15e Dimanche T.O. ; Luc 10,25-37

« Fais cela, et tu vivras »

« Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » Cette question du légiste, qui reflète les débats théologi-ques de l’époque, reçoit successivement deux réponses.

La première, il l’énonce lui-même en citant l’Écriture, et en jumelant lui-même un passage du Deutéronome sur l’amour de Dieu, le Shema’ Israel, et un passage du Lévitique sur l’amour du prochain. À ce niveau théorique, tout est dit ; il n’y a rien à ajouter : « Tu as bien répondu, dit Jésus, fais cela et tu auras la vie » … tu sais ce que tu dois faire.

La deuxième réponse, c’est la parabole de Jésus, une réponse dynamique, sous la forme d’un programme de réflexion : « Va, et toi aussi fais de même » … agis de la même manière que le Samaritain. Or qu’a-t-il fait, cet étranger ? - Il a « fait éléos » ; il a mis en œuvre sa miséricorde, sa bonté, envers le blessé rencontré sur la route.

Et dans cette charité active du Samaritain, on repère trois moments :

  • D’abord le moment de l’émotion : en arrivant près de la victime, le Samaritain a été « remué », dit l’Évangile. C’est le même verbe qu’emploie la Septante (texte grec de l’AT) quand il s’agit de Dieu « ému jusqu’aux entrailles » des souffrances de son peuple.
  • Vient ensuite le moment des premiers soins, où il lui faut soulager le blessé sans se laisser arrêter par le sang ou les plaies, faire les gestes qui sauvent pour un homme quasi inerte, et le hisser tant bien que mal sur sa propre monture pour le transport.
  • Enfin, et c’est le troisième moment : le Samaritain prévoit lui-même un relais de sa propre charité, non pas pour se désintéresser ensuite du blessé, non pas pour laisser à l’aubergiste tout le poids du sauvetage, car le Samaritain reviendra, et d’un bout à l’autre c’est lui qui aura payé : payé de sa personne, de son temps, de ses de­niers.

C’est cela, se rendre proche ; c’est cela, aimer ; c’est cela, sauver : savoir s’arrêter devant une souffrance, savoir trouver les mots et les gestes qui sauvent, savoir prendre en charge dans la durée ceux que la vie a bles­sés.

La charité a sa logique, et souvent le premier instant engage tout un cheminement : si l’on s’arrête, on sait qu’il faudra panser les blessures ; si l’on soigne le blessé, il faudra le transporter pour qu’il survive ; si on le confie à quelqu’un, il faudra repasser, et régler la dette à la place des brigands.

Et tout cela pour un blessé rencontré par hasard, pour un malheureux que d’autres auraient dû voir et aider avant nous ! Mais voilà : nous avons été remués, et c’est à nous dès lors d’imiter Dieu, c’est à nous de payer de nous-mêmes. Souvent nous serions tentés de nous dérober, de détourner les yeux et de passer outre, de perdre patience devant l’inertie du blessé et d’oublier qu’il ne peut rien sans nous : il ne peut rien donner, puisqu’on lui a tout pris ; il ne peut pas s’aider, puisqu’il est à demi-mort ; il ne peut rien prévoir, puisqu’il a déjà bien du mal à survivre.

Frères et sœurs, la route qui descend de Jérusalem à Jéricho passe devant chez nous, et nous l’empruntons tous les jours. C’est la route de notre travail, de nos responsabilités, de nos solidarités et de nos fraternités. Ouvrons les yeux, demandons à Jésus de les garder ouverts, et laissons-nous arrêter, comme lui, par les blessés de la vie.

Sur sa route, il nous a trouvés, en foule, à demi-morts, et il nous aimés jusqu’à l’extrême. « Il nous aimés et s’est livré pour nous. »

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.