidèle à sa création malgré toute l’infidélité des créatures. Et même si les ténèbres n’ont pas voulu se laisser envahir par la lumière céleste, il s’y est cependant toujours trouvé quelques lieux où elle était accueillie et où elle pouvait briller.

Un rayon de cette lumière pénétra les cœurs de nos premiers parents, à l’heure même où le jugement les frappait. Un rayon lumineux qui éveilla en eux la conscience de leur faute ; un rayon brûlant qui les enflamma et déclencha l’ardente douleur du repentir, les affinant et les purifiant, et les rendit capables d’accueillir la douce lumière de l’étoile de l’espérance qui rayonna à leurs yeux dans les promesses du Protévangile. (…)

Les personnes réunies autour de la crèche nous offrent déjà une image de l’Église et de son déploiement. Les représentants de l’ancienne lignée royale à qui était promis le Sauveur du monde et les représentants du peuple croyant font le lien entre l’ancienne et la nouvelle Alliance. Les rois du lointain Orient figurent les peuples païens qui devaient recevoir le salut de Juda. Ainsi, « l’Église issue des Juifs et des païens » est déjà présente ici. Les rois mages sont à la crèche les représentants des chercheurs de Dieu de tous pays et de toutes nations. La grâce les a conduits avant même qu’ils n’appartiennent à l’Église visible. Un pur désir de la vérité les habitait, qui ne s’en tint pas aux limites des enseignements et des traditions de leurs pays. Parce que Dieu est vérité et qu’il veut se laisser trouver par ceux qui le cherchent de tout leur cœur, l’étoile devait tôt ou tard briller aux yeux de ces sages pour leur indiquer le chemin vers la vérité. C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés devant la Vérité faite homme, qu’ils se prosternent en l’adorant et déposent à ses pieds leur couronne car, comparées à elle, toutes les richesses du monde ne sont qu’un peu de poussière.

Pour nous également, les rois mages ont une signification particulière. Même si nous appartenions déjà extérieurement à l’Église, un désir intérieur nous a poussées à quitter le cercle fermé des conceptions et des habitudes dont nous avions hérité. Nous connaissions Dieu mais nous avons senti qu’il désirait se laisser chercher et trouver d’une manière nouvelle. Voilà pourquoi nous avons voulu nous rendre disponibles et que nous avons cherché une étoile qui nous indiquerait le chemin à suivre. Et l’étoile a brillé pour nous dans la grâce de notre vocation. Nous l’avons suivie et nous avons trouvé L’Enfant divin. Il a tendu les mains vers nos présents : il désirait l’or pur d’un cœur détaché de tous les biens de la terre ; la myrrhe du renoncement à tout bonheur de ce monde pour participer en échange à la vie et aux souffrances de Jésus ; l’encens d’une volonté s’élevant tout droit vers le ciel, qui renonce à elle-même pour se perdre dans la volonté divine. L’Enfant divin répond à ces dons en s’offrant lui-même à nous.

Mais cet échange prodigieux ne s’est pas accompli une fois pour toutes. Il se poursuit pendant toute notre vie. Le quotidien de notre vie religieuse a suivi l’heure festive de notre consécration nuptiale. Nous avons dû « retourner dans notre pays », mais « par un autre chemin » : guidées par cette nouvelle lumière qui avait brillé pour nous en ce lieu de célébration. La lumière nouvelle nous invite à chercher de nouveau. « Dieu se laisse chercher, nous dit saint Augustin, pour se laisser trouver. Il se laisse trouver pour être cherché de plus belle. » Après chaque grand moment de grâce, c’est comme si nous commencions seulement alors à saisir notre vocation. C’est pourquoi cela correspond aussi à une nécessité intérieure de renouveler nos vœux encore et toujours. De plus, il y a une signification profonde à ce que nous le fassions le jour de la fête des rois dont le cheminement et la confession de foi sont un symbole de notre vie. À chaque renouvellement de nos vœux, authentique et accompli de tout notre cœur, l’Enfant divin répond en l’agréant à nouveau par une union plus profonde. Et cela signifie dans notre âme une action de la grâce nouvelle et cachée. Peut-être cela s’exprime-t-il par une nouvelle Épiphanie, l’action divine devenant visible dans notre comportement et nos actions que l’entourage perçoit de l’extérieur. Mais peut-être porte-t-elle aussi des fruits dont nul ne devinera de quelles sources secrètes ils tirent en abondance la sève de la vie.

Nous vivons aujourd’hui de nouveau en une époque qui a un besoin urgent de ce renouvellement provenant des sources cachées d’âmes unies à Dieu. Et beaucoup placent leur dernier espoir en ces sources cachées du salut. C’est une grave exhortation : un don sans réserve au Seigneur qui nous a appelées, voilà ce qui nous est demandé afin que la face de la terre puisse être renouvelée. Avec une confiance pleine de foi nous devons livrer nos âmes à la motion puissante de l’Esprit Saint. Il n’est pas nécessaire que nous expérimentions l’épiphanie de nos vies. Nous devons vivre avec cette certitude de foi que l’action cachée de l’Esprit Saint en nous porte ses fruits dans le Royaume de Dieu. Nous les contemplerons dans l’éternité.

Et voici comment nous voulons apporter nos offrandes au Seigneur : nous les déposons dans les mains de la Mère de Dieu ; ce premier samedi du mois est particulièrement consacré à sa vénération et rien ne peut causer à son cœur très pur une plus grande joie que de nous voir nous livrer toujours plus profondément au Cœur divin. Elle ne présentera très certainement à l’Enfant de la crèche aucune requête plus volontiers que celle d’avoir des prêtres qui soient des saints et dont le ministère soit riche en bénédiction, requête qui nous est fortement recommandée en ce samedi de prière pour les prêtres et que notre sainte mère a tellement tenu à graver dans notre cœur comme un élément essentiel de notre vocation carmélitaine. "

[in la Source cachée, ’Vie cachée et épiphanie’, Ad Solem, 1998, Copyright gracieusement offert par l’éditeur]

La question de savoir comment je me suis habituée à la solitude ne manque pas de me faire sourire. J’ai été la plus grande partie de ma vie bien plus seule qu’ici. Rien ne me manque de ce qui se trouve au dehors et j’ai tout ce qui me manquait, si bien que je ne peux qu’être reconnaissante de cette immense grâce imméritée de la vocation.

[citation dans « Edith Stein, la puissance de la Croix » par W. Herbstrith, ed. Nouvelle Cité, Paris 1982, in pp. 48-60]