Sous le signe de la Croix (Homélie 24° dim. TO)

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année B) : Is 50, 5-9a ; Ps 114 (116 A) ; Jc 2, 14-18 ; Mc 8, 27-35

Les différentes lectures que nous offre la liturgie de ce jour sans oublier les célébrations des jours précédents : vendredi c’était la fête de la Croix Glorieuse ou l’Exaltation de la Croix, hier samedi Notre Dame des Douleurs, associées à l’actualité religieuse de ces mois, de ces semaines et de ces jours derniers mettent les chrétiens sous le signe de la Croix. Par actualité religieuse, j’entends les scandales de pédophilie qui traversent l’Église de part en part, dans les différents continents, les différents diocèses et communautés religieuses. Comment ne pas avoir honte devant ce qui parait impensable, inconcevable, devant ces faits abjects d’abus sexuels sur des mineurs, des enfants… On ne peut pas faire comme si cela ne nous concernait pas, comme si c’était uniquement dans les pays voisins, États-Unis, Allemagne, le Père X modérateur à Avon ce n’est pas si lointain (les années 90). Que ce soit la lettre du pape du 20 août dernier adressé au peuple de Dieu avec en exergue cette phrase de saint Paul : « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1 Co 12,26), que ce soit le message du conseil permanent de la Conférence des Évêques de France mercredi dernier 12 septembre au Peuple de Dieu qui est en France, que ce soit aussi nos Évêques des différents diocèses, nous sommes sous le signe de la Croix pas simplement parce que nous serions persécutés par des personnes qui voudraient nous nuire, nous blesser, nous empêcher d’agir mais aussi par les blessures,, les souffrances que nous nous faisons les uns aux autres y compris par les responsables. Nous avons bien sûr notre croix à porter mais la Croix du Christ, celle vers laquelle nous regardons celle vers laquelle nous marchons, contient les péchés du monde donc notre péché, celui aussi de toute l’Église dans son corps meurtri, blessé, humilié. Le passage dans la deuxième partie de l’Évangile vient nous mettre sous le signe de la Croix et nous demande d’y demeurer. Alors que saint Pierre semblait tout heureux d’avoir trouvé la bonne réponse : « Tu es le Christ. », quelques minutes après, voici que le Christ l’interpelle vivement : «  Passe derrière moi, Satan ! ». Que s’est-il donc passé pour qu’il y ait un tel revirement ?

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Choisir le Christ, c’est bien le suivre jusqu’au bout, jusqu’à la Croix pour avoir part à sa Résurrection. Si nous nous laissons happer par l’actualité, par son tourbillon de nouvelles toutes plus catastrophiques les unes que les autres et cela ne concerne pas que l’Église, si nous oublions de centrer notre vie sur le Christ notre vie pourra bien ressembler à ce que Kafka écrivait en 1913 à sa fiancée où il évoque un de ses amis d’études : « Il y a toujours eu des époques où mon incompréhension des fleurs me rendait presque malheureux. Je ne me serais peut-être pas aperçu que je suis à ce point un étranger parmi les fleurs si je n’avais pas eu, vers la fin de mes études de lycée et pendant mes études à l’université, un bon ami qui avait un tel amour des fleurs que lorsqu’il les regardait, les coupait, les arrosait, les tenait à la main ou me les donnait, était positivement transfiguré par cet amour, à tel point qu’ensuite il parlait autrement. » J’ai pris cette image afin que nous comprenions bien que cet ami pour nous c’est le Christ, combien il peut changer nos vies à condition que nous le suivions jusqu’au bout : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »

Le chemin de la révélation du Christ, le chemin de sa plus grande compréhension, qui est celui de son amour pour nous, passe forcément par la Croix. « Si quelqu’un », c’est une invitation qui nous est adressée, quelque chose qui va mettre en œuvre toutes nos facultés, toute notre vie. « Qu’il renonce à lui-même », on frémit tous, dans une société du plaisir, où l’on recherche l’épanouissement le plus intense, le plus immédiat. Se renoncer à soi-même ce n’est pas disparaître, au contraire, mais c’est faire passer le mystère de la mort et de la Résurrection du Christ au cœur de notre vie. C’est surtout accepter d’entrer dans une dimension d’offrande, plus donnée. C’est aussi porter la croix des autres, porter notre propre croix, mais aussi la Croix du monde. Le monde s’est comme rétréci, un « village » dit-on, les nouvelles nous arrivent immédiatement de partout et c’est là que l’actualité récente nous donne de porter notre croix mais aussi la Croix de l’Église. Plus que jamais, nous avons besoin les uns des autres, plus que jamais notre prière doit se faire communautaire, plus que jamais, nous avons à rentrer dans une dimension de communion. Amen.

fr. Christophe-Marie , ocd - (Couvent d’Avon)