Homélie 3° Dim. Pâques : trois mystères

donnée au couvent de Paris

Dimanche 19 avril 2015 - 3° dimanche de Pâques

Textes liturgiques : Ac 3,13-19 ; Ps 4 ; 1Jn 2,1-5 ; Lc 24,35-48

La finale de ce passage de l’évangile de Luc nous livre la raison fondamentale de cette nouvelle apparition de Jésus à ses disciples : il s’agit pour lui comme nous dit l’évangéliste d’ouvrir l’esprit des disciples à l’intelligence des Écritures. Cette intelligence des Écritures telle que nous la présente Jésus est caractérisée par trois mystères : le mystère de la souffrance du messie, le mystère de la résurrection et le mystère du témoignage. Jésus lui-même n’emploie pas le mot mystère pour qualifier ces trois réalités. J’utilise ici un terme cher à Paul pour exprimer la grandeur inouïe de notre foi et la nécessité d’invoquer toujours la grâce afin que nous en ayons une connaissance toute les fois que nous cherchions à les comprendre.

La souffrance du Messie est un mystère parce qu’il est en général inadmissible pour l’intelligence humaine d’imaginer Dieu pâtir. Notre intelligence est plus apte à concevoir un Dieu dont la toute-puissance le situe au-delà de toute passion qu’un Dieu dont la force de l’amour l’invite au cœur de la passion de l’homme. On comprend pourquoi les disciples étaient terrifiés et bouleversés pendant les jours qui précédaient pâques. Comme tout homme normal, ils ont enfoui dans leurs inconscients les passages de l’Écriture qui annonçaient la souffrance du Messie. Ils n’ont retenu que les références scripturaires qui proclament le messie glorifié tout en oubliant que cette glorification n’écartait pas la possibilité d’un abaissement et d’un anéantissement capable de transformer la malédiction de la croix en salut éternel.

Christ et ThomasEn effet comme le dit le serviteur souffrant du livre d’Isaïe, par ses souffrances, nous sommes guéris. Cela voudrait certainement signifier que la passion du Christ est éducatrice et source de salut. Elle nous initie à la connaissance d’un Dieu dont l’amour le presse à s’identifier à l’homme en tout sauf au péché de telle sorte qu’il soit capable dans sa transcendance, de faire l’expérience de l’abaissement, dans sa toute-puissance de faire l’expérience de la faiblesse, dans son impassibilité de faire l’expérience de la passion, jusqu’à s’écrier du haut de sa croix, ’j’ai soif’. Ne soyons donc plus bouleversés à l’idée de voir notre Dieu pâtir, mais demandons à l’Esprit d’éclairer notre intelligence sur ce mystère qui pour certains demeure une folie, mais qui pour nous est en même temps signe de puissance et d’amour.

Quant à la résurrection elle apparaît aux apôtres comme un mystère non pas parce qu’ils ne croyaient pas à la résurrection, mais parce que la résurrection du Christ se révèle à eux comme un renouvellement de leur intelligence. En effet, on ne saurait dire avec certitude que les apôtres croyaient ou non à la résurrection. Dans tous les cas la croyance en la résurrection existait déjà à leur époque. Ce qui frappe dans ce récit, c’est leur réaction face au Ressuscité. Comme nous dit l’évangéliste Luc, ils étaient bouleversés car ils croyaient voir un esprit. Après qu’ils aient été convaincus qu’il s’agit de Jésus, ils étaient dans la joie, mais leur joie demeure entremêlée d’étonnement. Cet étonnement traduit aussi bien leur admiration que leur incompréhension vis-à-vis du mystère de la résurrection. Admiration de voir le Christ leur apparaitre comme un esprit, incompréhension de voir qui est le même tout en étant transfiguré ; qu’il peut toucher et se laisser toucher.

Admirable mystère ! Ils se rendent compte que le mystère de la résurrection ne peut pas se réduire à une simple séparation du matériel et de l’immatériel. Car le ressuscité est bien plus qu’un esprit qui traverse notre histoire comme le ferait un fantôme. La présence de la marque des clous montre bien que la résurrection annoncée par les prophètes est une transformation de l’homme et de tout l’homme. Il s’agit d’une réalité nouvelle qui défie notre raison mais qui ne demeure pas impossible à Dieu. C’est cela même une des expressions de la résurrection, se rendre compte que rien est impossible à Dieu, qu’il y a toujours une raison d’espérer quelle que soit la situation. Alors que tout semblait finir, que l’obscurité semblait l’emporter sur la lumière, la résurrection apparait comme un rétablissement de l’espérance qui fait revivre les apôtres dans leur corps et dans leur âme. Alors que la peur semblait prendre le dessus sur la sérénité, la résurrection apparait comme la paix qui les restaure. « La paix soit avec vous » nous dit Jésus. Oui, La paix soit avec nous qui sommes tétanisés par la peur du vide, du néant et de la mort car notre vie présente sera transfigurée dans la résurrection du Christ.

Terminons avec le troisième mystère qui est celui du témoignage. Il est un mystère parce que nous sommes appelés à annoncer aux yeux du monde une réalité qui nous dépasse. Comme le dit Saint Paul, nous portons dans un vase fragile un trésor. Ce trésor c’est l’immensité de l’amour de Dieu qui guérit les blessures et transforme les collines de désespoir en pierre d’espérance. C’est cette espérance que nous sommes appelés à faire rayonner autour de nous malgré nos fragilités, nos craintes et même nos contradictions intérieures. S’il est vrai que le monde voudrait que les porteurs d’une telle espérance soit des hommes forts, « des messagers plus éclatants, des hérauts plus convaincants (K. Rahner) », il n’est pas moins vrai que Dieu sait collaborer avec des personnes faibles et simples qui savent faire l’expérience de leurs limites. Oui c’est en cela que réside l’admirable mystère du témoignage : être convaincu qu’avec nos qualités, mais aussi malgré nos misères, nous pouvons par la grâce de l’Esprit être le levain pour un monde nouveau, la consolation dans les épreuves et l’étincelle timide qui porte l’espérance de la vie éternelle. Afin que cela ne soit pas seulement des paroles vides demandons à Dieu en ce dimanche de soutenir nos efforts par le don de l’Esprit Saint.

fr. Elisé Alloko, ocd (Couvent de Paris)