Homélie 5° Dim. Pâques : choisir de demeurer

donnée au couvent de Paris

Dimanche 3 mai 2015 - 5° dimanche de Pâques

Textes liturgiques : Ac 9,26-31 ; Ps 21 ; 1Jn 3,18-24 ; Jn 15,1-8

« Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruits et que vous soyez pour moi des disciples. » Qui parmi nous ne souhaite être disciple de Celui qui parle ici ? Cette parole de Jésus, à la fin de notre Évangile, ne pourrait-elle pas nous écraser ? Ainsi pour être disciple de Jésus, il faudrait donner beaucoup de fruits ! Des questions viennent alors à notre esprit :

  • Que veut dire donner beaucoup de fruit ?
  • Comment savoir si l’on donne beaucoup de fruit ?
  • Finalement que signifie être disciple de Jésus ?

vigne 2A ces questions, l’Evangile donne une réponse globale : « Demeurez en moi, comme moi en vous. » Ce Demeurer, mot cher à Jean, propre à Jean, veut dire qu’être chrétien ne relève pas d’abord et véritablement de la religion, au sens social du terme, c’est-à-dire de rites, de traditions humaines Demeurer veut dire habiter, être à l’intérieur, être présent et en relation avec les personnes autour de soi. Quand Jésus dit : « Demeurez en moi, comme moi en vous », ne veut-il pas dire qu’il demeure déjà en nous, qu’Il nous précède dans cette attitude d’accueil, de disponibilité, de relation proche ?

Si nous croyons vraiment cela, cela veut dire que Dieu, créateur, Père, Fils et Saint Esprit, vit en nous ! Cela, nous n’avons pas à le sentir, à l’expérimenter de manière sensible, mais à le croire  ! Jésus dit qu’il demeure en nous : rappelons-nous que Dieu nous a créés à son image, s’il n’est pas évident de savoir ce que cela veut dire exactement, nous pouvons comprendre qu’être créé à l’image de Dieu signifie que Dieu ne nous est pas étranger, ou pour mieux dire que nous ne Lui sommes pas étrangers ! Jésus nous demande de demeurer en Lui : il souhaite donc que notre relation avec Lui soit réciproque, qu’il y ait une certaine réciprocité dans cette relation, pas de la symétrie bien évidemment… Nous sommes ses créatures, Il est le Créateur

Cette parole de Dieu fonde notre responsabilité, notre liberté, nous pouvons choisir de lui dire « oui » ! Pour dire en vérité ce oui, pour nous y aider, il est bon de méditer le oui de Marie à l’Annonciation, un oui, certes d’une autre dimension, mais ce oui était bien celui d’une personne humaine comme nous. Un tel oui, notre oui, ne s’improvise pas ! Toute une vie n’est pas de trop pour se préparer à le prononcer véritablement « Demeurez en moi, comme moi en vous. » Être chrétien, c’est demeurer en Dieu ! Nous en prenons davantage conscience lorsque nous décidons, nous re-décidons, de vivre en Dieu, de consentir à cette aventure de la vie avec Dieu. Comment vivre en Dieu ? Cette question n’a pas de réponse unique Chaque vie est singulière, propre, c’est à chacun, à chacune, de trouver la réponse à cette question. Le critère fondamental est d’être en relation vivante avec le Dieu Créateur et Sauveur, avec Jésus Christ, le Crucifié-Ressuscité ! Avec l’Esprit que nous pouvons invoquer à tout moment.

Vouloir vivre avec Dieu n’exclue pas des chutes, des souffrances, au contraire, il semble que certaines souffrances soient inévitables : … « tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage ». Vouloir vivre avec Dieu, c’est donc consentir à la croix, à notre chemin personnel où nous rencontrons cette croix que nous seuls pouvons porter N’est-ce pas ce consentement qui donne le fruit que Dieu attend de nous ? Donner sa vie pour la retrouver autrement plus belle, plus heureuse, plus vraie !

Voilà ce que veut dire notre deuxième lecture : … « n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité ». Aimer ne relève pas du sentiment, c’est consentir et agir par des actes que Dieu voit et dont il se réjouit, parce qu’il en est glorifié. La finale de notre Evangile dit : « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. » Et la deuxième lecture ajoute : "Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous apaiserons notre cœur."

Si tous les chrétiens n’ont pas reçu comme Paul, selon la première lecture au livre des Actes, la mission de prêcher « s’exprimant avec assurance au nom du Seigneur, au risque de sa vie, car les Juifs de langue grecque (…) cherchaient à le supprimer », tous nous sommes invités à faire du Seigneur notre demeure, la vigne où nous demeurons et à croire en cette promesse de vie porteuse de fruits : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. » Amen

fr. Robert Arcas, ocd (Couvent de Paris)