Homélie ND du Mont Carmel : l’humilité, la foi, l’obéissance

donnée au couvent de Paris

Au douzième siècle, des pèlerins de Terre Sainte vivent en ermites sur le Mont Carmel. Ils se placent sous le patronage de Marie et se désignent comme étant les frères de la Vierge. Chassés par la guerre au treizième siècle et dispersés dans toute l’Europe, ils demeurent fidèles à Marie du Mont Carmel, qu’ils avaient promis de servir et d’honorer. Ils la retrouvent dans leur terre d’Occident sous le signe du scapulaire. Le vêtement de Marie devient peu à peu la marque d’appartenance à leur famille religieuse. Ils obtiennent alors de l’Église la reconnaissance de son patronage sur l’Ordre du Carmel. Curieusement, en effet celui-ci n’a pas de fondateur connu. Nous ne savons rien de ces ermites tant l’origine de l’Ordre sur le Mont Carmel fut humble et cachée. L’Ordre sera d’ailleurs menacé de suppression en Occident tout au long du 13e siècle. Les carmes attribuent alors leur approbation définitive par l’Eglise au patronage de Marie. Notre Dame du Mont Carmel se tient ainsi au seuil de passages risqués, aux confins de frontières abruptes comme ce Mont Carmel surplombant la mer entre terre et ciel au pays de la promesse. Le passage par excellence, c’est celui de la mort à la vie, un passage que nous avons sans cesse à faire. Aussi, Marie du Mont Carmel a-t-elle pour mission principale de se tenir debout face à la mort pour nous conduire à la Vie éternelle. Depuis cet humble nuage annonçant au prophète Elie la fin d’une sécheresse mortelle jusqu’à cette femme recevant les dernières paroles de son Fils en Croix, la promesse s’accomplit : Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, pour faire de nous ses fils. Ainsi le Carmel est-il tout entier marial en ce qu’il contemple en Marie la plénitude de sa vocation comme le dit la préface de cette fête : « Pleins de joie, nous contemplons en elle, comme dans une image parfaite, ce que nous désirons et espérons être dans l’Eglise.  » Trois vertus mariales éclairent particulièrement la vocation de tous ceux et celles qui se placent ainsi sous le patronage de Notre-Dame du Mont Carmel : l’humilité, la foi, l’obéissance.

L’humilité est la première attitude mariale ayant valeur d’exemplarité au Carmel. Cette humilité est conscience vive de la folie de l’amour de Dieu pour les pauvres créatures que nous sommes. Leur existence éphémère est à l’image de ce modeste nuage annonciateur du salut. Le prophète Elie qui se tient en la présence du Dieu vivant, reconnaît en ce petit nuage l’exaucement de sa prière : une pluie abondante met fin à une sécheresse qui affligeait Israël depuis trois ans. La tradition de l’Ordre voit dans ce nuage une préfiguration de la Vierge apportant au monde son Sauveur. Première bénéficiaire de ce salut, Marie fut gratuitement choisie, gratuitement comblée, gratuitement aimée. Son humilité lui donna d’accueillir la gratuité absolue de l’Amour ainsi que le dit Thérèse d’Avila : « C’est par son humilité que la Vierge a fait descendre du ciel le Roi dans ses entrailles et c’est par elle que nous l’attirons dans nos âmes. » (CE 24,2) Le Seigneur a été touché par l’humilité de sa servante jusqu’à vouloir prendre chair de sa chair pour notre salut.

La foi persévérante jusque dans la nuit est la deuxième attitude mariale que le Carmel désire imiter. Il contemple en Marie celle qui, au pied de la Croix, reste debout dans la foi malgré la nuit. Marie ne se laisse pas écraser face à l’incompréhensible souffrance de son Fils. Tandis que Jésus s’offre à Dieu jusque dans la mort, il voit au pied de la Croix sa mère et, à côté d’elle, le disciple qu’il aime. Comme Elie se tenant en présence de Dieu sur la montagne, Jésus reconnaît dans la fidélité de sa mère la promesse d’une bénédiction à venir. Il confie le disciple bien-aimé à celle qui la première croit au salut de Dieu apporté par son Fils. Marie reçoit ainsi une mission de maternité envers l’Eglise tandis que meurt sous ses yeux celui qu’elle avait reçu la mission d’enfanter. Le Carmel trouve ainsi en elle le modèle d’une foi vécue jusque dans la nuit de l’épreuve en solidarité avec l’humanité souffrante et dans l’espérance du salut de tous.

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L’obéissance à la Parole enfin est la troisième attitude mariale que doit vivre le Carmel pour répondre à sa mission. Toute disponible, Marie offre son existence entière à cette Parole qui prend chair en elle. La mission maternelle ainsi reçue de Dieu l’associe d’une manière unique à l’offrande que Jésus fait de lui-même sur la Croix. L’obéissance à la parole de Dieu l’identifie à celui qui offre librement sa vie pour l’amour de son Père. Par cet acte d’offrande de soi, Jésus ouvre à l’humanité le chemin de l’adoption filiale. Le Fils unique, né d’une femme et sujet de la loi juive, rachète ceux qui étaient sujets de la Loi et fait de nous des fils. Le Carmel, à l’image de Marie, s’associe à l’offrande du Fils pour contempler dans l’Esprit le mystère de gloire auquel tout enfant de Dieu est appelé. L’obéissance à la Parole nous donne ainsi de communier à l’amour de Dieu en unissant notre volonté à la sienne à l’exemple de Marie. Ecouter la Parole, lui être disponible sans condition, c’est en effet dire oui jour après jour au vouloir du Père.

Le Carmel est ainsi tout entier marial lorsqu’il vit humblement dans la gratitude envers Dieu, Père et source de toute bénédiction. Le Carmel est tout entier marial lorsqu’il veille fidèlement dans la nuit au pied de la Croix pour le salut de tout homme en Jésus-Christ. Le Carmel est tout entier marial lorsqu’il s’offre à Dieu pour accueillir de l’Esprit Saint la grâce de le servir en ce monde. Dans l’obéissance à la Parole de Jésus « voici ta mère », que Marie nous aide à demeurer en la Présence de Dieu et au service de son Règne !

fr. Olivier-Marie - (Couvent de Paris)