Prier pour nos défunts ? [Ho. Commémoration des défunts- Année C]

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année C) : 2M 12,43-46 ; Ps 129 (130) ; 1Th 4,13-18 ; Jn 5, 24-29

Frères et sœurs, je vous propose en ce jour de méditer sur la Parole de Dieu avec 3 mots qui sont faciles à retenir puisqu’ils commencent tous trois par la même syllabe que résurrection : réconfort, responsabilité et réveil.

Le 1er mot est celui de réconfort, à travers cet appel de saint Paul : « Réconfortez-vous donc les uns les autres avec ce que je viens de dire.  » Nous avons dans cette 2e lecture le texte le plus ancien du Nouveau Testament sur la question de la mort. L’apôtre des nations cherche à répondre à la détresse des chrétiens de Thessalonique : ils sont abattus après le décès des leurs car ils ne sont pas au clair sur la réalité de la résurrection. Et Paul de leur répondre : «  il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui. » Saint Paul affirme déjà ce qu’il développera dans le chapitre 15 de la 1re lettre aux Corinthiens : c’est notre foi en la Résurrection du Christ qui fonde celle de notre propre résurrection et celle des autres. Tel est le motif de notre espérance : Christ est mort pour nous conduire auprès du Père. Voilà une parole de réconfort face à la mort de nos proches. Bien sûr, cette espérance ne supprime pas la souffrance liée à la séparation. L’espérance chrétienne n’est pas un tranquillisant qui amortit le choc de la perte ; mais elle est un don qui nous donne de traverser la douleur et le découragement, par la force qui nous vient du Ressuscité. La Parole de Dieu est là qui vient nous réconforter et nous consoler : nos défunts et nous-mêmes sommes en chemin vers la Résurrection. Ils nous ont précédé sur le chemin et ils n’ont pas disparu dans le néant de la tombe. Tout ne s’arrête pas au jour du décès ; la vie continue, autrement.

Ceci dit, le réconfort reçu doit aussi céder la place à la responsabilité. La sécularisation a conduit peu à peu à nous désintéresser du sort de nos défunts. Après les obsèques, nous sommes surtout préoccupés du chagrin des personnes endeuillées ; c’est bien normal car le deuil est un processus qui demande du soin et de l’attention. Mais nous oublions facilement le sort de nos défunts. Nous avons pensé peut-être un peu trop vite : maintenant, ils sont en paix ou dans la lumière, point final. Déjà, si nous pensons à visiter leurs tombes, c’est déjà un bel acte de piété et de communion. Mais l’Église nous rappelle aussi à notre responsabilité spirituelle à travers la prière. La 1re lecture issue du 2e livre des Macabées évoque l’un des plus anciens passages qui évoque la prière pour les morts. Pourquoi donc prier pour les morts, comme nous le faisons aujourd’hui ? Est-ce seulement pour notre réconfort ? Non, nos défunts ont aussi besoin de nos prières. Bien sûr, nous espérons que beaucoup d’entre eux sont directement entrés dans la maison du Père, au Ciel, s’ils étaient fin prêts à accueillir complètement la Miséricorde divine. Mais qu’en est-il de tous ceux et celles qui se préparent à la rencontre ultime par la purification ? Ils attendent notre intercession pour hâter leur entrée plénière au Ciel. Avons-nous donc oublié, frères et sœurs, ce pouvoir que nous avons par notre baptême de prier pour les âmes du purgatoire ? Elle fait partie des œuvres de miséricorde qui nous revient. Cette responsabilité commence par le fait de nous préoccuper du sort de nos proches, sans oublier ceux pour qui personne ne prie. Nous pouvons le faire par exemple en priant le psaume 129, De profundis, en leur nom : «  Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur, Seigneur, écoute mon appel ! (…) Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur, qui subsistera ? Mais près de toi se trouve le pardon pour que l’homme te craigne.  » Mais nous pouvons aussi offrir des célébrations de messes en leur nom ou effectuer des pèlerinages ou d’autres moyens encore. Résistons en tout cas à notre individualisme contemporain qui nous fait oublier que nous sommes responsables les uns des autres, dans la vie bien sûr mais aussi, par la prière, au-delà de la mort.

Cette responsabilité communautaire relève du mystère de la communion des saints, rappelée par la solennité de la Toussaint. Nous pouvons agir sur nos défunts et les faire se rapprocher de l’entrée en paradis ; et s’ils y sont déjà, nos suffrages bénéficieront à d’autres. Dans la communion des saints, tout bien spirituel est réinvesti et aucune prière ne sera dite en vain. Mais il faut aussi voir la réciproque : nous-mêmes pouvons bénéficier de la prière de ceux et celles qui sont déjà dans la lumière divine. Ils prient pour nous et cherchent à nous réveiller. Voilà le 3e mot : le réveil. La mémoire de nos défunts est l’occasion de réveiller notre foi. Il est salutaire d’entendre l’appel au réveil quand nos existences sont souvent passives quant à notre destinée ultime : nous nous agitons pour bien des choses, nous nous laissons porter par le rythme quotidien et nous perdons de vue le but ultime. Parfois des décès brutaux sont l’occasion de nous sortir de notre léthargie et de nous interroger sur le sens de la vie. Que cherchons-nous ? Jésus nous invite dans l’évangile à entrer dans la Vie dès aujourd’hui  : «  Amen, amen, je vous le dis : qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé, obtient la vie éternelle et il échappe au jugement, car déjà il passe de la mort à la vie.  » Se réveiller, c’est écouter aujourd’hui la Parole de Dieu et mettre déjà un pied au Ciel, par la foi. C’est cultiver cette communion avec les saints du Ciel qui nous incitent à vivre déjà de la lumière qui les baigne. Par la grâce du baptême, nous sommes déjà ressuscités, même si ce processus de vie ne nous fera pas échapper au passage par la mort. Mais il est précieux de laisser nos défunts nous rappeler l’essentiel : notre existence est orientée vers la fin dernière qui est le Ciel, la vie avec Dieu.

Frères et sœurs, soyons reconnaissants envers notre mère l’Église qui, malgré l’évolution de la société se désintéressant de la vie posthume, nous rappelle au moins chaque année l’importance de prendre soin de nos défunts. Réconfortés par la Parole de Dieu et réveillés de notre sommeil spirituel, assumons notre responsabilité baptismale. Avec nos défunts, replongeons dans l’eau baptismale, dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ. Que la vie de Jésus devienne celle de nos défunts et la nôtre. Amen

Fr. Jean-Alexandre de l’Agneau, ocd - (couvent d’Avon)
Revenir en haut