Homélie de Saint Joseph : l’homme du ’chemin de perfection’

donnée au couvent de Paris

Jeudi 19 mars 2015 – Saint Joseph – Couvent de Paris

(2 S 7, 4-16 ; Ps 88 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1, 16-24)

Pourquoi donc aimait-elle autant saint Joseph ? De la part de la Vierge Marie, c’est évident : il était son époux. Mais sainte Thérèse, pourquoi donc aimait-elle autant saint Joseph, au point, par exemple, de lui consacrer la plupart de ses fondations ? Alors que seul le temps d’une neuvaine nous sépare encore du jour de ses 500 ans, jubilé auquel nous nous préparons depuis plusieurs années, il vaut la peine de se laisser éclairer par sainte Thérèse afin d’apercevoir combien saint Joseph peut être un bon compagnon de notre vie spirituelle.

Bien sûr, il y a d’abord la guérison physique que Ste Thérèse reçut par l’intercession de saint Joseph. Au début de sa vie religieuse au Carmel, doña Teresa connaît un véritable effondrement qui la conduit aux portes de la mort. Dans le coma pendant quatre jours, paralysée pendant trois ans, elle recouvre la santé après s’être confiée à la prière de saint Joseph : «  St Joseph, étant ce qu’il est, m’obtint donc de pouvoir me lever et marcher, en un mot, de recouvrer l’usage de mes membres » (Vie 6, 8). « Étant ce qu’il est », Joseph obtient du Seigneur ce qu’il lui demande : autrement dit, pour l’exprimer avec les mots d’un autre ouvrage de sainte Thérèse, Joseph est tel que ses prières sont exaucées. Serait-il à ce titre le modèle des âmes contemplatives dont la Sainte Mère parle dans le Chemin de perfection : ces amis de Dieu qui vivent une union féconde au mystère du Christ, union féconde qui ne peut exister sans les trois vertus que sont le détachement, l’amour mutuel et l’humilité. St Joseph pourrait-il être notre modèle et notre guide sur ce chemin ? Trois verbes de l’évangile donnent à penser que oui : ne pas craindre, prendre chez soi, faire ce que Dieu a prescrit.

26 19 mars Joseph « Ne crains pas » : quelle peut être la peur qui menace Joseph le juste, et dont l’ange l’enjoint de se délivrer ? Sans doute celle d’un fiancé amené à renoncer à ses projets les plus chers, et même à son projet de vie. L’irruption inouïe du Fils de Dieu dans la vie de sa fiancée amène Joseph à consentir à renoncer non pas à un élément de sa vie, mais de renoncer à sa vocation profonde, ou tout au moins à l’image qu’il en avait jusque là. Supporter les quolibets de ses congénères n’est rien à côté de cet effroi suscité par la plongée dans l’inconnu que représente l’acceptation de cette paternité si différente, si différente de ce qu’il avait légitimement prévu. Après nous être détachés de tout, il nous reste à nous détacher de nous-mêmes et cela « est quelque chose de bien ardu. Nous tenons à notre moi par des liens si étroits, et nous nous portons tant d’amour  » (Chemin de perfection 10, 2). Traverser la peur que suscitent le détachement, l’arrachement à nos propres projets, y compris nos projets spirituels, afin d’adhérer au seul projet de Dieu, afin d’être accordé au seul dessein de Dieu, dessein d’amour et de salut.

« Prends chez toi Marie ton épouse » : le détachement de lui-même libère Joseph pour qu’il puisse agir selon le désir de Dieu, pour qu’il puisse accomplir l’œuvre de Dieu. Ce « prendre chez soi » n’est pas un simple accueil dans une hôtellerie, c’est un « prendre soin », un « veiller sur » : Joseph sera le responsable, le gardien de la Sainte Famille, le garant de l’accomplissement de la vocation divine de Marie et de son enfant. L’amour parfait, « qui retrace et imite de bien près celui que nous a porté Jésus, l’Amant par excellence » (Chemin de perfection 7, 4), c’est un amour qui désire l’accomplissement de la volonté de Dieu dans la personne aimée, et c’est un amour qui prend les moyens de favoriser, de soutenir cette union entre Dieu et ceux que nous aimons. Quel plus grand bien pourrais-je désirer contribuer à te donner que de te voir aimer Dieu et être aimé de Lui, que de te voir répondre pleinement au désir de Dieu sur toi ? Avec discrétion et discernement, prendre dans notre cœur, dans notre prière, dans la sollicitude de notre action, ce soin de la relation d’autrui avec Dieu : là est l’amour véritable du prochain.

« Joseph fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit » : détaché de lui-même et soucieux du bien véritable de ceux qui lui sont confiés, tel est Joseph qui, sans bruit, agit selon la parole du Seigneur, totale humilité de celui qui ne cherche pas de bonnes raisons pour accomplir sa volonté propre à la place de celle du Seigneur mais trouve sa joie à agir, dans la silencieuse confiance, selon la Parole d’un autre. «  L’humilité n’est autre chose que marcher dans la vérité  » (Sixièmes Demeures 10, 6), ce qui se dirait, dans le langage de l’Écriture : « l’humilité, c’est de n’avoir pas d’autre appui que le seul Rocher qu’est le Seigneur ». Mais quelle est la volonté du Seigneur ? dans quel songe entendrai-je la voix de l’Ange qui me donne l’injonction de marcher sur les chemins de Dieu ?

Nous ne portons pas dans nos bras l’Enfant-Jésus comme l’a fait saint Joseph, mais nous recevons dans nos mains le Corps du Christ ; nous n’entendons pas dans un songe la voix de l’Ange, mais nous écoutons la Parole de Dieu dans la nuit de l’oraison : que saint Joseph soit notre père sur ce chemin pour que, à notre tour, nous soyons tels que le Seigneur nous donne une vie féconde pour l’Église et le monde. Amen.

fr. Anthony-Joseph de Sainte Thérèse de Jésus, ocd (Couvent de Paris)