Homélie 4° Dim. T.0. : Parole vivante, Parole de Vie

donnée au Carmel de Lisieux

Dimanche 1er février 2015 - 4° dimanche du Temps Ordinaire

Textes liturgiques : Dt 18, 15-20 ; 1Co 7, 32-35 ; Mc 1, 21-28

Frères et Sœurs, saint Paul dans la deuxième lecture souhaite que « nous soyons attachés au Seigneur sans partage  » (Cf. I Co 7, 35) ; n’est-ce pas là, le but de notre rassemblement dominical ? Les lectures de ce jour sont une Bonne Nouvelle qui vient réveiller notre foi, raviver notre espérance et fortifier notre charité. N’avons-nous pas demandé dans l’oraison d’ouverture : « Accorde-nous Seigneur de pouvoir t’adorer sans partage et d’avoir pour tout homme une vraie charité ».

Or en écoutant la Parole, qui nous dévoile le dessein sauveur de Dieu pour les hommes, nous sommes conduits à la louange et à l’adoration. Dans la lecture du Deutéronome, Moïse annonce : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez  » (Dt 18, 15). C’est une manière pour le Seigneur d’annoncer qu’il n’abandonnera pas son peuple, qu’il va continuer à le guider et à l’enseigner, même après la disparition de son serviteur Moïse. En lisant ce passage de l’Écriture, les premiers chrétiens y ont vu l’annonce de Jésus, non seulement prophète et ami de Dieu, comme Moïse, mais Fils de Dieu. L’apôtre Pierre s’écrira : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68). Sommes-nous conscient qu’en écoutant les saintes Écritures dans la liturgie de la Parole, c’est la voix de Jésus qui vient jusqu’à nous ? Sommes-nous suffisamment attentif à la Parole proclamée ? Le Psaume 94 nous interpelle : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre cœur  » (Ps 94, 7-8).

paroleLa fin de la première lecture précise ce qu’il faut comprendre par le terme « prophètes ». Il ne s’agit pas de quelqu’un qui prédit l’avenir, ou qui nous dit les paroles que nous aimerions entendre, comme le font les faux prophètes vis-à-vis des autorités. Le prophète est choisi par Dieu. Il s’efforce d’être à l’écoute de la Parole de Dieu et en témoigne au cœur du monde, pour rappeler à tous qu’ils ont à être des écoutants de la Parole, que tous ont à vivre selon cette Parole. Le prophète témoigne à travers ses paroles, mais plus encore à travers ses actes et toute sa vie. Le prophète s’efforce, sous l’action de l’Esprit Saint, de mettre sa vie en adéquation, en cohérence avec la Parole de Dieu. C’est en ce sens que nous pouvons parler de la dimension prophétique de la vie religieuse, de la vie consacrée pour laquelle nous rendrons grâce demain en la fête de la Présentation de Notre Seigneur.

Les consacré(e)s, les religieux et religieuses ne sont pas meilleurs que les autres, mais, par leur genre de vie, en réponse à leur appel, ils témoignent des valeurs évangéliques dont doit vivre tout baptisé. N’oublions pas la prière prononcée au cours du baptême, lors de l’onction du saint-chrême : « Tu es baptisé : le Dieu tout-puissant, Père de Jésus-Christ, notre Seigneur, t’a libéré du péché et t’a fait renaître de l’eau et de l’Esprit Saint, tu es membre du Corps du Christ et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. » La dimension prophétique de la vie religieuse est là pour rappeler à tout chrétien qu’il a à vivre comme un prophète, c’est-à-dire à écouter la Parole de Dieu et à vivre selon cette parole.

Saint Paul dans la deuxième lecture reprend cette dimension prophétique en appelant au célibat, dont il précise la finalité : « être attaché au Seigneur sans partage  » (I Co 7, 3.5). Dans les versets qui précèdent notre lecture, avec vérité et humilité, Paul précise que ce qu’il dit là, c’est son opinion à lui, mais non pas un ordre du Seigneur (Cf. I Co 7, 25). Toutefois, à la suite du Christ, lui-même, il présente la dimension prophétique du célibat pour le Royaume, sans en faire un absolu. Il est vrai que Paul s’adresse ici à des personnes qui vivaient dans le luxe et la luxure et qu’il les invite à une profonde conversion.

Or il ne peut y avoir de réelle conversion sans attachement fort au Christ Jésus, notre Seigneur dont l’évangile de ce jour nous présente la première prédication. « On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité » (Mc 1, 22). Sommes-nous encore frappés, étonné par l’enseignement de Jésus ? Ne nous sommes-nous pas habitués à ces paroles, au point parfois, de les rendre inopérantes dans nos vie ? L’évangile de ce jour ne nous révèle pas le contenu de la prédication de Jésus, mais il insiste sur son autorité : « Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité » (Mc 1, 27).

À deux mille ans de distance, c’est enseignement demeure-t-il nouveau pour nous ? Est-ce que je reconnais à Jésus, cette « autorité », l’autorité d’une parole qui vient d’un autre ? Suivre Jésus, devenir son disciple, c’est accepter l’autorité de sa Parole, c’est se mettre à l’écoute de son enseignement ; pas seulement en prenant ce qui m’arrange ou me plaît, mais en me mettant à l’écoute de tout son enseignement qui provoque parfois en moi des résistances et qui m’invite alors au changement et à la conversion. Il nous faut apprendre à prier avec les mots de la bienheureuse Élisabeth de la Trinité : « O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je vous passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable afin d’apprendre tout de vous » (Notes Intimes 15).

Cette parole d’autorité de Jésus, l’évangile de ce jour nous la montre en acte avec la guérison de l’homme possédé par un esprit impur criant : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es  » (Mc 1, 24). C’est bien là le drame des esprits impurs, vouloir mettre la main sur Jésus : « Je sais qui tu es »… Jésus l’affirmera plus tard : « nul ne connaît le Fils, si ce n’est le Père » (Mt 11, 27).

Parfois un « esprit impur » nous empêche d’accueillir la parole de Jésus comme une Parole de vie. Nous n’acceptons pas toujours d’être dérangés, bousculés par la parole de Jésus. Être chrétien, ce ne pas savoir des choses sur Jésus, ce n’est pas dire tous les articles du Credo. Être chrétien, c’est vivre une relation unique et vitale avec Jésus. Jésus impose le silence à l’esprit impur, car il voudrait faire l’impasse sur le Mystère Pascal, mystère de mort et de résurrection qui est le sommet de la révélation chrétienne.

L’Évangile de ce dimanche nous montre que la Parole de Dieu manifestée en Jésus, Verbe fait chair, est bien plus forte que tous les démons et tous les esprits mauvais. Avec lui, le mal ne peut avoir le dernier mot. Comme hier dans la synagogue de Nazareth, aujourd’hui, Jésus rejoint notre assemblée réunie en son nom. Il nous fait entendre sa Parole de vie ; il nous libère de toutes nos possessions. Ouvrons-nous à cette Parole qui guérit et qui sauve et demande-lui la grâce de pouvoir conformer nos actes et nos vies à cette Parole. Nous pourrons alors chanter : « Ta Parole, Seigneur est vérité, et ta loi délivrance. » Amen.

fr. Didier-Marie de la Trinité ocd (Couvent de Lisieux)