Le Christ « Lumière du monde » (Homélie Christ Roi)

donnée au couvent de Paris

Textes liturgiques (année B) : Dn 7, 13-14 ; Ps 92 (93), Ap 1, 5-8 ; (Jn 18, 33b-37

Le Christ « Lumière du monde » ou « Bon Berger » nous rejoint sans doute plus immédiatement que l’appellation de « Roi de l’Univers ». La royauté est un symbole de toute-puissance comme l’exprime le livre de Daniel : « Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. » Mais du fait de la convoitise qui affecte l’homme charnel, elle fait craindre ce désir de domination, qui se manifeste tant au plan politique, que financier, technologique ou médiatique. Le désir de puissance menace aussi le domaine religieux. Pensons à l’alliance problématique du trône et de l’autel dans l’histoire de France. Aujourd’hui, le Pape François dénonce la mondanité dans l’Eglise et pose la question du cléricalisme. Jésus, fut lui-même conscient de l’ambiguïté d’un messianisme royal. Il a accepté le titre de roi seulement après son arrestation. Ce roi livré aux puissants de ce monde témoigne alors d’une royauté qui n’est pas de ce monde.

Ainsi, Jésus exerce cette royauté, non par le moyen de la puissance, mais par celui de la vérité : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. » Si la revendication de puissance pouvait être ambigüe, le rapport à la vérité est lui aussi problématique. L’affirmation d’une vérité unique ne favorise-t-elle pas l’intransigeance ? Chacun revendique le droit d’avoir sa vérité pour défendre sa liberté de penser. La liberté est en effet la marque de l’homme créé à l’image de Dieu. Jésus lui-même sollicite cette liberté lorsqu’il parle de témoignage. Tandis que une vérité rationnelle, voire dogmatique, s’impose à la conscience comme une nécessité, la vérité du témoignage demande pour être reconnue un engagement de la liberté. Parce qu’elle est de l’ordre de la Vie qui excède toute définition, la Vérité à laquelle Jésus rend témoignage fait avant tout appel à notre liberté. Son témoignage, c’est celui de sa vie donnée pour que le monde vive de la Vie de Dieu. Le menteur selon la Bible, c’est l’homicide, tandis que Jésus est le chemin vers Dieu parce qu’il est la Vérité qui fait vivre de Dieu. Jusque dans la mort, le sang et l’eau jaillis de son côté transpercé témoignent de cette Vérité qui est Vie éternelle : « Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. » Il ne s’agit pas d’une démonstration contraignante, mais d’une expérience de salut faite par le disciple bien-aimé : au pied de la Croix, il a été témoin d’une puissance de vie manifestée jusque dans la souffrance et la mort. Mais comment recevoir ce témoignage ?

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« Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » Appartenir à la vérité, voilà une expression singulière. Il ne s’agit pas d’accéder à la vérité, mais de se laisser posséder par elle. Jésus vient révéler une Vérité qui est puissance de vie et d’amour plus forte que le péché et la mort. La vérité est mouvement, élan, résurrection et communion à la Vie. Jésus rend témoignage à cette Vérité par sa vie donnée et sa résurrection d’entre les morts. Quiconque ose croire à son propre désir de vivre en plénitude est en mesure d’écouter la voix de Jésus. Le fait de se référer ici à sa voix plutôt qu’à sa parole souligne la dimension relationnelle de cette écoute. La voix communique, non pas un message, mais la présence d’une personne. Écouter la voix ne fait pas appel à notre compréhension, mais nous établit dans une relation. Écouter la voix de Jésus, c’est accueillir celui qui seul a le pouvoir de nous rejoindre en notre cœur profond. Entendre son appel, c’est éprouver la présence de celui qui connaît chacun par son nom : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle. » Une telle relation est à l’évidence Vérité et Vie éternelle.

Écouter la voix de Jésus, c’est être en communion avec celui qui est origine et fin de toutes choses : « Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers. » Écouter la voix de Jésus, c’est laisser résonner en son cœur le désir de la Vie divine qu’il veut nous communiquer. Quiconque appartient à la Vérité reconnaît en conscience cette soif d’amour infini que révèle en nous le témoignage de Jésus. Sa voix nous appelle à vivre par lui, avec lui et en lui de cette Vérité : Dieu est amour.

Fr. Olivier-Marie Rousseau , ocd - ([https://www.carmes-paris.org/un-couvent-a-paris/])