Homélie 19° dim. TO : davantage ?

donnée au couvent d’Avon

Textes liturgiques (année C) : Sg 18, 6-9 ; Ps 32 ; He 11, 1-2.8-19 ; Lc 12, 32-48

« A qui l’on a beaucoup donné on demandera beaucoup, à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage… ». Voilà un petit mot « davantage  » qui nous pousse loin dans nos retranchements, et est loin de nous obtenir une mention satisfaisante « tout va bien Mme la Marquise ». Ce mot nous met en alerte, attise notre vigilance. Non la vie chrétienne ne sera jamais un long fleuve tranquille qui coule sans souci au gré de notre existence dans une forme de répétition nonchalante.

Au cœur de ce temps estival voilà une invitation qui risque de déranger une certaine tranquillité. Le Maître peut arriver à l’improviste nous rappelle Jésus : que va-t-il trouver ? Saurons-nous le reconnaître et l’accueillir ? Nous trouvera-t-il à l’œuvre, au travail ? « Tenez-vous prêts » affirme Jésus à ses auditeurs d’hier comme à ceux d’aujourd’hui. Rassemblés pour cette eucharistie, quelles sont nos préoccupations majeures ? Chacune et chacun d’entre nous pourraient formuler alors ce qui lui semble « sa » préoccupation principale, mais est-elle préoccupation de foi, désir d’une vie chrétienne féconde, renouvellement de la vie spirituelle ? Comment accueillir l’aujourd’hui d’un appel de Dieu qui ouvre une perspective nouvelle, une dynamique de vie, un surcroit d’amour, un espace de réconciliation ? Loin de répéter sans cesse les mêmes refrains, il s’agit de l’audace d’une vie qui se laisse dynamiser par la force de l’Esprit Saint qui coule de cet évangile et vient arroser nos existences trop souvent repliées sur elles-mêmes. Nous sommes les destinataires d’une Bonne Nouvelle de Dieu pour ses enfants. Le croyons-nous assez ?

ob acc1e2 pas N’avons-nous pas à chercher et rechercher sans cesse comment vivre l’aujourd’hui de notre vie de foi, loin de toute monotonie ou répétition lassante et craintive ? Il ne s’agit pas de vivre dans une attitude de peur et d’incertitude, mais d’oser une vie de foi joyeuse et dynamisante, loin de toute angoisse stérilisante. Ce n’est pas une parole qui condamne que nous recevons ce jour, mais un appel qui renouvelle, qui fertilise nos vies. Jésus n’est pas ce contrôleur insatisfait des résultats obtenus et brandissant la menace d’un renvoi ou d’une exclusion pour des résultats en baisse. « Sois sans crainte petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. ». Mais Dieu est trop respectueux de ses enfants pour les inviter à recevoir ce Royaume dans un cœur qui accepte de se renouveler sans cesse, de s’ouvrir sur une vie qui ne trouve pas son sens dans la répétition exigeante et lassante, mais dans une audace joyeuse et féconde.

Sommes-nous encore capables d’imaginer que ce petit mot « davantage » qui concluait la fin de notre évangile peut encore faire éclore en nous des germes de vie ? Le risque n’est-il pas de nous dire trop souvent : « J’en ai fait assez, et pour quels résultats ! J’ai l’impression de faire du « sur place », et lorsque je regarde la vie du monde c’est plus un frisson qui se dégage qu’une expression de joie et d’espérance ». Là est notre tentation au repli, au chacun pour soi, au découragement. Aussi Jésus interpelle-t-il son auditoire : « Restez en tenue de service, vos lampes allumées… » Hier notre frère Éric-Marie a fait sa première profession, d’autres ont pris du temps pour vivre une semaine de retraite, des jeunes sont rentrés heureux des JMJ avec le Carmel, des hommes et des femmes vivent l’ordinaire de la foi dans une expression dont aucune chaîne de télévision ne rendra compte mais qui sont porteurs de germes d’espérance et d’amour…Alors allons-nous nous laisser contaminer par une morosité de notre vie de foi, une langueur à décourager les plus motivés ?

Ne croyez pas que j’ai abusé ce matin d’une dose de vitamines plus forte que d’habitude ou chaussé des lunettes aux verres teintés d’optimisme… Le monde garde sa dureté et « le chacun pour soi » reste trop souvent étalé à la face de tous…Mais au cœur de ce constat amère nous osons voir des germes d’espérance, des servantes et serviteurs de la Bonne Nouvelle à l’œuvre les mains nues mais avec l’amour de Dieu au cœur, parce que habités par la miséricorde de Dieu. Ne pensons pas que nos appuis soient ailleurs qu’en Dieu, dans sa Parole reçue au quotidien, dans ces temps de célébration, dans une vie de prière qui accepte de se renouveler sans cesse, dans le geste de partage et d’accueil bien fragile peut-être mais si riche de promesses… Nos appuis ne seront jamais dans ce que nous possédons mais dans ce que Dieu nous donnera comme cadeau pour vivre l’humble quotidien, valeurs inestimables mais si fragiles.

Alors recevons ce dimanche comme cadeau de Dieu, force pour cette semaine. Que sera-t-elle ? Je ne sais, mais je sais que Dieu y sera l’hôte pour nous inviter à rester toujours et encore en tenue de service. Là est notre bonheur, ne l’oublions pas ! Gardons nos lampes allumées, elles sont signes que Dieu habite toujours notre existence et lui donne sens.

fr. Didier-Joseph Caullery, ocd (Couvent d’Avon)