Homélie 18° Dim. TO : un voyage offert à tous

Dimanche 2 aout 2015 - 18° dimanche du Temps ordinaire

Textes liturgiques : Ex 16,2-15 ; Ps 77 ; Ep 4,17-24 ; Jn 6,24-35

Frères et sœurs, est-ce que vous partez cet été ? Quoi qu’il en soit, êtes-vous quand même prêts à partir en voyage, à découvrir de nouveaux horizons, à tenter l’aventure dépaysante de suivre le Christ cet été ? Il importe d’être prêt car ce voyage proposé par le Seigneur, comme tout vrai voyage, n’a pas tant pour but de multiplier les nouveaux points de vue et les rencontres que de nous aider à revenir différents, changés, transformés. Voyager, c’est changer et en ce sens, il n’y a pas besoin de partir très loin pour voyager : on peut faire un voyage chez soi en apprenant à changer peut-être notre regard sur l’environnement qui nous entoure. C’est à un tel voyage que saint Paul nous invite : « Frères, vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leur pensée. (…) Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. » L’enjeu de notre voyage est de devenir intelligents selon Dieu, de passer du vide de nos raisonnements païens à une intelligence habitée par l’Esprit Saint. En d’autres termes, il s’agit de ne plus nous conduire selon l’instabilité de nos envies et les caprices de nos pulsions pour décider de nous laisser guider par l’Esprit Saint. Cette transformation intérieure peut nous paraître un peu abstraite ou lointaine. Voyons donc dans l’évangile comment Jésus conduit les foules sur ce chemin de transformation à travers deux passages, un passage dans notre rapport au temps, un passage dans notre rapport à l’action.

Rz 14« Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle. » Jésus s’adresse ici à une foule affamée comme les fils d’Israël au désert ; une foule qui a repéré quelqu’un pouvant les rassasier à volonté. Nous sommes ici au niveau basique de l’intelligence : c’est le réflexe de survie qui parle. Notons que Jésus ne méprise pas ce réflexe bien humain : il le nomme simplement pour que les choses soient claires. Mais, comme bon berger, il ne peut laisser les foules ainsi : il commence à éduquer leur désir en éveillant leur intelligence à des réalités plus profondes. Il les invite à déplacer leur désir des biens périssables vers les biens éternels, à porter leur attention sur ce qui a vraiment de la valeur, ce qui vaut vraiment le coup. La faim biologique n’est que le signe d’une faim plus profonde, la faim d’éternité, l’attente d’un amour qui dure toujours.

Tel est le trait marquant de l’enfance de sainte Thérèse d’Avila : avec son frère Rodrigo, elle répétait souvent le mot ‘pour toujours, toujours’ en pensant à la gloire qui dure face à ce qui passe. Oui, ‘tout passe, seul Dieu suffit’ : telle doit être la transformation de notre pensée. Nous ne parlons pas ici d’un raisonnement intellectuel qui ne produit pas une transformation profonde de notre pensée ; nous évoquons une expérience intérieure où notre intelligence saisit par grâce ce qui a vraiment de la valeur dans une vie. Thérèse le dit : « Dieu me faisait la grâce, tout enfant que j’étais, d’imprimer en moi le chemin de la vérité. » (Vie 1,4) C’est le 1er passage à vivre pour notre intelligence, dans notre rapport au temps : nous préoccuper d’abord du Royaume, croyant que le reste nous sera donné sans pour autant fuir notre responsabilité au quotidien bien sûr.

Le 2e passage concerne notre rapport à l’action. A la question de la foule « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ?  », Jésus répond « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. » On peut dire qu’il prend littéralement leur pensée à contre-pied. La foule cherche à savoir ce qu’il faut faire pour Dieu et Jésus leur dit que ce qui est premier est ce que Dieu fait pour eux ! Avant de prétendre travailler au Royaume de Dieu, commencez par l’accueillir puisqu’il est déjà là ! Au lieu de vous agiter dans un activisme vide, regardez-moi, contemplez et accueillez l’envoyé du Père, le pain de vie qui peut enfin rassasier leur faim d’éternité. La première œuvre à laquelle vous pouvez collaborer avec la grâce de Dieu, c’est de croire : la foi est l’œuvre de Dieu car c’est un don mais elle passe par notre liberté.

Croyez en moi dit Jésus et vous pourrez ensuite travailler pour le Royaume. Voilà comment on peut passer à côté de l’enjeu de notre voyage spirituel : en ne croyant pas assez à l’action de Dieu dans notre cœur. Le premier voyageur, c’est Jésus qui vient à nous par son Esprit. Il nous offre son amour que nous n’avons pas à mériter avec nos bonnes actions : l’amour est gratuit. Accueillons-le avec foi et agissons ensuite. Sainte Thérèse nous avertirait ici de ne pas mettre de limites à l’action de Dieu par notre manque de foi. Croyons pleinement pour que Dieu puisse avoir les coudées franches dans notre existence et transformer notre personne : laissons-le faire, laissons-le nous guider, avec confiance ! Il nous conduira très loin dans des contrées bien plus belles que celles que nous voyons en carte postale… Il suffit de nous laisser guider, de le laisser agir.

Avec ces deux passages, notre intelligence se transformera pour chercher ce qui demeure et ce qui porte du fruit car c’est l’œuvre de Dieu. Bien sûr, ce double passage est une transformation radicale : il faut renoncer à vivre selon l’homme ancien en nous pour revêtir « l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité. » Mais n’ayons pas peur : l’Esprit Saint nous apprendra à changer progressivement notre manière de penser et d’agir ! Il faut simplement le lui demander, avec foi. Esprit Saint, entraîne-nous à la suite de sainte Thérèse d’Avila sur le chemin de la vérité et dans la voie de l’amour. Ouvre notre cœur et transforme-le pour que ce voyage estival ne nous laisse pas intact. Amen.

fr. Jean-Alexandre de l’Agneau, ocd (Couvent de Paris)