Homélie 4° Dim. Pâques : donner, recevoir et prendre soin

donnée au couvent de Paris

Dimanche 26 avril 2015 - 4° dimanche de Pâques

Textes liturgiques : Ac 4,8-12 ; Ps 117 ; 1Jn 3,1-2 ; Jn 10,11-18

Pourquoi célébrer en ce quatrième dimanche de Pâques la journée mondiale de prière pour les vocations, pour les vocations spécifiques à la vie consacrée, que ce soit dans la vie religieuse masculine ou féminine ou bien dans la vie sacerdotale ? L’image du Bon Pasteur, que Jésus emploie pour parler de lui-même, pour parler de sa propre vocation, de son mystère personnel, peut nous éclairer à ce propos. Non pas que toutes les vocations consisteraient en une participation à la charge pastorale du Christ – cela, c’est le propre de la vocation des évêques, et des prêtres avec eux. Mais deux caractéristiques de la façon d’être et de faire du Bon Pasteur qu’est le Christ lui-même doivent concerner aussi toute personne qui s’engage et avance sur un chemin de consécration au Seigneur.

Bon Berger La première, c’est le fait de donner et recevoir. Le verbe « donner » revient à cinq reprises dans les huit versets du chapitre dixième de saint Jean que nous venons d’entendre. Il a toujours Jésus pour sujet et « ma vie » pour complément. L’une des caractéristiques du Bon Pasteur qu’est Jésus est qu’il donne sa vie. Littéralement, il « dépose » sa vie, comme un geste libre et souverain, en un geste d’offrande. Même le déchaînement de la violence aveugle durant sa Passion ne devra pas nous faire perdre de vue cela. Jésus précise en effet : «  Nul ne peut m’enlever ma vie : je la donne de moi-même ». Cette offrande est plus forte que la mort : la violence ou l’apparente absurdité de la mort ne doit pas le faire oublier. Cette offrande de la vie est aussi un geste de service, de dévouement, et ce n’est pas un hasard si nous retrouvons ce verbe « déposer » au chapitre treizième de l’Évangile selon Jean, lorsqu’il nous est dit que, lors du dernier repas qu’il prit avec ses amis, Jésus « déposa » ses vêtements pour laver les pieds de ses disciples (cf. Jn 13,4).

Cette liberté souveraine, manifestée dans l’offrande sa vie et dans le service le plus humble, trouve sa source dans la communion profonde de Jésus avec son Père. C’est pourquoi, à trois reprises dans la seconde partie de notre Évangile de ce jour, le verbe « donner, déposer » est accompagné du verbe « recevoir » : « Je donne ma vie pour la recevoir de nouveau » ; «  j’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau » ; « voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père ». Dans ces trois cas, dans ces trois emplois du verbe « recevoir », Jésus est le sujet, celui qui reçoit. La troisième fois seulement, il nous est dévoilé de la part qui est-ce que Jésus reçoit, qui est l’auteur du don : il s’agit du Père. C’est du Père que Jésus reçoit à nouveau sa vie après l’avoir déposée : c’est là une annonce de la Résurrection après la Passion et la mort de la Croix.

Mais ce fait de déposer sa vie et de la recevoir à nouveau est aussi un commandement « reçu » du Père. C’est-à-dire que dans cet acte libre de Jésus se manifeste sa communion la plus intime à la volonté du Père, son obéissance au Père. Non pas que le Père manipule de l’extérieur les événements de la vie du Fils, mais bien plutôt le Fils demeure dans la communion avec la volonté du Père à travers tous les événements de sa vie. C’est la confiance absolue, la confiance filiale de Jésus qui s’exprime là. Ce n’est pas un hasard non plus si saint Jean avait employé dès le prologue de son Évangile ce verbe « recevoir ». Il l’avait employé pour désigner la foi qui nous fait devenir enfants de Dieu : « À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12). Ici, recevoir, c’est croire : une attitude qui ouvre à la vie.

Plus rapidement, je voudrais souligner une seconde attitude caractéristique de la façon d’être et de faire du Bon Pasteur. Comme le verbe utilisé pour la désigner n’est employé qu’une fois, je serai forcément plus rapide ! Le mauvais pasteur, « les brebis ne comptent pas vraiment pour lui  ». Donc, le Bon Pasteur se caractérise par le fait que les brebis comptent vraiment pour lui : il a souci d’elles, il en prend soin. Notre Mère sainte Thérèse (d’Avila), au cours d’une grâce mystique que l’on appelle le « mariage spirituel », reçut du Seigneur cette parole en gage d’union : «  Désormais tu auras soin de mon honneur » (Relation 35), cet honneur du Christ qui est la gloire du Père et le salut du monde. Désormais, les intérêts de l’Église et du monde, leur prise en charge dans la prière, compteront vraiment pour toi, comme compte quelque chose à quoi l’on tient vraiment, qui nous concerne personnellement. Telle est la façon dont le Bon Pasteur prend soin de nous, car, pour Jésus, nous comptons vraiment, il ne fait pas semblant.

C’est à cette ressemblance avec le Christ qui dépose sa vie et la reçoit du Père, en un geste d’offrande et d’abandon confiant, le Christ qui consacre sa vie entière à prendre soin de ses brebis, que sont appelés ceux pour qui le Seigneur désire qu’ils le suivent sur le chemin d’une vocation spécifique, dans la diversité des charismes et des appels, et nous sommes tous bénéficiaires de la fécondité de leur vie. Que cette lumière de l’Évangile stimule de façon renouvelée notre prière pour les vocations à la vie consacrée et à la vie sacerdotale, et réveille notre propre désir de recevoir la vie du Christ et de prendre soin de son Église ! Amen.

fr. Anthony-Joseph de sainte Thérèse de Jésus, ocd (Couvent de Paris)

Journée mondiale de prière pour les vocations : priez avec nous !