Homélie 2° Dim. T.0. : « Tout est pardonné »

Dimanche 18 janvier 2015 - 2° dimanche du Temps Ordinaire

Textes liturgiques : 1S 3,3-19 ; Ps 39 ; 1Co 6,13-20 ; Jn 1,35-42

Après l’immense vague de protestation soulevée dans notre pays et dans le monde par les assassinats terroristes du 7 janvier dernier, nous assistons aux conséquences de cette tragédie. Un hebdomadaire, qui menaçait de faire faillite faute de lecteurs, diffuse un numéro à des millions d’exemplaires et refait sa trésorerie pour les dix ans à venir ! Cette dernière publication provoque de nouvelles vagues de violence dans le monde musulman avec des assassinats de chrétiens au Niger. Les minorités chrétiennes en pays musulman payent cher les provocations religieuses du monde occidental. Pourtant cette dernière caricature de Mahomet diffère notablement des précédentes. Elle présente un Prophète compatissant, s’identifiant aux victimes par la phrase consacrée « Je suis Charlie » et exprimant un message éminemment chrétien « tout est pardonné ». Par-delà les drames suscités par le difficile apprentissage de la liberté humaine, l’Évangile est bien ce levain dans la pâte qui travaille le monde jusque dans ses marges extrêmes. Dieu a révélé en Jésus-Christ ce pardon divin capable de pardonner l’impardonnable.

agneauDans l’évangile selon Saint Jean, le premier titre donné à Jésus est celui d’ « Agneau de Dieu ». Jean-Baptiste place ainsi le commencement de la vie publique de Jésus sous le signe du sacrifice final par lequel le Christ accomplira le salut de l’humanité. Ce salut n’est autre en effet que le pardon de Dieu accordé à un monde dont la Croix révèle le péché. Accusé de blasphème et crucifié, Jésus témoignera de l’infinie miséricorde du Père plus grande que tous les blasphèmes. La figure de l’Agneau de Dieu nous situe ainsi dès le début du ministère public dans la perspective du salut. Elle dévoile le sens de la mission de Jésus comme le prologue de ce même évangile avait dévoilé le mystère du Verbe tout juste auparavant. Entendant cette annonce de l’Agneau de Dieu, deux disciples de Jean suivent Jésus. L’un d’eux, André, appelle son frère Simon à le rejoindre : « Nous avons trouvé le Messie. » Jésus déclare alors : « Tu es Simon, fils de Jean. Tu t’appelleras Pierre. »

Dès le premier regard, Jésus connaît cet homme dans son identité profonde, mais il donne à celle-ci une orientation nouvelle à travers un nom nouveau. Jésus manifeste l’identité de Simon-Pierre à une profondeur jusque-là inconnue. La connaissance que nous avons de nous-même est en effet superficielle et provisoire, car elle dépend en définitive d’une relation vivante avec Dieu. Nous ne nous connaissons que dans la relation avec les autres, mais la véritable connaissance de soi s’acquiert dans la relation à Dieu. Lui seul nous connaît véritablement comme le prophétise le livre de l’Apocalypse : « Je lui donnerai un caillou blanc portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit.  » (Ap 2,17b). Pour se connaître soi-même, il faut vivre dans une relation d’amour avec Dieu.

Cette connaissance est associée par l’Évangile à la question de la demeure : « Où demeures-tu ? » Les disciples sont invités à suivre Jésus pour voir où il demeure. Ce terme est éminemment symbolique. Il s’agit de la demeure du cœur, de la relation profonde de Jésus avec son Père. Jésus demeure dans la communion intime avec Dieu. Le suivre, c’est désirer demeurer avec lui dans cette communion pour découvrir le nom que le Père lui-même nous donne en son Fils. Cette connaissance est possible, car nous sommes capables de relation avec Dieu. L’être humain est esprit et en cela il est à l’image de Dieu.

Pourtant nous vivons le plus souvent dans l’ignorance de notre être spirituel. Pour éprouver la réalité de notre âme, nous devons vivre une relation de prière effective avec Dieu dans la confiance, l’espérance et l’amour. L’expérience de la présence en nous du Dieu vivant permet alors de prendre conscience de notre propre mystère. Cette expérience est indissociable du pardon de Dieu. Dans la conscience de notre misère profonde, nous est révélée la gratuité de l’amour qui fonde notre dignité d’enfants de Dieu. Cette révélation éclaire d’un jour nouveau la connaissance que nous avons de nous-mêmes comme le déclare Saint Paul : « Ne le savez-vous pas ? … Rendez gloire à Dieu dans votre corps. » (1 Co 6,19s)

fr. Olivier Rousseau ocd (Couvent de Paris)