Homélie 10° dim. TO : Dieu visite son peuple

donnée à la basilique de Lisieux

Textes liturgiques (année C) : 1 R 17, 17-24 ; Ps 29 ; Ga 1, 11-19 ; Lc 7, 11-17

« Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm » (Lc 7,11). Cette ville est située à une dizaine de kilomètres de Nazareth, au pied du mont Thabor. Jésus n’est pas seul, saint Luc précise : « Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule » (Lc 7,11). Le cortège de Jésus croise sur sa route un autre cortège. Mais ce second cortège est un cortège funèbre : « Une foule importante de la ville accompagnait cette femme » (Lc 7,12), nous dit saint Luc. Cette femme qui enterre son fils unique, alors qu’elle est déjà veuve…

Cela signifie que cette femme n’a plus aucune protection, aucun soutien, ni matériel, ni juridique. Elle fait partie de cette catégorie sociale que le Seigneur ne cesse de recommander à son peuple : « Prendre soin de la veuve et de l’orphelin » (Dt 10,18 ; Ex 22,21 ; Is 1,17 ; etc.) Elle fait partie de ses « pauvres » que Dieu regarde avec tendresse et qui ont du prix à ses yeux.

resurrection of naim 211 2 icona« Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle » (Lc 7,13). Luc donne à Jésus, un titre solennel « Seigneur » qui projette déjà la lumière pascale sur l’événement vécu à Naïm. La Septante, traduction grecque de la Bible hébraïque, avec traduit, le tétragramme, qui désigne Dieu, par le mot « Kurios, (Seigneur) ». Tout au long de son évangile, Luc donne ce titre post pascal à Jésus. Il l’emploie 19 fois dans son évangile ce que Matthieu et Marc ne font qu’une seule fois.

Et celui qui est nommé « Seigneur » est « saisi de compassion ». Nous pourrions traduire littéralement, par : il est pris aux entrailles. C’est déjà de cette manière que les prophètes évoquaient l’amour de Dieu pour les hommes : un Dieu qui a des entrailles de mère et qui, parce qu’il aime infiniment, est touché par la détresse de celui qu’il aime.

Jésus manifeste cette tendresse du Père, il en est habité au plus profond de son être. Qu’en est-il pour nous, ses disciples ? Nous laissons-nous toucher par les souffrances rencontrées ? Nous laissons-nous émouvoir par les détresses des autres ? Sommes-nous pour ceux que nous rencontrons, des signes, des manifestations de la tendresse et de l’amour de Dieu ?

Jésus ne se contente pas d’être « saisi de compassion », il parle, il agit. Après avoir dit à la veuve de ne plus pleurer, Jésus approche. C’est lui qui prend l’initiative, qui vient… Puis il touche le cercueil et les porteurs s’arrêtent.

Viens alors la parole solennelle du Seigneur : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi » (Lc 7,14). « Lève-toi  », le Seigneur le dit à chacun et à chacune d’entre nous. Il veut nous voir debout, comme des partenaires de son alliance. Il veut nous voir debout pour qu’avec lui, nous remettions debout ceux qui sont dans la détresse. « Lève-toi » Puissance de la Parole créatrice, prononcée par le Verbe de Dieu. Dieu dit et cela est. « Le mort se redressa et se mit à parler  » (Lc 7,15). Puissance créatrice de la Parole… efficacité de la Parole de Dieu. Il n’y a qu’une seule chose qui peut mettre la Parole de Dieu en échec : c’est notre refus de croire à cette Parole  ; c’est notre non acceptation de sa puissance créatrice en nous ; c’est le refus de l’accueillir pour ce qu’elle est : « la Parole de Dieu qui est à l’œuvre en [n]ous les croyants » (I Th 2,13).

Jésus rend le jeune homme à sa mère. «  La crainte s’empara de tous » dit le texte (Lc 7,16). Il ne s’agit pas de la peur, de la « trouille », mais du sentiment de l’irruption du divin dans l’humain. De cette stupéfaction, devant l’œuvre de Dieu. Et cette crainte révérentielle fait jaillir l’action de grâce, la louange…

« Dieu a visité son peuple » proclame la foule émerveillée (Lc 7,16). Ce cri d’admiration de foule de gens simples aux portes de Naïm en Galilée parcourt comme un frémissement tout l’évangile de Luc. Il annonce la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui n’est pas lointain, d’un Dieu qui se fait proche et solidaire des petits, des pauvres, des humbles. « Dieu a visité son peuple » Il s’est mis en quête des hommes et n’en oublie aucun. Par l’Incarnation de son Fils, il vient « prendre ses délices avec les enfants des hommes ». (Pr 8,22)

« Dieu a visité son peuple » À travers l’action de Jésus, c’est la visite de Dieu qui est reconnue. Un Dieu proche de son peuple qui éprouve humainement la souffrance des hommes et qui engage sa puissance dans des gestes humains. En Jésus, Dieu prend place dans nos relations humaines. Notre Dieu n’est pas le « dieu » impassible et invulnérable des philosophes ou des savants, il n’est pas un Dieu lointain, Il s’est fait « ami des hommes ».

« Dieu a visité son peuple » Oui, mais notre foi nous permet de d’affirmer de manière plus forte encore : « Dieu visite son peuple » Cette « visite » de Dieu n’est pas simplement une réalité du passé, c’est une réalité toujours actuelle. Dieu ne cesse de nous visiter… … par sa Parole, proclamée, lue et méditée, … par ses sacrements, … par tous les gestes de solidarités que nous saurons poser.

« Dieu a visité son peuple » Ce matin, Dieu nous a visités, pour qu’à notre tour, en son nom, nous allions visiter nos frères en humanité. Participer à l’Eucharistie, nous conduit à communier à l’amour sauveur du Christ pour tout l’humanité et à collaborer à son œuvre de Salut.

Un texte anonyme du XVIe siècle dit :

Christ n’a pas de mains, il n’a que nos mains pour faire son travail aujourd’hui
Christ n’a pas de pieds, il n’a que nos pieds pour conduire les hommes sur son chemin,
Christ n’a pas de lèvres, il n’a que nos lèvres pour parler de lui aux hommes,
Christ n’a pas d’aides, il n’a que notre aide pour mettre les hommes de son côté.
Nous sommes la seule Bible que le public lit encore,
Nous sommes le dernier message de Dieu écrit en actes et en paroles.

Laisserons-nous, à travers nos paroles et nos actes, Dieu visiter son peuple ? Amen.

fr. Didier-Marie de la Trinité, ocd (Couvent de Lisieux)