Les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père (Homélie 33° dimanche TO)

donnée au couvent de Paris

Textes liturgiques (année B) : Dn 12, 1-3 ; Ps 15 (16),He 10, 11-14.18 ;Mc 13, 24-32

Jésus parle de soleil obscurci, de grande détresse, de lune pâle, d’étoiles tombées du ciel, de puissance célestes ébranlées. Et le prophète Daniel, dans la 1re lecture, nous a parlé de son côté « d’un temps de détresse [tel qu’il] n’y en a jamais eu de semblable depuis que les nations existent », un temps de détresse qui annonce cependant que « l’été est proche » , l’été de la vie éternelle à laquelle nous sommes appelés.

Et Jésus d’ajouter que l’important, est de se tenir prêt, sans chercher à savoir à quelle date cet été va-t-il venir, car il le dit lui-même : « ce jour et cette heure-là, nul ne les connaît. Pas même les anges, pas même le Fils, mais seulement le Père ». Le Père ferait-il des ‘‘cachoteries’’ à son Fils ? Non, Jésus indique simplement que sa seule préoccupation est de sauver tout homme, quelque soit le moment et le lieu. Depuis sa Résurrection, Jésus parcourt la terre à la recherche d’élus, laissant le soin au Père de décider à quel moment les élus seront au complet, à quel moment « l’été [qui] est proche » et dont il nous parle aujourd’hui, pourra être accompli.

En attendant, Jésus nous invite à prendre conscience de notre destinée : nous sommes appelés à être « comme les étoiles pour toujours et à jamais » [Dn]. Jésus souhaite nous voir briller, comme il l’affirme en un autre passage d’évangile : « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père » [Mt 13,43]. Et Jésus se décrit lui-même – au livre de l’Apocalypse – comme étant « l’étoile brillante du matin » [Ap 22,16], celle qui nous guide vers le Ciel éternel comme elle guidait les bergers cherchant à s’orienter dans les temps anciens (d’où cet autre nom, qui nous est plus familier et qui est toujours actuel, d’étoile du Berger).

Garde-moi, mon Dieu, j'ai fait de toi mon refuge. (Ps 15, 1) - JPEG - 3.8 Mo
Garde-moi, mon Dieu, j’ai fait de toi mon refuge. (Ps 15, 1)

Ainsi, nous dit Saint Jean Chrysostome (catéchèse baptismale 3), « Dieu soit béni, car voici que de la terre aussi apparaissent des étoiles, plus brillantes que celles des cieux. Des étoiles, sur terre, à cause de Celui qui des cieux est apparu sur terre. Non seulement sur terre, ces étoiles, mais en plein jour ; deuxième merveille ! Étoiles de jour, plus éclatantes que celles de la nuit, car les unes s’effacent quand paraît le soleil ; les autres, quand paraît le soleil de justice, brillent d’un plus vif éclat : as-tu jamais vu des étoiles paraître en plein soleil ? » Dès lors, ‘‘Laissons-nous instruire par la comparaison du figuier’’, nous dit Jésus : nous sommes des bourgeons d’étoiles : si nous sommes aujourd’hui bien enracinés en notre vie sur terre, comme sur un figuier, nous sommes bel et bien appelés à être élevés jusqu’au Ciel étoilé…

Et nous ne sommes pas seuls. Il y a une multitude de bourgeons d’étoiles, sur ce figuier enraciné dans l’amour de Dieu. Et parmi eux, il y a des bourgeons plutôt isolés, et même sérieusement écorchés par les intempéries de ce monde : ce sont les pauvres, ces bourgeons d’étoile demandant un soin tout particulier. Le pape François, dans sa lettre pour aujourd’hui, c’est-à-dire pour la Journée Mondiale des Pauvres, nous demande d’avoir une «  attention aimante ». Ils sont sur le même figuier que nous, et ils rayonneront d’une lumière éclatante et particulière dans l’Univers du Royaume céleste. Nous sommes donc invités – moi tout comme vous ! – à répondre à l’invitation du pape, qui nous demande de considérer les pauvres comme nos égaux, bourgeons d’étoiles appelés à briller comme nous-mêmes, et même appelés à briller avant nous et plus que nous au Ciel (souvenons-nous, en effet, que Jésus nous dit que les derniers aux yeux de ce monde seront les premiers dans l’autre monde…). Aidons-les, nous demande François, en faisant en sorte qu’ils puissent « percevoir [en nous] la présence de frères et de sœurs qui se préoccupent d’eux, leur ouvrant la porte de leur cœur et de leur vie, les considérant comme des amis et des familiers. ». C’est à la fois peu, le pape précisant qu’il ne nous demande pas « de vouloir jouer les premiers rôles face aux pauvres » (il y a pour cela des hommes mandatés par l’Esprit-Saint pour se consacrer à leur cause !), et c’est beaucoup, car notre attention aimante exprimera la proximité de Dieu à leur égard, proximité divine que « les pauvres sont les premiers capables de reconnaître ». Heureux sommes-nous, si nous voulons bien briller à leurs côtés dans le Ciel étoilé…