2e Dimanche de Pâques ; Jean 20, 19-23

Jésus apparaît en l’absence de Thomas

Les disciples avaient peur. Peur de leurs frères de sang, bientôt frères ennemis ; peur de leur propre fragilité, parce qu’ils avaient cessé d’espérer. Et c’est cette peur qu’ils mettaient en commun, barricadés dans la maison.

Ils n’attendaient plus rien, ou n’attendaient que vaguement quelque chose, et voilà que Jésus ressuscité prend l’initiative de la rencontre. Il se rend présent ; pourtant les portes sont closes. Il n’est pas dit qu’il les a traversées, qu’il était dehors et maintenant dedans, qu’il était à distance de ses disciples, mais simplement qu’il se tient, tout à coup, au milieu d’eux.

Les hommes ont beau s’enfermer, dresser entre eux les barrières de la haine ou de la peur, rien n’arrête la volonté de présence du Seigneur ressuscité ; rien ne peut empêcher le Christ d’apporter au monde la paix.

« Paix à vous ! », dit le Christ. Il ne leur souhaite pas seulement la paix, il la donne ; car la vraie paix est toujours don de Dieu. Elle n’est pas seulement absence d’angoisse ou victoire sur la peur : elle est le shalôm biblique, à la fois calme et harmonie, achèvement et plénitude.

C’est seulement après ce don de la paix que le Christ convie ses disciples à le reconnaître. Il leur montre ses plaies, pour que la rencontre de ce jour soit référée aux dialogues du passé, pour que la paix de ce jour soit référée à l’agonie de Jésus de Nazareth, et pour que le Christ de la foi soit à jamais identifié au Jésus de l’histoire.

Les disciples voient les plaies, et ils croient au Seigneur. Et aussitôt la joie entre dans leur vie, cette « joie parfaite » que Jésus voulait pour eux (Jn 15,11), cette joie que « nul ne pourra leur arracher » (16,22) parce qu’elle jaillit d’une expérience définitive.

Alors, dans la joie de cette reconnaissance, Jésus leur confie une mission, qui est sa mission, l’unique mission reçue du Père. Il les envoie comme lui-même a été envoyé ; il les envoie dans le monde, eux qui ne sont plus du monde ; il les envoie avec sa paix affronter le monde du péché, du refus et de la division.

Ils auront à témoigner et à « rendre raison de l’espérance qui est en eux » (1 P 3,15). Ils devront « mettre le monde dans son tort » (Jn 16,8), et c’est pourquoi Jésus leur communique son Esprit, le Paraclet qui témoigne que la cause de Jésus est juste, l’Esprit de vérité qui atteste à chaque homme qu’il est fils et héritier de Dieu, l’Esprit de sainteté qui redit en chacun : « Abba, Père » et qui intercède pour chacun par un gémissement au-delà de toute parole (Rm 8,26).

Cette libre initiative de Jésus vers nous, nous la revivons ensemble en cette Eucharistie ; cette reconnaissance heureuse de sa personne, de sa divinité et de sa gloire, la liturgie de la parole nous y achemine tous ensemble, et quand, dans un instant, nous communierons au Corps et au Sang du Ressuscité, ce ne sera pas pour une possession égoïste ; ce sera, une fois de plus, le signe du départ en mission, même si nous sommes envoyés avant tout pour être et si « tout notre office est d’aimer ».

Ainsi l’Eucharistie nous fait vivre aujourd’hui, dans la paix et la joie de Jésus, le mystère qui est le mystère même de l’Église, car l’Église, tout comme l’Eucharistie, est à la fois anamnèse de l’ œuvre de Jésus, actualisation de la vie du Seigneur et prophétie de la gloire, en Jésus Christ, pour tous les hommes que Dieu aime.

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.