Les cirsconstances de la composition

« Adonde te escondiste … »

À partir de différents témoignages et de la critique interne, on affirme ceci :

Frère père Jean de la Croix dans l’enfermement au couvent des Carmes de Tolède met en forme avec inspiration poétique l’expérience mystique de « l’union d’amour de l’âme avec Dieu ». Il ne songe pas alors donner un enseignement doctrinal ; il est seul au temps de carême et de pâques 1578, et son chant se suffit à lui-même. Il compose ainsi Adonde te escondiste… [En quel lieu t’es-tu caché…], trente et une strophes qui deviendront le plus grand ensemble d’un poème de quarante.

Feu

Jean y ajoute dans un ordre que nous pouvons déduire :

les cinq dernières strophes du poème, sur la beauté, composées après un échange avec de jeunes carmélites, trois sur la solitude, composées dans une nature suggestive, placées avant celles-là, une onzième, sur la présence de Dieu.

Le poème Adonde te escondiste… est le fruit merveilleux de sa méditation du Cantique des cantiques, mémorisé dès sa jeunesse. Jean est poète au sens fort du terme, naturellement, même si, religieux et pasteur, il porte aussi en lui les talents de philosophe et de théologien.

Les commentaires du poème ont été écrits par la suite.

Le poème demeure le texte fondamental vers lequel renvoie Commentaires et Traités, appelés Cantique spirituel.

À partir des copies les plus anciennes, on retient trois présentations du poème, avec ou sans les commentaires :

En premier, la version la plus originale de trente-neuf strophes appelée A, sans la strophe onze. La seconde appelée A’, avec la strophe onze ajoutée. Enfin une troisième dont l’ordre interne est bouleversé sans doute à cause du Commentaire qui veut devenir Traité, de la strophe quinze (CSA) ou seize (CSB) à la strophe trente-trois (CSA) ou trente-quatre (CSB) qui conservent leur ordre jusqu’à la fin la fin ; après les strophes 14 et 15, en B, elles sont reprises deux par deux dans cet ordre par rapport à la version A’ : les strophes 25 à 30 sont placées avant les strophes 15 à 24 qui suivent ; 25 et 26 deviennent 16 et 17 ; 31 et 32 deviennent 18 et 19 ; 29 et 30 deviennent 20 et 21 ; 27 et 28 deviennent 22 et 23. Ce bouleversement intervient dans le Commentaire, à l’intérieur de ce qu’il appelle le mariage spirituel. Il est aussi à relever que la première des trois strophes sur la solitude est déplacée de la 32e en A à la 19e en B, elles sont ainsi disjointes. Le texte lui-même des strophes reste inchangé.

Le mouvement poétique suit avec plus grande limpidité l’expérience mystique dans la première version. Certains auteurs vont jusqu’à estimer que le remaniement de l’ordre des couplets dans la dernière version B est une catastrophe littéraire.