Qu’est-ce-que la passivité ?

Jean de la Croix décrit les attitudes actives et passives de l’aventure spirituelle.

La notion de « passivité » est difficile à bien comprendre :

la société qui fait des « assistés », dit-on, repose sur la compétition la lutte, voire l’ambition …

Parler de passivité dans la vie spirituelle demande à être bien expliqué.

Méditation et effort font place à la passivité dans la contemplation obscure où Dieu achève l’œuvre entreprise.

Le but ultime est bien l’union de l’âme avec Dieu, par amour, autant qu’il soit possible en cette vie.

Pour celui qui se met en route, l’objectif pratique, à atteindre et recevoir, est bien la contemplation obscure.

Jean décrit avec finesse le passage de la méditation à la contemplation, en des terminologies complémentaires, de la voie de la vertu à celle de l’esprit, du sens à l’esprit, de l’activité à la passivité. Il y a une certaine correspondance entre la nuit passive, la nuit obscure, la contemplation …

« L’âme pénètre de deux manières dans la nuit du sens : l’une active, l’autre passive.

Elle y entre activement par des efforts personnels (méditation à la suite du Christ et efforts vertueux).

Elle y entre passivement lorsqu’elle n’agit point et laisse Dieu agir en elle, se contentant de se comporter comme un sujet patient » [MC 1, 1, 3].

Qu’est-ce donc que la passivité ?

L’action de Dieu prédomine dans l’âme. C’est-à-dire que le croyant le laisse œuvrer en lui. Le méditant ou commençant doit donc apprendre à « se comporter passivement ». Jean d’ailleurs préfère l’adverbe « pasivamente », qui est plus dynamique et responsable, au qualificatif « pasivo », adjectif et substantif. Toutes les épreuves peuvent advenir, et certaines adviennent, mais le contemplatif vit une libération spirituelle.

Le Traité de La Nuit obscure est entièrement orienté vers cette nécessité pour celui qui progresse dans le chemin. Lisons plutôt :

En conclusion de la nuit passive du sensible [NO 1, 10, 6], Jean encourage : « Que cette âme ne se mette donc pas en peine de voir ses puissances divines privées de leurs opérations. Qu’elle s’en réjouisse au contraire, car si elle a soin de ne pas entraver l’œuvre de contemplation infuse que Dieu opère en elle, elle la recevra avec plus d’abondance et de paix, et donnera lieu à l’esprit d’amour de s’allumer et de s’embraser en elle. C’est en effet cette obscure et secrète contemplation qui le lui apporte et lui fait jeter des flammes. La contemplation, en effet, n’est autre chose qu’une infusion secrète, pacifique et amoureuse de Dieu en l’âme ; et cette infusion, lorsqu’elle ne rencontre pas d’obstacle, embrase l’âme de l’esprit d’amour « Et au long du livre 2 qui décrit la Nuit passive de l’esprit : » Comme c’est Dieu qui opère dans l’âme, elle est réduite à une totale impuissance. Elle ne peut ni prier vocalement, ni appliquer son attention aux choses divines, et moins encore aux choses profanes… « [NO 2, 8, 1] » Ici, c’est dans l’esprit qu’à lieu l’embrasement d’amour. L’âme, au milieu de ses ténèbres et de ses tourments, se sent vivement et fortement blessée d’un véhément amour, et en même temps elle a un certain sentiment de Dieu, elle entrevoit Dieu en quelque sorte, sans connaissances particulières… « [NO 2, 11, 1] » Toutes les opérations et tous les mouvements naturels entravent plus qu’ils ne favorisent la réception des biens spirituels de l’union d’amour, par la raison que tout l’habileté naturelle est incapable d’atteindre aux biens surnaturels que Dieu, par sa seule infusion, dépose dans notre âme passivement, secrètement et silencieusement… » [NO 2, 14, 1]