Laïcs au Carmel - Quelques notes historiques

L es Communautés Carmélitaines Séculières d’aujourd’hui sont le résultat d’une longue histoire et d’une lente évolution commencée dès le milieu du XIIIe siècle, alors que les Frères Carmes, obligés de quitter leur ermitage primitif du Mont Carmel, trouvaient refuge au cœur des grandes cités européennes en état d’effervescence spirituelle et culturelle.

Après que l’Ordre du Carmel eut reçu une reconnaissance pleine et entière de la part du Pape, il put se développer sans entraves. C’est vers le début du XIVe siècle que, l’idée d’apostolat ne rencontrant plus d’obstacle majeur au sein même de l’Ordre, se développèrent alors les vocations de laïcs désirant tendre à la sainteté avec persévérance à l’école de la spiritualité carmélitaine. Ils se regroupaient en « confréries ». Des confréries féminines de « béguines », de « pénitentes », de « béates » furent l’ébauche de ce qui deviendra le « Deuxième Ordre », celui des Carmélites.

Ce n’est qu’à partir de 1452 que l’on peut distinguer clairement le « Deuxième Ordre » du « Tiers Ordre », avec la Bulle Cum nulla, promulguée par le Pape sous le généralat du bienheureux Jean Soreth. Ce Tiers Ordre carmélitain se répandit très largement dans toute l’Europe et bénéficia surtout de la vie mariale carmélitaine. C’est à partir de cette époque que l’on commença à parler de l’apparition de Notre-Dame à saint Simon Stock et que s’étendit la dévotion au Scapulaire. Cette dévotion devint extrêmement populaire, débordant d’ailleurs le cercle du Tiers Ordre proprement dit. Il est incontestable que le Carmel devint de cette manière une véritable école de vie évangélique pour de nombreux laïcs.

Avec sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix, la longue tradition spirituelle du Carmel fut élevée sur les cimes de la contemplation et de la sainteté. Elle connut alors une audience universelle dans l’Église. Bien que l’un et l’autre mystiques aient réformé l’Ordre du Carmel féminin et masculin, ils ne se désintéressèrent pas pour autant de la sanctification des laïcs auxquels ils s’adressèrent pour leur communiquer des conseils spirituels appropriés à leur état de vie et qu’ils entraînèrent par le rayonnement de leur sainteté personnelle. Rappelons, entre autres, que c’est pour Doña Ana de Peñalosa que le Docteur mystique rédigea le commentaire de son poème La Vive Flamme d’Amour.

Pendant la Révolution Française, le Tiers Ordre fit preuve d’un très grand courage qui devint même de l’héroïsme en plusieurs cas. Par ailleurs, il fut appelé à jouer un rôle extrêmement important, alors que les Carmes et les Carmélites avaient été dispersés, et certains exécutés ou massacrés. Plusieurs de ces communautés laïques, qui avaient été si agissantes durant la Révolution, se transformèrent ensuite en de véritables Congrégations religieuses féminines, dont certaines existent encore aujourd’hui.

Mais c’est au XXe siècle que le Tiers Ordre carmélitain, lié à la Réforme thérésienne, était appelé à connaître son plus grand essor. En 1932, une Instruction fut publiée à Rome, dans laquelle était dessinée la vocation du laïc pénétré de l’esprit contemplatif du Carmel et attentif aux exigences spirituelles et apostoliques de son époque.

À partir de 1962, où l’on célébrait le quatrième centenaire de la Réforme thérésienne du Carmel, et dans la ligne du Concile Vatican II, le Tiers Ordre prenait des orientations qui respectaient à la fois le sens hautement contemplatif de l’Ordre et la place originale du laïcat dans l’Église. Le 10 mai 1979, un décret du Saint-Siège approuvait le texte de la Règle de Vie (texte déjà en vigueur pour une période expérimentale depuis le 26 octobre 1970) et autorisait l’abandon du titre ancien de Tiers-Ordre en faveur d’une dénomination nouvelle, celle d’Ordre Séculier des Carmes Déchaux (OSCD). En 1992, le Père Général modifia le sigle officiel afin qu’apparaisse clairement le sigle OCD (Ordre des Carmes Déchaux) ; cela conduit à adopter le titre officiel d’Ordre des Carmes Déchaux Séculier (OCDS). De nouvelles Constitutions, approuvées par le Saint-Siège le 16 juin 2003, ont remplacé la Règle de Vie.

Signalons la tenue du premier Congrès International de l’OCDS à Rome, du 8 au 15 octobre 1997, en présence des représentants des 44 pays où sont implantées les Communautés Carmélitaines Séculières. Il y fut décidé de créer un Secrétariat pour l’Ordre Séculier au sein de la Maison Généralice à Rome. Puis eut lieu un second Congrès, au Mexique, du 1er au 7 septembre 2000. En 2005, l’OCDS comptait au plan mondial quelques 40 000 membres.