« Joseph se leva prit l’enfant et sa mère… »

Familles, Dieu vous aime

Homélie pour la fête de la Ste Famille 2010 (Montmartre)
Adoration des bergers La Tour
Adoration des bergers La Tour

« Joseph, lève-toi, prends l’enfant et sa mère… » Ainsi nous est présentée la sainte Famille. En ce lendemain de Noël, la caméra, si je peux m’exprimer ainsi, ouvre un plan plus large : de l’Enfant-Dieu couché dans la mangeoire, elle montre autour de ce bébé un couple, tout ordinaire, vivant tant bien que mal les conséquences d’un accouchement lors d’un déplacement exigé pour le recensement. Rien ne les différencie de la pauvreté d’autres couples, sinon une attention particulière pour cette jeune maman qui vient de mettre au monde un enfant. Devant un bébé, on s’attendrit toujours. Cette vie qui s’éveille a quelque chose qui ne peut laisser personne indifférent. Mais perçoivent-ils, ceux qui côtoient ce couple, que cet Enfant, porté délicatement par une jeune mère avec une infinie tendresse, c’est Dieu, l’Emmanuel, « Dieu avec nous » ? Rien ne distingue cette famille des autres, en route elles aussi pour ce recensement. Ce couple est bien pauvre. La preuve : des bergers se sont déplacés pour le visiter…Et l’arrivée des Mages, a renforcé le questionnement : quelle étrange famille saluée par les plus pauvres de la société et par des savants étrangers.

« Joseph, prends l’enfant et sa mère… ». Ainsi Dieu a-t-il fait le choix de choisir une famille pour son Enfant. Mystère de l’Incarnation déployé en son extrême. L’Enfant-Dieu n’a pas été déposé sur la terre par je ne sais quel envoyé spécial, « colissimo » du ciel ! Dieu a fait le choix de donner à son Fils un père et une mère. Une femme, Marie, a accepté de porter en son sein le corps de son Dieu, et c’est à un homme, Joseph, que fut confiée la mission de lui donner le nom de Jésus et de veiller sur l’Enfant et sa Mère. Dieu voulait-il déjà signifier par là que la famille est précieuse à ses yeux pour en avoir choisi une pour son Fils ? Voulait-il imprimer dans le cœur des croyants que la vie familiale a une valeur puisqu’elle a été habitée par Dieu ? Dès lors la famille est précieuse, puisqu’elle a été remplie de la présence de Dieu. Alors avec vous, je voudrais crier à tous et chacun : « Famille, Dieu vous aime. »

L’Envoyé de Dieu, son Ange, semble vouloir dire à tous les croyants : « Après Joseph, toi aussi, prends l’enfant et sa mère, chez toi ». Désormais la Sainte Famille sera notre famille. Même dans sa fragilité, la famille reste, et pour toujours, un lieu d’habitation de Dieu. En avons-nous conscience ? Affirmer que la famille est précieuse, ce n’est pas de l’ordre d’un choix parmi d’autres options qui se présenteraient à nous. Encore moins un défi pour des hommes et des femmes en manque d’engagements et qui opteraient pour cette cause, une parmi beaucoup d’autres. La famille est liée à l’histoire chrétienne, elle est un développement de l’Incarnation de Dieu parmi les hommes, elle renferme quelque chose de la nature de Dieu révélé en son Fils Jésus. Annonciation, Visitation, Nativité, Présentation de Jésus au temple sont les quatre tableaux d’une même œuvre, c’est-à-dire le mystère de la présence de Dieu en son Fils Jésus fait l’un de nous, en tout semblable à nous, excepté le péché. N’oublions pas que durant quelques trente années, Jésus, Fils de Dieu, a vécu les réalités du quotidien auprès de Marie et de Joseph. Les évangiles sont plus que discrets, mais cette période n’est-elle pas la lente fermentation de la mission du Sauveur ? Mettre une sourdine à la vie de la sainte Famille, c’est prendre le risque de minimiser son Incarnation, et de faire de la fête de Noël un conte pour enfants encore capables de s’émerveiller.

Alors oui, il est heureux que l’Eglise fête la sainte Famille, car à travers elle, c’est toutes les familles de la terre qui sont l’objet de notre prière et de notre réflexion. J’ai bien dit : toutes ! Familles unies et heureuses, familles déchirées et abimées, ou marquées par les séparations, familles au passé lourd et qui ont peine à faire surface, familles dont les enfants ont oublié le chemin de la maison familiale, familles blessées par le choix ou le comportement de tel ou tel de ses membres, couples en attente d’enfants, familles où le deuil est présent aujourd’hui et dont l’absence d’un être cher blesse et fragile les autres membres, votre famille comme ma famille, toutes les familles sont aimées de Dieu.

Familles de la terre vous êtes aimées de Dieu. En ce début du XXIe siècle, jamais la cellule familiale n’a été aussi fragilisée. Toucher à l’essence de la famille, c’est fermer tout avenir et condamner l’homme à devenir un errant sur terre en quête d’un bonheur qu’il a lui-même détruit. A la demande du Pape Benoît XVI nous avons commencé le temps de l’Avent par une prière ecclésiale pour la défense de la vie, de la conception à son terme. Cette intercession prend tout son développement par cette fête de la Ste Famille. Combien de prières, d’appels à l’aide touchent la famille aujourd’hui. Alors visitons nos familles et le poids de leurs questions, de leurs souffrances comme de leurs joies pour nous rendre proches d’elles. Nous ne sommes pas tombés du ciel un beau jour, nous sommes nés dans une famille, et avec notre vie familiale, heureuse ou difficile, nous sommes liés à son histoire, sans en être prisonniers. Mais refuser notre origine, c’est destructeur et sans avenir, nous le savons bien.

Entrons dans cette dynamique qui nous est présentée aujourd’hui à travers la fête de la sainte Famille : toutes les familles sont aimées par Dieu et, à travers la fête de la Sainte Famille, elles sont appelées à s’ouvrir à l’Amour et à la Miséricorde de Dieu. « Joseph, se leva, prit l’Enfant et sa Mère » Par cette attitude d’acceptation de son rôle confié par Dieu, Joseph reconnaît la mission que Dieu lui attribue. Son attention, son service, sa vigilance, tout son amour, n’auront désormais qu’un objectif : être auprès de la mère et de l’Enfant comme on se tient libre auprès de son Dieu, dans une attitude de disponibilité… Qu’importe si ses plans humains ont été chamboulés, comme ceux de Marie d’ailleurs, mais l’un et l’autre en fidèles serviteurs de leur Dieu, n’auront de but que de faire la volonté du Père. Peut-être Joseph a-t-il murmuré ce que le bienheureux Charles de Foucauld redira quelque vingt siècles plus tard : « Mon Père, je m’abandonne à toi, fais-de moi ce qu’Il te plaira. Je suis prêt à tout, j’accepte tout, pourvu que ta volonté se fasse. Je ne désire rien d’autre, ô mon Dieu. »

Une femme, Marie, jeune mère encore étonnée par le message de l’Ange Gabriel, première de tous les disciples, se tient auprès de nous. Elle implore l’Enfant qu’elle vient de mettre au monde. Elle prie pour toutes les mamans et pour celles qui ne peuvent pas connaître ce bonheur. Plus particulièrement pour celles qui ont refusé de garder cette vie naissante en elles. Un homme, Joseph, dont les projets se sont effacés pour laisser la promesse de Dieu se réaliser, se tient à ses côtés, et sans mots, mais au plus profond de son cœur, veille sur la Mère et l’Enfant-Dieu. Il implore pour que toutes les familles aient les conditions de vie nécessaires à leur épanouissement. Il a connu l’angoisse sur les routes de la fuite, abandonnant tout et devenant un étranger autre part…Conditions que connaissent malheureusement tant de familles aujourd’hui à travers le monde…

Un Enfant Jésus, une femme nommée Marie, un homme appelé Joseph, …un silence : Dieu visite les familles, toutes les familles de la terre. Acceptons nous aussi de faire un détour par la crèche, pour y déposer toutes les intentions de nos familles, de toutes les familles de la terre et de notre famille religieuse du Carmel. Et au plus profond du silence de Bethléem, un léger murmure se fait entendre. Dieu parle. Il confie ce message aux Anges à répercuter par toute la terre : « Familles, je vous aime. J’en ai voulu une pour mon Fils, comment pourrais-je vous oublier ? ».

Frère Didier Joseph de la Sainte Famille