Homélie Pentecôte 2012

Frères et sœurs,

Que serions-nous sans l’Esprit-Saint ? Que serait notre vie chrétienne sans lui ? Question aussi étrange peut-être que de se demander ce que serait la vie terrestre sans oxygène, un voilier sans vent ou un vitrail sans lumière mais question heuristique pour mieux prendre conscience, en creux, du rôle de l’Esprit-Saint dans nos vies et pour ainsi célébrer pleinement la fête de ce jour… Dans un christianisme sans l’Esprit-Saint, la foi serait peu ou prou du déisme, c’est-à-dire une approche rationnelle et très sage de Dieu, livrée à ses propres forces et toujours tentée de faire un dieu à son image ; la dévotion au Christ serait l’admiration pour un grand homme, dont on chercherait à suivre les enseignements mais sans doute pas à imiter la vie ; la vie chrétienne, une morale éventuellement vertueuse mais toujours oscillant entre le désespoir et l’orgueil ; la lectio divina une approche historique ou littéraire de la Bible possiblement passionnante mais restant au seuil de la prière ; nos liturgies, des cérémonies plus ou moins conviviales, plus ou moins esthétiques. Tout cela ne serait pas sans valeur voire sans chaleur ni sans talent mais ce ne serait pas la foi chrétienne, celle des martyrs et des saints, celle du salut gratuitement offert, celle de la foi, de l’espérance et de la charité, celle de la prière, celle des pauvres et des béatitudes, celle du Dieu Trinité. Mais, à l’inverse, que serait une vie spirituelle sans l’Esprit-Saint ? Question plus étrange encore qui nous dit pourtant que l’Esprit que nous célébrons en ce jour est l’Esprit du Père et du Fils (dans notre évangile, Jésus promet d’envoyer « l’Esprit de vérité qui procède du Père »). La vie spirituelle se vit en effet en référence à la Révélation et à l’Incarnation et se réalise dans la chair, avec ses fragilités et ses lenteurs, dans l’Eglise, avec son Institution, ses communautés et nous tous ici présents. Pour que notre vie spirituelle soit chrétienne et que notre vie chrétienne soit spirituelle, il nous faut l’Esprit qui unit ce que d’aucun aurait tendance à séparer, qui différencie ce qui pourrait être confondu… Mystère de Dieu même, don fait aux hommes et animateur de l’Eglise, tel est l’Esprit-Saint que nous fêtons aujourd’hui ! Je voudrais méditer ces trois visages de l’Esprit. Célébrer l’Esprit-Saint, c’est être plongé au cœur du mystère de Dieu. L’Esprit est à la fois don au sein même de la Trinité et don fait aux hommes, qui leur fait non seulement connaître Dieu mais participer à sa propre vie. « Il me glorifiera car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaitre » dit Jésus en parlant de l’Esprit. Précisons bien : tout est donné en Jésus-Christ, Parole unique du Père. L’Esprit ne donne pas la connaissance de Dieu par addition, en complétant la Révélation par des révélations supplémentaires ou des paroles inédites, mais par déploiement et par approfondissement. « Il redira tout ce qu’il aura entendu ». Recevoir l’Esprit-Saint, c’est grandir dans la perception intelligente et aimante de la Révélation donnée en Jésus. Pentecôte, fête d’adoration de ce Dieu qui est don ! Célébrer l’Esprit-Saint, c’est deuxièmement accueillir ses dons. La séquence de la Pentecôte, ce grand poème qui précède l’alléluia, en offre un vocabulaire très riche et l’épitre aux Galates une liste diversifiée : présence de Dieu, consolation et transformation de nos cœurs, de ce qui en nous est raide, trop chaud, trop froid, obscur. Recevoir l’Esprit-Saint, c’est se laisser convertir, se laisser transformer, pour accueillir et se donner, pour aimer. C’est cela « vivre sous la conduite de l’Esprit ». Pentecôte, fête de l’offrande à Dieu qui nous accompagne ! Enfin, célébrer l’Esprit-Saint, c’est devenir témoin. Il est celui qui rend témoignage à Jésus et qui nous rend à notre tour témoins. Le récit des Actes des Apôtres le montre : par les langues de feu, les disciples sont compris dans la diversité des langues et des cultures. C’est une expérience que nous avons pu faire un jour ou l’autre, être instrument, à notre insu, de la Parole et de la Paix de Dieu : force de l’Esprit ! Le recevoir, c’est être envoyé comme témoin de son Amour, par l’annonce de la Parole, la compassion et le service évangélique. Pentecôte, fête de la mission et de l’Eglise !

Résumons. L’Esprit est docteur, il est conducteur ; celui qui enseigne ; celui qui conduit. En jouant sur les langues (c’est bien le jour pour cela) Il est aussi « conductor », chef d’orchestre de l’Eglise et de nos vies. « Viens Esprit Saint ! » Nous l’implorons intensément depuis ces derniers jours et, pour le fêter, nous l’implorons encore ! Adorer l’Esprit, c’est en effet implorer sa venue, reconnaitre sa présence en nous mais la désirer davantage car l’Esprit est celui qui vient achever. Sa venue dans le monde vint achever ce qui avait été accompli par le Christ ; sa fête, la Pentecôte vient achever le temps pascal ; sa venue en nous vient achever ce qui a été semé dans nos cœurs lors de notre baptême et de notre confirmation. « Achève, si tu le veux » implorait lui aussi Jean de la Croix ; « donne le salut final » demandait la séquence. Implorons, adorons, accueillons le Père des pauvres répandu en ce jour dans nos cœurs et laissons-nous conduire par le Souffle de Dieu, dans la foi, pour sa gloire. Amen.

F. Guillaume, ocd